VIH: Quels espoirs pour l'homme après l'élimination du virus du sida chez des souris?

RECHERCHE La possibilité d'en créer un vaccin n'est pas pour demain mais la découverte est très encourageante...

Anissa Boumediene

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Illustration d'une souris de laboratoire.
Illustration d'une souris de laboratoire. — ROBERT F. BUKATY/AP/SIPA
  • Chaque année en France, environ 6.000 personnes découvrent leur séropositivité
  • Des trithérapies antirétrovirales permettent aux personnes qui vivent avec le VIH de contrôler l'infection et restaurer une espérance de vie quasiment normale
  • A ce jour, il n'existe aucun traitement permettant de guérir définitivement de la maladie

Plus aucune trace. Aux Etats-Unis, une équipe de chercheurs de la Temple University de Philadelphie est parvenue à éliminer le virus du sida de l’organisme de souris de laboratoire à qui ils l’avaient inoculé. Après plusieurs années de travaux, les chercheurs ont publié les résultats de leur étude ce mercredi dans la revue scientifique Molecular Therapy.

Alors que 36,7 millions de personnes à travers le monde vivent à ce jour avec le HIV, selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé publiés fin 2015, seule la trithérapie, à prendre à vie, permet aujourd’hui d’offrir une meilleure qualité de vie aux patients qui vivent avec la maladie. Et si de nombreuses recherches portant sur l’élaboration d’un vaccin sont menées depuis plusieurs années, il n’existe aujourd’hui aucun remède à la maladie. Mais ces derniers travaux laissent-ils entrevoir la possibilité d’un traitement curatif du sida pour l’homme ? Cette hypothèse semble pour le moment encore bien lointaine.

Un outil d’édition du génome pour modifier l’ADN

Mais comment les chercheurs ont-ils réussi à extraire définitivement le virus du sida de l’organisme des souris ? En utilisant un outil d’édition du génome, le CRISPR, sorte de mini-ciseaux génétiques qui permettent de découper et modifier l’ADN en remplaçant la partie défectueuse par une nouvelle. « Cette hypothèse de travail est très intéressante, en ce qu’elle cherche à utiliser cette technique d’édition génomique pour parvenir à ôter le VIH de l’ADN de la cellule vivante infectée », commente le Pr Olivier Schwartz, directeur de l’unité de recherche Virus et immunité à l’Institut Pasteur et membre d’un groupe de travail à l’Agence nationale de recherche sur le sida (ANRS).

En pratique, les scientifiques ont d’abord implanté des cellules infectées par le VIH à des souris de laboratoire. Ils ont ensuite modifié l’ADN de ces souris au moyen de l’enzyme CAS9, qui leur a permis de couper un brin de leur ADN et d’en retirer les fragments de VIH. De quoi stopper la réplication vitale. « Je n’aurais jamais pensé que le CRISPR fonctionnerait aussi bien et avec autant d’efficacité et de précision », s’est réjoui auprès de CBS News le Kamil Khalili, co-auteur de l’étude.

« Cet outil pourrait d’ailleurs permettre d’ici quelques années à l’élaboration de traitements de plusieurs maladies génétiques aujourd’hui incurables », indique le Pr Olivier Schwartz. Un outil qui pourrait également être utilisé dans le futur pour « améliorer » l’ADN et créer ainsi de « super-bébés » dotés par exemple d’une vision parfaite, d’un QI plus élevé ou encore de capacités physiques renforcées, et qui soulève sur ce plan des questions d’éthique au sein de la communauté scientifique.

L’hypothèse d’un remède encore très lointaine

Si les travaux menés par les chercheurs de la Temple University ont tout l’air d’un exploit, l’hypothèse d’un remède qui permettrait de guérir l’homme du VIH ou d’élaborer un vaccin contre le sida est encore très lointaine. Car parvenir à éliminer le VIH de l’organisme est un exercice autrement plus compliqué chez un être humain.

« Il ne s’agit pour l’heure que de résultats préliminaires, et il est beaucoup trop prématuré pour tirer des conclusions de ces travaux en vue de leur utilisation sur l’homme », confirme le Pr Schwartz. Ici, les chercheurs ont d’abord travaillé sur un modèle artificiel de souris transgénique, « qui a été modifiée pour ne présenter qu’une seule copie du gène du VIH, or c’est différent dans la vraie vie, sur l’homme, chez qui le virus est intégré à différents endroits de la cellule, explique-t-il.

« Quant au deuxième modèle de souris utilisé dans ces travaux -un modèle "humanisé" à qui les chercheurs ont implanté des cellules immunitaires humaines infectées par le VIH- là, les résultats sont beaucoup moins clairs, avec certes une diminution de la quantité d’ARN virale [qui est en quelque sorte l’ADN du virus du sida], mais c’est pour l’heure insuffisant, poursuit-il. Il faut pour l’instant rester très prudent : les souris ne sont pas des modèles suffisamment pertinents, donc l’hypothèse d’un traitement pour l’homme élaboré sur cette technique est encore très loin de la réalité ». C’est pourquoi, pour les chercheurs de la Temple University, « la prochaine étape devrait porter sur des essais de cette technique sur des primates », des modèles beaucoup plus proches de l’homme, précise le communiqué de presse de la Temple University.

Cependant, même si cette découverte pouvait s’appliquer dès demain à l’homme, d’autres déconvenues pourraient être de la partie. « Comme dans toute stratégie antivirale, le virus du sida peut s’adapter, d’où la nécessité des trithérapies, qui permettent de lutter au maximum contre les résistances du virus, prévient le Pr Oivier Schwartz. Rien n’assure, si demain un traitement de l’homme grâce à l’édition génomique était disponible, que le virus soit incapable de s’adapter et de développer des résistances à cette technique ». Toutefois, si cet outil d’édition du génome se révélait efficace et fiable sur les primates, des essais sur l’homme pourraient à terme être menés.