Cancer du col de l'utérus: Le combat des patientes privées d'un traitement indispensable, onéreux... et plus remboursé

MEDICAMENT Des femmes atteintes d’un cancer du col de l’utérus ne peuvent plus suivre leur traitement très onéreux, car il n’est plus remboursé par la Sécurité sociale…

Oihana Gabriel

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Illustration de l'avastin, traitement anti-cancéreux par injection.
Illustration de l'avastin, traitement anti-cancéreux par injection. — AP/SIPA
  • En décembre, le ministère de la Santé a retiré l’avastin de la liste des traitements remboursés pour le cancer du col de l’utérus
  • Ce traitement anticancéreux qui donne quelques mois de plus aux patientes en stade avancé ou en récidive coûte plus de 12.000 euros
  • Pour des oncologues et des patientes, cette affaire souligne le risque de voir émerger une médecine à deux vitesses pour les traitements innovants

Un médicament devenu inabordable. Des patientes atteintes du cancer du col de l’utérus en phase avancée ou en récidive ne peuvent plus suivre leur traitement. En cause : l’avastin, le seul médicament adapté, n’est plus inscrit sur la « liste en sus », qui permet son remboursement par la Sécurité sociale. Alors depuis janvier, médecins et patientes en colère se mobilisent pour que l’avastin soit à nouveau remboursé.

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« J’ai la mort en face de moi si je récidive »

« Je me suis retrouvée du jour au lendemain amputée de ma féminité », témoigne Eléonore Piot. La jeune femme s’est vue diagnostiquer un cancer du col de l’utérus à 35 ans en 2009, a subi une hystérectomie totale et est passée par la chimiothérapie et la radiothérapie. « En 2010, les traitements ont pris fin et aujourd’hui je suis déclarée guérie. » Mais l’épée de Damoclès plane toujours : « J’ai la mort en face de moi si je récidive ».

L'avastin, un traitement pris par injection, n'est plus remboursé depuis janvier 2017 pour les patientes atteintes du cancer du col de l'utérus.
L'avastin, un traitement pris par injection, n'est plus remboursé depuis janvier 2017 pour les patientes atteintes du cancer du col de l'utérus. - Pixabay

 

Car si le cancer réapparaît, Eléonore ne pourra pas prendre l’avastin, seule thérapie médicamenteuse efficace pour les récidives de ce type de cancer féminin. En décembre dernier, le ministère de la Santé a retiré ce produit de la fameuse liste des traitements remboursés.

Du temps et de l’espoir

Aujourd’hui, environ 400 patientes qui souffrent d’un cancer du col de l’utérus avancé se retrouvent donc privées de traitement. Certaines patientes ont dû interrompre leur traitement. D’autres, qui commencent la chimiothérapie, ne se voient pas proposer cette possibilité. « Ces femmes sont totalement désemparées », s’indigne Brigitte Massicault, présidente d’Imagyn, une association de patientes touchées par les cancers gynécologiques.

C’est pourquoi l’association Imagyn a décidé de prolonger le combat de certains oncologues et gynécologues qui depuis janvier s’alarment de ne plus pouvoir prescrire un traitement inabordable pour bien des patientes. « C’est pourtant le seul traitement médicamenteux qui prolonge la vie de ces femmes et améliore les effets de chimiothérapie, regrette Brigitte Massicault. Si elles ne peuvent plus le prendre, on sait que la maladie va gagner dans quatre à six mois. »

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Un traitement à 12.800 euros

« Certes, les gynécologues peuvent encore prescrire ce médicament, mais c’est soit les centres de soins soit la patiente qui le paye », soupire Eléonore. Or le traitement est particulièrement coûteux : chaque injection coûte 1.600 euros et elles prennent ce traitement six à huit fois. Soit un coût total pouvant atteindre jusqu’à 12.800 euros Une somme que certains établissements peuvent débourser… d’autres non.

« On entre dans une médecine à deux vitesses, regrette Anne Floquet, oncologue à l’Institut Bergonié à Bordeaux. Seules celles qui ont les moyens pourront être traitées. » C’est pourquoi cette oncologue et bien d’autres médecins se battent depuis des mois « pour que l’accès à ce médicament, quand il est indiqué, reste égalitaire ».

Déremboursé… mais pas pour tout le monde

Pourquoi ce médicament a-t-il été déremboursé ? Officiellement, en raison d’un « gain modéré en survie globale » apporté par l’ajout d’Avastin à la chimiothérapie. Mais si ce traitement ne rime pas avec guérison, il a un impact très important pour ces patientes. « Une étude avançait que l’avastin permettait de prolonger la vie des patientes de quatre mois en moyenne, reprend Brigitte Massicault. Pour certains, ce sont des chiffres insuffisants. » « Mais c’est un peu plus de temps et d’espoir, peut-être pour rentrer dans un autre processus de soin ou pour dire adieu », nuance Eléonore Piot.

Autre piste : « avec ce traitement, il y a un risque de fistules, reconnaît le Dr Floquet. Mais ce risque existe déjà avec la chimiothérapie et certaines patientes sous avastin n’avaient pas ces effets secondaires ! ».

Autre motif d’incompréhension : ce traitement n’est plus remboursé pour certaines pathologies, mais le reste pour d’autres. « Il n’est plus prescrit pour le cancer du rein et certains cancers du sein, mais pour ces maladies, d’autres molécules peuvent remplacer l’avastin », précise la présidente d’Imagyn. Plus étonnant, les patients qui souffrent d’un cancer du côlon ou des ovaires voient leur avastin toujours remboursé.

Pour Eléonore et bien d’autres patientes, l’objectif non avoué est d’économiser. « C’est révoltant ! s’emporte-t-elle. D’autant plus que cela représente des économies modestes. Il ne faudrait pas que ce qui se passe pour le cancer du col s’élargisse à d’autres cancers. » Une inquiétude que partage le docteur Anne Floquet. « Au-delà de l’avastin et du cancer du col, ce scandale pose la question plus globale du coût des traitements anticancéreux très onéreux. Comment accéder à l’innovation thérapeutique sans se ruiner ? »

Le dossier réexaminé par le ministère

L’association et les spécialistes espèrent que leur combat va bientôt porter ses fruits. Une pétition en ligne a recueilli plus de 8.000 signatures.

Avec l’arrivée au ministère de la Santé d’une ancienne membre de l’Institut national de Cancer (Inca), Agnès Buzyn, les voyants sont au vert. Une demande d’audience a été envoyée à la ministre. « Le dossier, repris par le ministère, est en cours de réévaluation, mais il serait prématuré de crier victoire », tempère le Dr Floquet.

Au ministère de la Santé, on confirme : « la ministre est très sensible à la question de l’égal accès aux traitements et elle a demandé à ses équipes des solutions. Mais plus largement, pour tous les traitements innovants, on réfléchit aux critères d’entrée et de sortie de la " liste en sus" qui ne donnent pas satisfaction. »

« C’est urgent parce que c’est la vie de femmes au bout de ce médicament, plaide Eléonore Piot. Les cancers gynéco, parce qu’ils concernent moins de patientes que le cancer du sein et parce que l’appareil génital féminin reste tabou, sont moins glamours… »