«Manger un animal cloné ou fécondé in vitro, ce n’est pas très différent»

Propos recueillis par Catherine Fournier

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Visité par tous les candidats à l'élection présidentielle, mais boudé par José Bové, le Salon de l'Agriculture de Paris a connu, avec plus de 600.000 entrées, un succès populaire après une édition 2006 marquée par une baisse de fréquentation en raison de la grippe aviaire.
Visité par tous les candidats à l'élection présidentielle, mais boudé par José Bové, le Salon de l'Agriculture de Paris a connu, avec plus de 600.000 entrées, un succès populaire après une édition 2006 marquée par une baisse de fréquentation en raison de la grippe aviaire. — Mehdi Fedouach AFP

Louis-Marie Houdebine, chercheur à l’Inra (Institut national de recherche agronomique) et membre de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), réagit à l’autorisation de mise sur le marché aux Etats-Unis d’animaux clonés mardi...

Les Américains auront bientôt de la viande d’animaux clonés dans leurs assiettes. Faut-il s’attendre à la même chose en Europe et en France?

A priori oui. Le rapport de l’Afssa en 2005 ainsi que celui de l’Efsa (l’agence européenne), tout récemment (lire encadré), ont conclu que la consommation de ces animaux ne présentait pas plus de risques pour l’homme. Il n’y a donc aucune raison d’interdire ce procédé de reproduction, même si l’Afssa recommande de ne proposer à la consommation que les animaux descendants des clones et de continuer à observer leur évolution sur plusieurs générations. Ce n’est donc pas pour tout de suite. Aux Etats-Unis, il faudra attendre cinq ans avant de pouvoir consommer du lait ou de la viande issus de vaches clonées.

Un pas est franchi dans le mode de reproduction...

Ce n’est pourtant pas très différent de la fécondation in vitro, d’où sont issues nombre de vaches laitières notamment. Or, le gros avantage du clonage, c’est qu’on part d’un animal connu, qui a des qualités. Avec la fécondation in vitro, on n’est pas toujours sûr du résultat. Pour rappel, dans le cas du clonage, on prend le noyau d’une cellule de l’animal qu’on veut cloner et on l’introduit dans un ovocyte énucléé (sans noyau donc sans chromosomes) pour former un embryon. C’est tout.

Mais n’y aura-t-il pas une barrière psychologique de la part du consommateur?

On n’en est pourtant pas à la première manipulation dans les techniques de reproduction chez les bovins. Ce sera au contraire une occasion de faire face à la pénurie de lait qui s’annonce avec l’accroissement de la consommation en Inde et en Chine. Si on ne veut pas payer des fortunes, il va bien falloir produire davantage. L’homme a toujours dû transformer la nature pour l’adapter à son usage. Depuis la culture et l’élevage, rien de ce que l’on mange n’est vraiment naturel. Le tout est de le faire avec intelligence et maîtrise. Les comités d’éthique sont là pour ça, je doute que cela nous saute à la figure.

Calendrier L’Efsa a publié un rapport préliminaire la semaine dernière, émettant peu de réserves sur le clonage des animaux. Mais selon Nina Papadoulaki, porte-parole de la Santé à la Commission européenne, «ce n’est qu’une première étape». L’Efsa rendra son rapport final en mai 2008, après avoir étudié les résultats d’une consultation publique sur le sujet. Le comité de bioéthique européen doit également rendre son rapport cette semaine et un eurobaromètre pour sonder le consommateur sera effectué au 2e semestre. Alors seulement, la Commission se prononcera.