Pause sexe sur les heures de travail en Suède: «On ne peut pas se forcer à améliorer sa libido!»

INTERVIEW Le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue, analyse pour «20 Minutes» les dessous de cette proposition...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Illustration d'un couple au lit.
Illustration d'un couple au lit. — PULSE/SIPA

« Hey bébé, c’est l’heure de passer à la casserole ! ». En Suède, une pause d’un genre nouveau pourrait bien être instaurée durant les heures de boulot : l’instant galipettes. Un conseiller municipal de la petite ville d’Övertorneå souhaite ainsi aménager des «  pauses sexe ». L’élu propose que les entreprises permettent à leurs employés un entracte quotidien qui leur permette de rentrer chez eux une heure pour faire l’amour. Des pauses crapuleuses rémunérées par l’employeur et qui, selon l’édile, boosteraient la natalité, favoriseraient la productivité des employés et amélioreraient leur santé et celle de leur couple. Bref, au pays des meubles en kit, les vertus du sexe mériteraient un petit coup de pouce. Alors, proposition farfelue ou mesure d’intérêt public ? Le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue, analyse pour 20 Minutes les dessous de ce projet.

Une pause sexe sur ses heures de travail peut-elle avoir des vertus ?

Il est connu, avéré et démontré qu’une vie sexuelle active et épanouie est bonne pour le moral et pour la santé. Les bienfaits sont réels : en augmentant toutes les sécrétions chimiques qui activent le bien-être, le sexe réduit l’anxiété et la dépression, il renforce le sentiment de bien-être global et la confiance en soi, il stimule les défenses immunitaires et a des bénéfices sur le plan cardiovasculaire. Et le sexe augmente l’espérance de vie ! De ce point de vue là, l’idée d’une pause sexe quotidienne n’est pas si farfelue que ça sur le papier.

Et en pratique ?

Ah en pratique, c’est une idée complètement folle quand même ! Au-delà même des problèmes de logistiques, de vérification de ce que font les gens durant cette heure de pause, on ne peut pas faire qu’une personne et son partenaire aient « envie » précisément à l’heure décrétée pour cette pause. Si quelqu’un est stressé ou déprimé, cela jouera aussi sur sa libido, il aura moins envie. Or, on ne peut pas se forcer et dans ce cas, c’est n’importe quoi de dire que si on fait l’amour, on ira mieux.

Pour des personnes ayant des troubles sexuels, cette « pause sexe » ne pourrait-elle pas sonner comme une injonction de faire l’amour et les stresser davantage ?

Complètement ! Pour ceux qui ont des troubles érectiles, une telle mesure peut avoir des effets contre-productifs. Dans la réalité, c’est quelque chose qui ne peut fonctionner que pour les couples qui sont en phase fusionnels, et encore. En fonction de l’âge des intéressés, de leur état de santé, cette pause sexe réglementaire ne peut être accomplie par tous les « bénéficiaires».

Quelle mesure serait plus efficace ?

S’il fallait faire quelque chose, un projet pour lequel il y a de l’argent sur la table, il faudrait dédier cette heure de pause hebdomadaire à un rééquilibrage alimentaire et à l’activité physique. Si l’idée du conseiller municipal est d’améliorer l’état de santé général et le bien-être de ses administrés, il a dix fois plus intérêt à mettre en place un coaching physique et nutritionnel pour eux, qui offre les mêmes bienfaits physiques et mentaux que le sexe. D’autant qu’on peut faire l’effort – au sens de se forcer un peu — d’améliorer son état de santé, mais on ne peut pas se forcer à améliorer sa libido. Or en étant mieux dans sa tête et dans son corps grâce au sport et au contenu plus équilibré de son assiette, on est plus enclin à avoir une vie sexuelle plus riche et épanouie quand on rentre du travail.