Obésité: Comment expliquer la grosse déprime post-régime?

ALIMENTATION A l’occasion de la journée mondiale de lutte contre l’obésité le 23 mai, «20 Minutes» se penche sur ce phénomène paradoxal...

Oihana Gabriel

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Illustration d'une personne ayant perdu beaucoup de poids.
Illustration d'une personne ayant perdu beaucoup de poids. — Pixabay
  • Les journées européennes de l’obésité les 19 et 20 mai et le journée mondiale de lutte contre l'obésité le 23 mai visent à sensibiliser sur ce problème de santé
  • En France, selon une étude de 2016 un adulte sur six est touché par l'obésité
  • Si les difficultés de perdre des dizaines de kilos sont évidents, on évoque plus rarement la déprime, surprenante, une fois que le patient a perdu du poids

« La perte de poids reste un sacré parcours à faire, mais la stabilisation et l’acceptation de soi également », prévient Audrey, qui a perdu 63 kg et accepté de témoigner pour 20 Minutes. Certaines personnes obèses, une fois qu’elles ont réussi à atteindre le poids rêvé, traversent des périodes de déprime, voire de dépression. « J’ai l’impression d’être Eddie Murphy déguisé dans le film Le professeur Foldingue ! », résumait Laurent Ournac, l’animateur de Danse avec les stars après avoir perdu 60 kg en un an.

En France, un adulte sur six est obèse, selon une étude de Santé Publique France réalisée fin 2016. Et beaucoup rêvent de retrouver un corps plus sain.

Mais si l’on parle beaucoup (trop ?) de régime, les conséquences psychologiques de ce bouleversement physique sont rarement abordées.Dans une étude parue en 2014, l’University College of London a montré que les personnes en surpoids ayant maigri ont 52 % de risques en plus d’être dépressives par rapport à celles qui n’ont pas maigri. Comment expliquer cette déprime post-régime ?

Fin de l’euphorie

Plus la perte de poids est importante et rapide, plus le patient risque de déprimer. Une chute de moral liée notamment à un effet métabolique. « Quand vous perdez du poids rapidement, la graisse se transforme en corps cétoniques qui passent dans votre sang, souligne Gérard Apfeldorfer, psychiatre spécialiste des troubles du comportement alimentaire. Votre cerveau se shoote aux corps cétoniques et cela crée une euphorie. Les chirurgiens surnomment d’ailleurs la période après l’opération bariatrique la "lune de miel"' ! »

Autre phénomène : pendant cette période de régime sévère toute l’attention est focalisée sur le poids. « Tous les autres problèmes sont mis entre parenthèses », reprend le président du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le surpoids. Mais ils réapparaissent une fois l’obsession de la balance terminée.

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Désillusion et frustration

Et parfois, l’heure du bilan s’avère douloureuse. « Souvent, les patients attendent un miracle, espèrent prendre trois amants, sourit Gérard Apfeldorfer. Mais si vous perdez 60 kg, vous ne devenez pas forcément l’Apollon ou la Vénus que vous imaginiez. Souvent la peau est trop grande et il faut passer par une chirurgie réparatrice. » Un phénomène que Laurent Ournac avait tourné en dérision sur le plateau de Salut les Terriens : « Aujourd’hui, je peux faire Batman, j’ai la peau sous les bras qui pend un peu, forcément ça fait cape. »

Mais à cette désillusion s’ajoute aussi une forme de frustration. « Quand on sort d’un régime ou d’une chirurgie, on doit respecter beaucoup de restrictions alimentaires, ajoute Jean-Philippe Zermati, médecin nutritionniste et psychothérapeute. Or, la nourriture a une fonction réconfortante. On perd donc cette petite béquille. Pour maintenir leur équilibre pondéral, ils sont obligés de s’imposer un contrôle continu. C’est exténuant ! »

Audrey, qui était obèse morbide, évoque « ce stress omniprésent chaque jour de reprendre du poids » : « Au début, cela passe par une pesée tous les jours pour se contrôler. Ensuite, il faut essayer de se faire confiance et d’échapper à cette spirale mais ce n’est pas évident non plus. »

Et dans certains cas, l’obsession vire au trouble du comportement alimentaire. « Certains vont se faire vomir, d’autres faire du sport à outrance », alerte le Dr Zermati.

Nouvelle image de soi…

Cette déprime post-régime est souvent liée à une remise en cause identitaire. « Vous ne vous reconnaissez pas, et les gens ne vous reconnaissent plus, synthétise le psychiatre. Et vous changez de rôle social. Souvent, une obèse marrante, exubérante, qui tient la chandelle devient alors quelqu’un de banal… Certes, vous vous faisiez remarquer de façon négative, mais au moins vous existiez ! »

Sandrine, une de nos internautes qui a perdu 40 kg en dix-huit mois, explique : « Il est vrai que ce changement de corps, de morphologie, de regard que les autres vous portent est très compliqué. En fait, on a plusieurs choses à digérer, déjà accepter d’avoir été obèse, ensuite accepter ce nouveau corps que l’on ne connaît pas, réapprendre à s’habiller pour ne plus se cacher derrière des habits très larges. »

Car certaines personnes ne se rendent compte de leur obésité qu’une fois celle-ci terminée. Et ressentent une honte a posteriori. « C’est très courant pour des obèses de pratiquer l’évitement, reprend le Dr Apfeldorfer. Ils ne se regardent plus dans le miroir, même en pensée ils n’ont pas conscience de leur corps. »

« On se retrouve à nu avec une nouvelle carapace à reconstruire »

« En fait nos kilos en trop nous faisaient une carapace et là on se retrouve à nu avec une nouvelle carapace à reconstruire, résume Sandrine. Une confiance en soi à reprendre, c’est bien cela le plus dur ! »

Le regard des autres, les nouvelles relations peuvent déstabiliser plus d’un. « Tout d’un coup elles se "resexualisent", souligne le Dr Zermati. Parce qu’on les regarde différemment, avec plus de désir, ça les panique. D’autant que dans les obésités sévères, il y a souvent dans les antécédents des abus sexuels et donc l’obésité protège du regard des hommes. »

Une reconstruction qui prend du temps

Comment ce malaise s’exprime-t-il ? « Souvent ils ne savent pas choisir des vêtements, pas évaluer leur volume et se cognent partout ! explique le nutritionniste. Et ils mettent beaucoup de temps à reconstruire un schéma corporel nouveau. » Pour Jennifer, il a fallu des années : « Psychologiquement c’est assez dur… et plus de trois ans après, il est vraiment difficile d’accepter son nouveau corps. »

« Cette déprime post-régime n’est pas systématique, mais c’est suffisamment courant pour qu’on soit alerté », assure le Dr Zermati. Pour lui, le plus important est de prévoir un suivi psychologique avant, pendant et après l’opération ou la perte de poids. Car une fois l’objectif atteint, il reste du boulot. « Il y a un travail à mener sur les conséquences de cette perte de poids dans tous les domaines. Il y a une amélioration de la qualité de vie mais ça ne va pas régler les problèmes de couple ! »