Mardi 8 novembre 2016, les infirmiers réclament de meilleures conditions de travail et une hausse de salaire.
Mardi 8 novembre 2016, les infirmiers réclament de meilleures conditions de travail et une hausse de salaire. — O. Gabriel/ 20 Minutes

MOBILISATION

Trois infirmiers nous livrent leurs cinq mesures pour sauver leur profession

Les infimiers défilent à nouveau ce mardi à Paris pour faire entendre les ras-le-bol, l’occasion de faire passer quelques idées de réforme en pleine campagne présidentielle…

Ce mardi, à nouveau, ils battront le pavé pour clamer leur colère. Dix-huit organisations et syndicats infirmiers appellent à la grève et à une manifestation à Paris. Deux mois seulement après un important mouvement de protestation. Avec toujours le même message : le gouvernement n’a pas pris de mesures suffisantes pour améliorer leurs conditions de travail. Au cas où les candidats à la primaire de la gauche et à l’élection présidentielle seraient en manque d’idées, 20 Minutes a demandé à trois infirmiers leurs cinq mesures prioritaires pour cette profession.

1. Un moratoire sur les plans d’économie des hôpitaux

« On a franchi un point de non-retour !, tranche Thierry Amouroux, secrétaire général du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNI CFE-CGC). En dix ans, 100.000 lits ont fermé. Or, le budget 2017 prévoit encore une économie de 3 milliards d’euros, ce qui veut dire 16.000 lits et 22.000 postes en moins… Aujourd’hui, on est déjà dans un état d’urgence permanent. Et le syndicaliste d’avancer pour preuve la crise récente liés à l’épidémie de grippe : « Imaginez dans un an… si cela se reproduit. D’ailleurs la ministre Marisol Touraine reconnaît qu’on manque de lits, puisqu’elle a demandé à ce qu’on reporte les opérations non urgentes. »

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2. Mettre en place une adéquation entre effectifs et charge de travail

« La logique mathématique se passe bien dans un bureau, pas dans la réalité », résume Nathalie Depoire, présidente de la Coordination Nationale Infirmière (CNI). Pour elle, l’urgence est d’adapter les effectifs aux besoins des patients et non au nombre de lits du service. « Un lit n’équivaut pas à un autre. Il faut mesurer les besoins en fonction de la pathologie des patients et de leur degré d’autonomie. »

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3. Elargir les compétences

Beaucoup de ces praticiens veulent plus de responsabilités. Pouvoir prescrire un tire-lait à la maternité, proposer des consultations d’infirmières… Voilà qui pourrait désengorger les hôpitaux. « On nous octroie par petit bout des compétences comme la possibilité de prescrire une contraception alors que nous sommes des acteurs majeurs de la prévention », assure Nathalie Depoire.

Même combat sur les vaccins. Aujourd’hui, les infirmières ne peuvent faire que le vaccin contre la grippe… et un arrêté limite cette possibilité aux personnes âgées et souffrant de maladie chroniques. « Or, les infirmières sont formées à toutes les vaccinations. C’est incohérent ! » Thierry Amouroux veut qu’elles puissent vacciner n’importe qui et pour n’importe quelle maladie.

4. Donner un nombre de patients maximum par infirmière dans tous les services

« Je souhaite que la législation détermine un ratio d’infirmiers au lit du patient, explique Anne Papas, auteure de Astreintes, chronique d’une vie d’infirmière. En réanimation, les infirmiers ne peuvent pas s’occuper de plus de trois patients pour assurer la sécurité et la qualité des soins. Mais ce n’est pas le cas dans les autres services. »

Objectif ? Eviter que lorsqu’un collègue est absent, ses camarades se retrouvent avec dix, quinze, vingt patients. D’autant que leur charge, notamment administrative, s’est accrue ces dernières années : « les patients restent moins longtemps à l’hôpital, les infirmières ont donc plus dossiers à remplir pour les entrées et les sorties, et doivent plus souvent préparer les chambres », souligne cette cadre de santé à l’Institut de formation des soins infirmiers à La Pitié-Salpêtrière. Et Anne Papas de citer une étude parlante : « dans neuf pays européens, dans un service de chirurgie, chaque patient ajouté à la charge de travail quotidienne d’une infirmière augmente le risque de décès de 7 % ».

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5. Une reconnaissance de la pénibilité

Des horaires décalés et qui changent tout le temps, des manipulations physiques parfois douloureuses, des astreintes les week-ends… Pour Thierry Amouroux, la pénibilité de ce métier n’est pas assez prise en compte. « Selon la caisse de retraite des hôpitaux, l’espérance de vie moyenne des infirmières est de 78 ans… alors que celle des Françaises atteint 85 ans, plaide le syndicaliste. Et 20 % des infirmières partent à la retraite avec une invalidité. »

Son souhait ? Rétablir un calcul pour les droits à la retraite incluant cette pénibilité pour tous les infirmiers, du public comme du privé. « En 2003, avec la réforme Fillon, nous avions un an tous les dix ans, en clair on nous reconnaissait 44 ans de travail pour 40 ans effectifs. Mais la loi Bachelot de 2010 a supprimé cette mesure. »