Le GcMAF n'est pas un traitement miracle contre le cancer et l'autisme

DESINTOX L’efficacité du GcMAF n’est toujours pas prouvée…

Mathilde Cousin
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Non, un médecin qui faisait des recherches contre l'autisme n'a pas été assassiné.
Non, un médecin qui faisait des recherches contre l'autisme n'a pas été assassiné. — Denis Closon/Isopix/SIPA
  • Deux médecins américains proposant des thérapies alternatives pour l’autisme ou le cancer sont morts à quelques jours d’intervalle.
  • L’un d’entre eux faisait des recherches sur le GcMAF, dont l’efficacité n’est toujours pas prouvée.
  • La méthode Gonzalez, du nom du second médecin, n’est pas efficace pour soigner le cancer du pancréas.

Une folle rumeur court sur Internet depuis la mort, à quelques jours d’intervalle, de deux médecins américains. Le docteur Jeff Bradstreet est mort le 19 juin 2015 en Caroline du Nord, tandis que le docteur Nicholas Gonzalez a disparu le 28 juillet 2015. Il n’en fallait pas plus pour que certains sites fassent le lien entre les deux morts, les deux médecins travaillant sur des thérapies alternatives pour soigner le cancer et l' autisme.

Pourtant, la mort de Jeff Bradstreet est bien un suicide, selon le shérif local. Quant à Nicholas Gonzalez, il est mort d’une crise cardiaque.

Deux ans après leur mort, les traitements sur lesquels ils travaillaient sont toujours controversés. Mais est-il réellement possible d’affirmer, comme le font le blog Hors de vos pensées et le site astucesnaturelles.net, que « grâce à leur collaboration, ils étaient prêts à sortir du modèle médical standard allopathique avec de nouveaux traitements du cancer et de l’autisme (…) » ?

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Jeff Bradstreet et le « GcMAF »

Le docteur Jeff Bradstreet travaillait sur le traitement de l’autisme. Il était défenseur du GcMAF, une protéine se trouvant dans le sang et pouvant être injectée chez un malade.

Le GcMAF est un traitement controversé. Il est tour à tour présenté comme pouvant soigner l’autisme, certains cancers ou encore les patients séropositifs. Selon le Washington Post, Jeff Bradstreet expliquait avoir soigné des patients autistes, âgés de 16 mois à 21 ans, suite à des injections de GcMAF.

Pas d’essais cliniques

Selon le fonds anti-cancer, une fondation privée à but non lucratif installée en Belgique, le GcMAF « n’a pas encore été convenablement étudié dans le cadre d’essais cliniques et les résultats en laboratoire n’ont pas encore été confirmés de façon indépendante. Jusqu’à présent, toute allégation d’efficacité de ce produit n’est donc basée sur aucun fondement scientifique. »

Un article scientifique sur le traitement du cancer du sein avec le GcMAF, paru en 2007, a ensuite fait l’objet d’un retrait.

Produit potentiellement « contaminé »

La FDA (foods and drug administration), agence sanitaire américaine, a indiqué au Washington Post que les traitements avec le GcMAF sont encore au stade de « l’investigation ». « La FDA n’a pas approuvé ni délivré d’autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis pour aucun de ces traitements. »

Début 2015, ce sont les autorités britanniques qui alertaient sur le GcMAF, après une visite surprise du site de production, à Milton, près de Cambridge. Les inspecteurs y ont trouvé du plasma destiné à fabriquer le traitement. Il y était inscrit « ne pas administrer aux humains et ne pas utiliser pour la fabrication de médicaments ». Le produit, fait à partir de sang, « pourrait être contaminé ».

Nicholas Gonzalez et la « détox »

Contrairement à ce qu’affirment plusieurs sites, Nicholas Gonzalez et le docteur Bradstreet ne travaillaient pas ensemble. Le docteur Gonzalez avait mis au point avant sa mort une méthode alternative pour traiter différents cancers. Cette méthode, encore en ligne sur son site, consiste en trois points :

- adopter un régime adapté

- prendre des suppléments

- « détoxifier » l’organisme.

Le docteur Gonzalez voulait particulièrement soigner les cancers du pancréas, pour lesquels le taux de survie est bas. Il recommandait aux patients de prendre des enzymes obtenus à partir de pancréas de cochons. Selon lui, les patients vivaient plus longtemps en suivant ce protocole.

La chimio, plus efficace

Un essai clinique a démontré la moindre efficacité de cette méthode par rapport à un traitement standard. Les patients traités par chimiothérapie ont survécu en moyenne 14 mois, indique le fonds anti-cancer. Ceux suivant le traitement alternatif n’ont survécu, en moyenne, que 4,3 mois. Les patients traités par chimiothérapie ont fait état d’une meilleure qualité de vie que ceux suivant la méthode de Nicholas Gonzalez.

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