Marine Le Pen (FN) et Emmanuel Macron (En Marche!) lors du débat télévisé de mercredi 3 mai, où ils ont rapidement évoqué les questions de santé.
Marine Le Pen (FN) et Emmanuel Macron (En Marche!) lors du débat télévisé de mercredi 3 mai, où ils ont rapidement évoqué les questions de santé. — SIPA

SANTE

Présidentielle: Déserts médicaux, prévention, remboursements... Que proposent Macron et Le Pen sur la santé?

«20 Minutes» propose de comparer les principales propositions des deux finalistes de l’élection présidentielle sur la santé...

  • Les deux finalistes de l'élection présidentielle se rejoignent sur certaines mesures en santé: augmenter le numerus clausus, le droit à l'oubli, l'allocation adulte handicapé...
  • Mais globalement, s'ils partagent un bon diagnostic de la situation critique notamment des désert médicaux, leurs solutions semblent peu originales ou suffisantes
  • Mais surtout, et notamment dans le programme de Marine Le Pen, peu de mesures sont financées, chiffrées ou même assez précises

Voilà un sujet sur lequel les deux adversaires partagent quelques points de vue. Marine Le Pen et Emmanuel Macron, s’ils ne brillent pas par leur originalité concernant la santé, proposent tous deux la vente à l’unité des médicaments, le renforcement du droit à l’oubli, la revalorisation de l’ allocation adulte handicapé (100 euros par mois pour Macron, 200 pour Le Pen)…

«Mais les débats sur la santé ont été globalement décevants, tranche Claude Le Pen (qui n’a rien à voir avec la famille Le Pen…), économiste de la santé. Paradoxalement, les Français sont inquiets pour l’avenir de la Sécu et il y a un vrai malaise chez les soignants, mais ce domaine est souvent peu traité par les politiques. » Tour d’horizon des principales mesures annoncées par les deux finalistes…

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Lutte contre les déserts médicaux

Les deux candidats proposent pour cela une même mesure : augmenter le numerus clausus, cette limitation du nombre d’étudiants en médecine.

Mais aucun des deux n’avance un chiffre… et son coût.

Contrairement à ce qu’a avancé Marine Le Pen lors du débat, François Hollande s’est déjà penché sur ce sujet :  Marisol Touraine a augmenté le numerus clausus de 149 places en 2016… et de 478 places en 2017. « Former un médecin prend neuf ans, un chirurgien onze, critique Antoine Vial, expert en questions de santé. Or, le besoin est immédiat et les démographes tablent sur un pic dans cinq ans… » Autre problème : « La France compte en réalité énormément de médecins, mais hyperconcentrés dans les villes. Le problème n’est pas le nombre, mais la répartition. »

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Autre piste partagée par les deux finalistes : augmenter le nombre de maisons pluridisciplinaires de santé. Une bonne idée, selon nos deux spécialistes. A condition de construire en fonction des besoins. « Il faudra être vigilant sur la localisation et la collaboration avec tous les professionnels de santé, reprend Antoine Vial. Aujourd’hui, il y a des maisons pluridisciplinaires de santé vides. Mais quand elles sont en centre-ville, avec parking, accessibles aux personnes à mobilité réduite, avec un dossier médical commun et une collaboration entre les professionnels, ça fonctionne ! »

Autre piste, partagée par les deux concurrents : développer la télémédecine. Emmanuel Macron évoque un « plan d’investissement dans l’hôpital et l’innovation médicale de 5 milliards d’euros sur la période ». Marine Le Pen ne donne pas d’objectif chiffré.

En revanche elle se démarque de son adversaire en prônant un stage d’internat obligatoire dans les zones sous-dotées en médecins. « C’est méconnaître notre fonctionnement ! s’agace Antoine Vial, auteur de Santé, le trésor menacé. Pour accueillir un médecin en stage, il faut un généraliste enseignant, or on en manque justement dans les déserts médicaux. »

Dans ces zones sous-dotées, Marine Le Pen propose également d’encourager les médecins proches de la retraite d’exercer plus longtemps avec des déductions de charges. Enfin, elle veut « augmenter la fonction publique hospitalière ». Sans avancer ni chiffre, ni méthode. « Ce n’est pas très sérieux, reprend l’expert. Aujourd’hui, on en est à économiser des bouts de gommes dans les hôpitaux français… »

Couverture santé

Marine Le Pen envisage de supprimer l’aide médicale d’Etat (AME) accordée aux étrangers en situation irrégulière.

Une proposition qui soulève trois problèmes. D’abord une question de déontologie : « Si un médecin peut refuser de soigner un patient, il va falloir qu’on change le serment d’Hippocrate », ironise Antoine Vial. Qui bat en brèche un cliché régulièrement avancé par la candidate frontiste : « L’AME sert aussi à des Français en fin de droits, qui n’ont plus de sécurité sociale… » Mais l’autre problème relève d’un danger pour la santé publique : « si on ne prend plus en charge les migrants, alors qu’ils sont porteurs de la tuberculose, vous imaginez les conséquences sur la santé des Français ? », prévient le spécialiste.

Surtout, « Marine Le Pen se raccroche à cette suppression de l’AME dès qu’on lui parle de financement, observe Claude Le Pen, professeur à l’université Paris Dauphine. Or, cela représente une économie de 800 millions d’euros maximum. » Même si elle prévoit également de lutter contre la fraude à la sécurité sociale et les arrêts maladies de complaisance, difficile d’arriver à financer toutes ses mesures avec ces seules économies… Quelles mesures pour les soins quotidiens des Français ? Elle promet de « garantir la Sécurité sociale pour tous les Français ainsi que le remboursement de l’ensemble des risques pris en charge par l’Assurance maladie. » Difficile de faire plus flou…

Du côté d’Emmanuel Macron, la volonté est semblable, mais on a un peu plus de détails : parvenir à « 100 % de prise en charge des lunettes, prothèses auditives et dentaires d’ici à 2022 ». Coût estimé ? Cinq milliards.

Comment y arriver ? Le candidat souhaite mettre davantage en concurrence les mutuelles. Lors du débat, il a rappelé qu’il veut que tous les François se voient proposer trois modèles de contrats clairement comparables, avec un coût et couverture plus ou moins importants. Tout reposera donc sur cette négociation avec les complémentaires santé et les professionnels. « Tout le monde veut une meilleure couverture, c’est formidable, mais personne ne dit comment on la financera, tacle Claude Le Pen, économiste. Il semble difficile de mettre en concurrence les dentistes par exemple, or c’est la moitié du "Reste à charge" pour les Français. Je doute que la couverture santé puisse être étendue sans augmenter les prélèvements. »

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Prévention

C’est sans doute la seule proposition qui sorte du lot. Emmanuel Macron souhaite que 40.000 étudiants consacrent un trimestre pendant leurs études à faire de la prévention dans les écoles et les entreprises.

Avec un petit doute : si dans son programme, il parle des étudiants dans un cursus de santé, il a évoqué lors du débat télévisé uniquement les médecins. Une mesure peu coûteuse, certes, mais pas forcément simple à mettre en place… « C’est la première fois qu’un candidat propose autre chose que du saupoudrage en matière de prévention, salue Antoine Vial. Après, il faudra voir la mise en œuvre. » Car il ne sera pas évident d’intégrer dans un cursus déjà long ces trois mois de stage. D’autant que « les facultés de médecine sont concentrées dans les grandes villes », rappelle Claude Le Pen. « Ce serait plus intéressant si ce stage concernait tous les professionnels de santé (infirmières, sages-femmes, pharmaciens, médecins…) car il permettrait que ces soignants se parlent et se respectent davantage », estime Antoine Vial.

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