Constipation, reflux… Un gastro-entérologue lève le voile sur nos petits et gros maux de ventre

MALADIE Le livre «Qu'est ce que tu as dans le ventre?» publié ce mercredi aborde de façon ludique et compréhensible bien des problèmes de transit, digestion, alimentation...

Propos recueillis par Oihana Gabriel

— 

Illustration d'une grenouille sur les toilettes.
Illustration d'une grenouille sur les toilettes. — Pixabay

La mode de l’intolérance au gluten, les découvertes pour ménager notre intestin-deuxième-cerveau, comment soulager la méconnue colopathie fonctionnelle… Toutes ces questions, et bien d’autres, sont abordées dans le livre Qu’est ce que tu as dans le ventre ?* publié ce mercredi 22 février. Pour rendre les explications plus digestes, 20 Minutes a proposé au gastro-entérologue et coauteur de ce livre, Philippe Godeberge, d’informer et de soulager quatre patients fictifs (dans lesquels vous vous reconnaîtrez peut-être).

Schéma qui dévoile l'intérieur de notre ventre avec l'intestin, l'estomac, le foie...
Schéma qui dévoile l'intérieur de notre ventre avec l'intestin, l'estomac, le foie... - PIxabay

 

Un patient qui craint d’être intolérant au gluten 

Comment le reconnaître ? Ce terme ne veut rien dire. Il existe en revanche une pathologie, la maladie cœliaque avec laquelle on ne supporte pas du tout le gluten et qui demande un régime très strict pour protéger son tube digestif. Pour vérifier si ces personnes souffrent de cette maladie, il faut faire dans un premier temps une prise de sang pour vérifier les anticorps.

Ce qui est plus banal, c’est que les produits dérivés de la farine soient un peu irritants pour le tube digestif, notamment quand ils sont en grande concentration et quand ils fermentent. Donc beaucoup de patients peuvent remarquer qu’en mangeant moins de produits riches en gluten, ils ont moins de ballonnements et de douleurs abdominales. Ce n’est pas une intolérance immunologique, prouvée scientifiquement, qui nécessite de supprimer totalement le gluten.

Pour ces patients qui doutent, deux questions importantes se posent : soit ce sont de gros gourmands qui peuvent se sentir mieux en limitant un peu le gluten ou en faisant leur pain. Autre possibilité, ils souffrent d’une colopathie fonctionnelle ou syndrome de l’intestin irritable. Une maladie difficile à soigner qui se manifeste par des ballonnements, flatulences, douleurs au ventre, troubles du transit.

Comment se soigner ? Sur le syndrome de l’intestin irritable, la médecine avance beaucoup… même si pour le moment on ne sait pas trop comment soulager ces patients. Mais pour éviter d’aggraver ces symptômes, je conseillerais d’éviter le gluten, l’aspartame, le stress et de manger plus lentement.

>> A lire aussi : Syndrome de l'intestin irritable: « Dire que vous êtes colopathe, que vous avez des gaz, la diarrhée, c'est tabou»

Un patient qui a un reflux

Comment le reconnaître ? Le reflux, c’est quand le contenu de l’estomac remonte dans l’œsophage. Malgré tout ce qu’on peut lire d’anxiogène sur Internet, l’immense majorité des reflux n’a pas de lien avec le cancer ! Et c’est très banal. En gros, après un diner copieux et arrosé, vous aurez certainement un petit reflux. En revanche, si ces brûlures deviennent incessantes, vous risquez d’avoir un vrai reflux gastro-œsophagien.

Comment se soigner ? Des moyens simples marchent très bien ! Première mesure : manger moins. Car plus l’estomac est plein longtemps, plus ça risque de remonter. Mieux vaut également limiter le gras et l’alcool. Autre conseil : ne pas se coucher tout de suite après le repas et surélever la tête de lit. Si le reflux continue, on peut prendre des médicaments pour limiter l’acidité afin que l’œsophage soit moins irrité. Mais cela ne corrige pas la maladie. Beaucoup de patients qui ont des symptômes ORL : gorge qui gratte, nez qui coule ou même mauvaise haleine, pensent que c’est lié au reflux, mais c’est très rare !

Un patient qui souffre de constipation ?

Comment le reconnaître ? Il faut différencier la constipation de transit - c’est-à-dire les personnes qui ont rarement envie d’aller aux toilettes - et la constipation d’évacuation, - ceux qui ont du mal à aller à la selle. Il faut savoir qu’on peut être dans un groupe, dans l’autre… ou les deux. Environ 20 % des Français se plaignent de façon régulière de constipation.

Comment se soigner ? Premier réflexe à prendre : suivre un traitement de façon régulière. En général, les troubles intermittents se soignent trop tard. Ce qui est évacué n’est pas synchrone avec ce qui se passe dans votre tube digestif ! Privilégier les fibres également. En sachant que les lentilles ont sept fois plus de fibres que la salade… Et se donner le temps quand on va à la selle. Voire passer par la relaxation.

Et pour un patient qui souffre d’hémorroïdes ?

Comment le reconnaître ? Tout symptôme à l’anus n’est pas synonyme d’hémorroïdes. Les femmes enceintes et les personnes âgées sont les plus touchées. Mais dès qu’on a des saignements dans les selles, il faut s’en préoccuper. Il existe deux types d’hémorroïdes : externes, internes… et certains peuvent combiner les deux. En externe, cela prend la forme d’une petite tomate qui apparaît brutalement et fait mal. En interne en revanche, les patients ressentent un inconfort, mais pas de douleur. Rassurez-vous, c’est bénin. Le seul vrai risque, c’est l’erreur de diagnostic : ne pas voir qu’il y a un cancer de l’anus ou du rectum.

Comment se soigner ? Ce n’est pas la peine de passer quatre heures aux toilettes, mieux vaut se concentrer. Les toilettes, ce n’est pas le meilleur endroit pour faire son sudoku ou lire ! Evidemment, il ne faut pas forcer. Et si vraiment ça persévère, il faut consulter. Sans crainte ! Beaucoup de patients sont effrayés par l’opération, mais on opère moins de 5 % des grosses hémorroïdes. Et c’est toujours le patient qui décide s’il veut ou non en passer par là. On peut également traiter ce problème par infrarouge.

Pourquoi l'intestin est devenu un sujet ultra tendance

*Qu’est ce que tu as dans le ventre ? du Dr Philippe Godeberge et de la journaliste Caroline Balma-Chaminadour, Editions Hachette, 17,90 euros.