«Petite histoire des règles»: «La recherche s’intéresse à la possibilité pour ce sang "honteux" de devenir médicament»

INTERVIEW Elise Thiébaut sort un livre sur son histoire des règles et explique à « 20 Minutes » l’importance de sortir du tabou…

Oihana Gabriel

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Portrait d'Elise Thiébaut, journaliste et auteure de Ceci est mon sang, livre sur les règles.
Portrait d'Elise Thiébaut, journaliste et auteure de Ceci est mon sang, livre sur les règles. — Francesco Gattoni

Si la « taxe tampon », la coupe menstruelle en silicone, l ’endométriose, le choc toxique ont défrayé la chronique ces dernières années, on ne peut pas vraiment dire que les règles ne soient plus un tabou. Mythes, coutumes, questions, recherche scientifique, Elise Thiébaut, journaliste et féministe, vient de publier Ceci est mon sang, petite histoire des règles, de celles qui les ont et de ceux qui les font*. Un voyage subjectif, cocasse et documenté sur tout ce que vous aimeriez savoir sur les menstruations et comment « réinventer les règles » selon les mots de l’auteure.

Quiz: Etes-vous incollable sur les règles?

Comment vous résumeriez les règles à votre fille pré pubère ?

Tous les mois à peu près pendant la période de leur vie où elles sont fertiles, les femmes fabriquent un œuf qui peut devenir un bébé, mais, s’il n’est pas fécondé, se transforme en sang qui est évacué. Ce n’est pas sale, mais ça peut être inconfortable. En revanche, ça ne doit pas faire mal.

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C’est quoi le lien entre règles et féminisme ?

Avoir ses règles, c’est le signe qu’on est devenu une femme. Et paradoxalement, on devrait en avoir honte… Les règles ont été un prétexte pour écarter les femmes de la place publique, soi-disant parce que le cycle affectait leur jugement. Et certaines femmes acceptent cette honte, cette incapacité. L’infériorité a été intériorisée, ce qui explique la persistance des inégalités entre hommes et femmes.

Votre réaction quand vous avez eu vos règles ?

J’étais super-contente et fière ! Cela rimait avec devenir femme et sexualité. Après j’ai un peu déchanté. Beaucoup vivent ce même paradoxe : c’est un grand bonheur et en même temps très inconfortable. Ce qui est drôle, c’est que j’ai soigneusement évité de dire à ma fille quand elle a eu ses premières règles qu’elle devenait une femme… mais finalement c’est elle qui me l’a dit.

Votre plus grande surprise pendant votre enquête sur les règles ?

Que des cellules-souches dans le sang menstruel aient un potentiel thérapeutique. On retrouve l’idée que le sang puisse guérir dans de nombreuses cultures et époques. Mais depuis dix ans, la recherche s’intéresse à la possibilité pour ce sang honteux de devenir médicament pour certains cancers, des maladies cardiaques, la maladie de Parkinson… En général, on extrait ces cellules-souches de la moelle osseuseou du cordon ombilical. Le sang menstruel est quand même bien plus facile d’accès, étant donné que toutes les femmes ont la générosité de s’en débarrasser chaque mois. Cela permet de changer complètement le regard sur les règles : de sales, elles deviennent un trésor.

Vous écrivez qu’il faut « réinventer les règles », trois mesures pour sortir du tabou ?

Proposer d’abord une spécialité médicale et des consultations spécifiques sur les règles. On reçoit des réponses très pauvres et peu de médicaments pour soulager la douleur chez un gynéco. Deuxième mesure : faire pression sur les marques pour qu’elles donnent la composition des serviettes hygiéniques et des tampons. Une pétition pour l’obtenir a reçu 260.000 signatures et l’opacité est toujours d’actualité. On demande simplement que les entreprises écrivent sur les emballages les produits qui sont en contact avec notre intimité un quart du mois pendant quarante ans de notre vie ! Personne n’a étudié la perméabilité des muqueuses, l’impact sur notre santé de ces tampons. Les femmes ont besoin d’en savoir plus sur ces questions. C’est une mesure de santé publique.

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Enfin, une troisième réforme sur l’accessibilité. Il serait temps que des distributeurs de protections hygiéniques soient installés dans les lieux publics ! On trouve un distributeur de préservatifs devant chaque pharmacie, ça ne choque personne mais les femmes doivent toujours prévoir leur protection hygiénique où qu’elles soient. On s’est battu pour quela « taxe rose » baisse à 5,5 %, mais ça ne devrait tout simplement pas être taxé.

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L’information essentielle que vous souhaiteriez transmettre aux femmes ?

Si on a mal, il faut consulter car on peut avoir un problème de santé comme l’endométriose. C’est scandaleux que le retard de diagnostic en France soit de neuf ans pour une maladie aussi courante [elle touche une femme sur dix, dont l’auteure]. Or, elles n’osent pas parler des douleurs et désagréments. Moi-même j’ai du mal à évoquer mes troubles liés à la ménopause à mon médecin traitant…

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Et aux hommes ?

Ce n’est pas grave de ne pas avoir ses règles, nobody is perfect ! J’ai été surprise de voir le lien entre la circoncision et les règles. Dans les monothéismes, on reproduit chez les hommes le sang qui s’écoule pour instaurer le patriarcat.

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* Editions La Découverte, 16 euros.