Infertilité: Cinq questions sur le don d'ovocytes

PARENTALITE L'infertilité touche un couple sur six en France et pourtant le don d'ovocytes est méconnu et peu développé. Le point en cinq questions...

Oihana Gabriel

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Un employé de la clinique Eugin prépare un échantillon de sperme et un ovocyte pour une fertilisation le 25 mai 2016 à Barcelone
Un employé de la clinique Eugin prépare un échantillon de sperme et un ovocyte pour une fertilisation le 25 mai 2016 à Barcelone — LLUIS GENE AFP

C’est encore un sujet très méconnu. Alors qu’Audrey Keysers publie ce jeudi un récit enlevé et précis sur son parcours du combattant pour avoir finalement droit à une Fiv (fécondation in vitro) grâce à un don d’ovocytes, 20 Minutes fait le point sur les nombreuses questions sur ce don porteur d’espoir.

Une receveuse d'ovocytes raconte son parcours: «Dans mon malheur, j’ai quand même eu de la chance!»

Qui peut donner ?

Toutes les femmes sous deux conditions : être en bonne santé et avoir entre 18 et 37 ans. Depuis le décret publié en janvier 2016, les femmes qui n’ont pas encore eu d’enfant peuvent donner des ovocytes. Ce qui a considérablement élargi le spectre. « L’âge moyen pour un premier enfant en France tourne autour de 29 ans, rappelle Dominique Royère, directeur Procréation, Embryologie, Génétique humaines à l’ Agence de la Biomédecine. Dans le cas de femmes qui n’ont pas encore eu d’enfant, il est possible de garder une partie des ovocytes pour elle-même en cas d’éventuels problèmes à l’avenir. Selon les derniers chiffres, il y a avait seulement 501 donneuses d’ovocytes en 2014. « Mais pour une donneuse, il y a en général deux receveuses, précise le professeur. Et entre 2010 et 2014, ce nombre est passé de 400 à 501. »

Comment ça se passe ?

Une donneuse peut se renseigner dans un des 28 centres spécialisés dans le don d’ovocytes le plus proche de chez elle. « Les femmes ont alors un bilan de santé et un entretien avec un psychologue, explique le spécialiste. Les examens médicaux permettent de vérifier dans le cas d’une donneuse qui n’a pas eu d’enfant si sa fertilité n’est pas menacée. Si elle fait l’objet d’un problème, elle passe de donneuse potentielle à patiente. »

Une fois détentrice de toutes les analyses nécessaires, le prélèvement peut être organisé. Pendant une semaine environ, elle suit un traitement par injection et est suivie avec des échographies et prises de sang. « Dans 99 % des cas, lors du cycle, les multiples follicules se transforment en un seul ovule, reprend Dominique Royère. Le traitement permet de maintenir plusieurs ovules, qui peuvent servir à plusieurs receveuses. Vient ensuite le prélèvement, souvent sous anesthésie générale, qui servira à la fécondation in vitro avant implantation dans l’utérus de la receveuse. « Ce n’est pas tout à fait la même chose que pour le don de sperme, où il suffit d’aller se masturber », résume le spécialiste. Risque-t-elle des effets secondaires ? « Si la stimulation est trop forte, la donneuse peut avoir des douleurs au ventre et des problèmes de transit. Mais on prend des précautions pour ne pas transformer ce geste altruiste en désagrément ou danger. ». Dans des rares cas, ce syndrome d’hyperstimulation peut en effet avoir de graves conséquences, potentiellement mortelles s’il n’est pas traité.

Est-ce gratuit et anonyme ?

Oui. Aujourd’hui en France, toute rémunération en contrepartie du don d’ovocytes est interdite, comme d’ailleurs tout don des éléments du corps humain. Mais les femmes qui se lancent dans cette procédure doivent bénéficier de frais médicaux remboursés à 100 %. Ainsi que les frais de transport et d’hôtel.

Quant à l’anonymat, il est obligatoire. Et la loi française prévoit qu’il n’existe aucun lien entre la donneuse d’ovocytes et l’enfant né du don. « En revanche, des données médicales non identifiantes mais importantes peuvent être transmises comme par exemple le diabète », précise Dominique Royère.

Qui peut recevoir et comment ?

Les ovocytes sont donnés à des couples hétérosexuels qui ne peuvent pas avoir d’enfant et qui suivent un parcours de PMA. Ils peuvent également être destinés à des couples risquant de transmettre une maladie génétique grave à l’enfant. Dans tous les cas, le couple receveur doit être en âge de procréer. 

Pour être inscrit sur la liste pour un don d'ovocyte, les receveurs doivent au préalable remplir chez un juge (gratuit) ou un notaire (payant) un recueil de consentement. Qui établit le lien de filiation entre l’enfant et les parents. Vient ensuite l’attente. « Trop longue », tranche le professeur: entre deux et trois ans en général, car il y a cinq fois plus couples qui espèrent un don que de donneuses en France. « Mais on espère arriver à l’autosuffisance d’ici quatre ou cinq ans », assure Dominique Royère.

Est-ce illégal d’aller en Espagne ou en Belgique pour bénéficier d’un don d’ovocyte ?

Non. Mais mieux vaut bien se renseigner avant de partir à l'étranger et cette démarche coûte cher. Audrey Keysers, qui publie son témoignage ce jeudi dans 3 ans et 9 mois, a par exemple dû faire un emprunt de 10.000 euros. En effet, en faisant appel à une clinique privée en Espagne (où les donneuses reçoivent une compensation de 800 euros), elle a déboursé 8.000 euros entre les frais médicaux, les transports et l’hébergement. « C’est très inéquitable », regrette Dominique Royère. Mais pour les couples dont l’âge rend difficile une attente trop  longue, la caisse nationale des soins à l’étranger peut rembourser jusqu’à 2.000 euros, soit une partie des frais seulement.

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