Maladies nosocomiales: Comment lutter contre ces infections contractées à l'hôpital?

SANTE La lutte contre l’antibiorésistance est l’un des axes permettant de réduire le nombre d’infections nosocomiales…

Anissa Boumediene

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Illustration d'une intervention chirurgicale en bloc opératoire.
Illustration d'une intervention chirurgicale en bloc opératoire. — 20 MINUTES/SIPA

A elles seules, elles tuent plus que les accidents de la route. Chaque année en France, 4.000 personnes perdent la vie à cause des infections associées aux soins (IAS), plus communément appelées maladies nosocomiales. Pourtant, seules 4 personnes sur 10 connaissent précisément leur existence, selon un sondage YouGov pour 20 Minutes*. Leur particularité, comme leur nom l’indique, c’est qu’on les attrape au cours de soins, le plus souvent à l’hôpital, précisément là où l’on va pourtant se faire soigner. A l’hôpital Nord de Marseille, plusieurs endoscopes ont été contaminés par une bactérie susceptible de causer des infections cutanées, voire des septicémies. De quoi raviver la peur de ces IAS, alors que des mesures simples permettent de lutter contre ces maladies nosocomiales.

Qu’est-ce qu’une maladie nosocomiale et comment la contracte-t-on ?

Les infections nosocomiales sont contractées par les patients dans le cadre de leurs soins, le plus souvent dans un établissement de santé. Ainsi, si un patient est admis à l’hôpital et qu’il développe une infection dans les 48 heures suivant son admission, il s’agit alors d’une infection nosocomiale. Les IAS peuvent être liées aux soins dispensés aux malades ou survenir durant leur hospitalisation et peuvent, dans les cas les plus graves, conduire à l’amputation, voire le décès du patient. Les bactéries, champignons ou virus responsables de ces infections peuvent provenir du patient lui-même, et peuvent aussi être transportés par le personnel médical ou provenir de l’environnement hospitalier.

Qui est touché par ces infections ?

Selon une étude de l’Institut national de veille sanitaire (InVS) datant de 2012, un patient hospitalisé sur vingt contracte une infection dans l’établissement où il est soigné́. D’ailleurs, 5 % des personnes interrogées ont déclaré avoir elles-mêmes contracté une infection nosocomiale. Et au total, un sondé sur cinq a eu une personne de son entourage touchée par une infection contractée à l’hôpital. « Les patients les plus fragilisés, par exemple sous traitement immunosuppresseur, auront des risques accrus de contracter une IAS », indique le Pr François Bricaire, infectiologue à la Pitié-Salpêtrière. Une tendance confirmée par l’Inserm, qui précise qu'« il y a quinze fois plus d’infections nosocomiales chez les patients hospitalisés entre 30 à 89 jours que ceux dont l’hospitalisation n’excède pas une semaine ». Les plus de 65 ans, les patients atteints d’une maladie sévère, immunodéprimés (séropositivité pour le VIH, chimiothérapie) font partie des personnes les plus à risques face aux IAS.

Chaque année en France, environ 750.000 patients sont touchés par une maladie nosocomiale, qui serait la cause directe de 4.000 décès par an.

Comment lutter contre les maladies nosocomiales ?

Le plus souvent, les infections sont très fréquemment liées à des interventions invasives et sont contractées lors de la pose de sonde urinaire, d’intervention chirurgicale ou encore d’endoscopie. Mais pour réduire ces IAS, il n’y a pas de secret : « Il faut être vigilant », insiste le Pr François Bricaire. « Vigilant dans les procédures notamment, ajoute-t-il, comme dans l’aviation, où les protocoles sont scrupuleusement observés. Même si c’est fastidieux, il faut scrupuleusement respecter les protocoles à tous les échelons, que ce soit dans lors de la décontamination des matériels ou lors des procédures d’anesthésie et de chirurgie ».

Dans son rapport sur les résultats de 2016 en matière de qualité et de sécurité des soins dans les hôpitaux et cliniques en France, la Haute autorité de santé (HAS) rappelle que la lutte contre les infections nosocomiales est une priorité nationale depuis les années 1990, et insiste au passage sur la nécessité d’axer la lutte notamment sur le renforcement de la prévention et de la maîtrise de l’antibiorésistance. « L’antibiothérapie est un point crucial de la lutte contre les IAS, souligne le Pr Bricaire. Il faut plus que jamais que chaque médecin justifie chaque traitement antibiotique prescrit, pour réduire au strict nécessaire leur utilisation, tout en affinant le plus possible leur sélection. C’est primordial, surtout lorsqu’on voit l’apparition de super bactéries résistantes aux antibiotiques ».

Le Programme national d’actions de prévention des infections associées aux soins de 2015 préconise par ailleurs la « réduction des risques infectieux associés aux actes invasifs tout au long du parcours de santé ». « De gros efforts ont été faits ces dernières années pour améliorer l’hygiène dans les hôpitaux, commente le Pr Bricaire, mais il reste encore beaucoup de chemins. Tout cela procède d’un état d’esprit qui s’acquiert doucement ». Mais pour l’infectiologue, l’éradication des IAS n’est pas à l’ordre du jour. « La fragilité de certains patients fait qu’il est impossible de les supprimer totalement. Toutefois, l’objectif, que l’on doit pouvoir atteindre, est de parvenir à les réduire drastiquement ».

* Sondage YouGov réalisé en ligne les 5 et 6 janvier 2017 sur un échantillon de 1002 personnes représentatives de la population nationale française âgée de 18 ans et plus.

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