A bord du bus du glaucome, lundi 15 mars 2017, les passants peuvent être examinés par deux spécialistes pour faire une photo du nerf optique et mesurer la tension dans les yeux.
A bord du bus du glaucome, lundi 15 mars 2017, les passants peuvent être examinés par deux spécialistes pour faire une photo du nerf optique et mesurer la tension dans les yeux. — O. Gabriel/ 20 Minutes

REPORTAGE

Bilan visuel: A bord du bus du glaucome pour éviter de perdre la vue

Une association organise en France la tounée d’un bus du glaucome. Cette dernière propose un dépistage de cette maladie sans symptôme qui peut rendre aveugle…

« On va juste prendre une petite photo », rassure Damien Sandon, ophtalmologue qui officiait ce lundi à bord du bus du glaucome. Rien à voir avec un shooting, mais dans ce bus qui stationne toute la semaine devant la gare Montparnasse (Paris, 14e), c’est le fond de l’œil qui intéresse les spécialistes. Damien, ophtalmologue et Charline, orthoptiste ont quitté leur hôpital militaire Bégin (Saint-Mandé), où ils consultent habituellement, pour prendre ce bus original dans lequel ils examinent, informent et conseillent les patients sur le glaucome.

Le bus du glaucome, qui fait une tournée en France propose un dépistage rapide et gratuit pour mieux connaître cette maladie.
Le bus du glaucome, qui fait une tournée en France propose un dépistage rapide et gratuit pour mieux connaître cette maladie. - O. Gabriel/ 20 Minutes

>> A lire aussi: La pilule contraceptive accroît le risque de glaucome

Une maladie asymptomatique qui peut rendre aveugle

Une maladie méconnue, asymptomatique… et pourtant première cause de cécité en France. Aux dires de Julia, qui accueille et encourage les passants curieux, « le dépistage est rapide, gratuit et indolore ». Et cette membre de l’Union nationale des aveugles et déficients visuels (Unadev), association qui organise cette opération de sensibilisation depuis 2010, précise que l’examen n’est utile que pour les personnes de plus de 40 ans ou ceux qui ont des antécédents familiaux.

« Attention, ça va souffler un peu »

A bord du bus, la salle d’attente est pleine à craquer. Mais les patients se relaient toutes les cinq minutes dans la salle de consultation. Une photo du nerf optique, une mesure de la tension de l’œil et de l’épaisseur de la cornée et les deux spécialistes peuvent délivrer un diagnostic.

« Collez bien votre front et regardez bien la lumière verte », conseille Charline dès qu’un patient s’installe devant la machine. « Attention, ça va souffler un peu », prévient Damien Sandon, ophtalmologue qui mesure la tension de l’œil. Après un bilan synthétique et quelques conseils, le patient repart avec ses résultats… et une invitation à consulter régulièrement son ophtalmo.

« Le glaucome chronique ne prévient pas »

Pourquoi ces examens ? « Le premier facteur du glaucome, c’est une tension oculaire élevée, souligne Thibaut Fourteau, responsable du pôle santé de l’Unadev. Il faut différencier le glaucome à angle ouvert, le plus grave, qui concerne 5 à 10 % des patients et peut rendre aveugle en quelques heures.

>> A lire aussi : Pour faire un bilan visuel, vous n’aurez plus forcément besoin de passer par un ophtalmo

Mais comme c’est très douloureux, les patients vont consulter rapidement. En revanche, le glaucome chronique ne prévient pas. Le seul symptôme, c’est que le champ de vision se rétrécit sur les côtés, or on se sert surtout du champ visuel central donc on s’en rend compte beaucoup trop tard. Plus on dépiste tôt, meilleur est le pronostic. »

Un dépistage gratuit

D’où l’intérêt de proposer aux passants un dépistage gratuit et simple avec le bus du glaucome, qui se balade dans une vingtaine de villes de France. « Sur environ 1 million de personnes atteintes par cette maladie chronique, la moitié l’ignore, reprend Thibaut Fourteau, également orthoptiste. Et en province, les patients attendent parfois un an pour obtenir un rendez-vous chez l’ophtalmologue ». Au-delà du diagnostic, certains patients déjà diagnostiqués viennent pour un suivi. Grâce à des collyres, le laser ou la chirurgie, le nerf optique peut être protégé… et la cécité évitée. « Je sais que je vais me faire disputer », s’inquiète Clotilde, qui a un glaucome depuis 2009 mais « les gouttes ne font pas grand-chose ». Bonne surprise pour elle, « vous avez 20 et 18, c’est pas mal, mais c’est encore trop », lui explique l’ophtalmologue. Mais le glaucome n’est pas le seul sujet de discussion. Damien Sandon évoque ainsi la prothèse oculaire avec un patient qui a perdu son œil, parle de l’opération de la cataracte, des problèmes de myopie… Et de lunettes.

Camille, dont la mère est devenue aveugle à cause d’un glaucome, habite à côté de la gare et a profité de cette consultation pour faire le point. « Si ça n’avait pas été gratuit, je n’aurais pas pu faire le test, confie ce chômeur. J’avais prévu de faire un bilan de santé, mais je n’ai plus les moyens. » Et Camille se réjouit d’autant plus d’être monté dans ce bus par hasard, qu’il a absolument besoin de nouvelles lunettes pour retrouver un emploi. Il ressort de la consultation avec un bilan mitigé : « votre tension est à 19, c’est limite », explique Damien. Qui lui assure qu’il pourra venir le consulter pour surveiller ce risque de glaucome, mais aussi pour ses lunettes à l’hôpital militaire « au tarif sécu ». Un soulagement pour Camille.

Adela aussi a sauté sur l’occasion en passant devant le bus. « Ma grand-mère a un glaucome et on m’a déjà dit que je risquais d’avoir des problèmes de vue. Cette solution gratuite, c’est assez extraordinaire pour se faire contrôler. Parce que l’optique, ça reste très cher ! »

*Le bus du glaucome sera sur le parvis de la gare Montparnasse jusqu’à vendredi de 9h à 13h et de 14h à 18h. Avant de poursuivre sa tournée française.