Anne-Cécile Ratsimbason, jeune Niçoise, a créé une entreprise de stylisme médical en janvier 2015.
Anne-Cécile Ratsimbason, jeune Niçoise, a créé une entreprise de stylisme médical en janvier 2015. — Ludovic Lecouster

PORTRAIT

Stylisme médical: «Un vêtement adapté à un appareillage médical devient thérapie pour le patient»

Oihana Gabriel

La styliste Anne-Cécile Ratsimbason propose à des patients des vêtements esthétiques, adaptés et confortables en fonction de leur maladie...

Deux ans et deux Prix. Anne-Cécile Ratsimbason n’a pas perdu de temps. Alors qu’elle a lancé son entreprise, Stylisme médical Ratsimbason, il y a pile deux ans, cette trentenaire peut se féliciter d’avoir reçu il y a un mois deux Prix de la Fondation Cognacq-Jay, qui œuvre en faveur des établissements de solidarité sociale. Un coup de pouce pour la renommée… et une enveloppe de 14.000 euros bienvenus pour cette jeune entrepreneuse prometteuse.

Esthétique, confortable et adapté

Qui a tout simplement inventé un métier. « J’ai combiné mon passé de patiente, car j’ai porté pendant dix ans un corset à cause d’une scoliose, et ma formation de styliste », résume cette trentenaire. Résultat : le 23 janvier 2015, elle lance sa petite entreprise qui vise à confectionner sur mesure des vêtements adaptés et esthétiques pour des personnes qui doivent dissimuler des appareils médicaux. De la lingerie pour des femmes qui portent une prothèse, une poche discrète pour une pompe à insuline pour des diabétiques, des tenues chics pour les femmes qui portent un corset…

Anne-Cécile Ratsimbason, jeune Niçoise, a créé une entreprise de stylisme médical en janvier 2015.
Anne-Cécile Ratsimbason, jeune Niçoise, a créé une entreprise de stylisme médical en janvier 2015. - David Delaporte

Pour chaque pathologie, Anne-Cécile discute avec le patient pour définir les besoins, les tissus, la coupe adéquate. Et cette trentenaire n’a aucun mal à se mettre à la place de ses clients : « j’ai connu le désarroi quand on doit supporter un traitement contraignant et peu esthétique », confie-t-elle.

Le corset, peu esthétique

Tout a commencé il y a trois ans grâce à un médecin visionnaire. « Mon généraliste m’a demandé de me pencher sur un problème qu’il rencontrait souvent : beaucoup d’adolescentes ne portaient plus leur corset, raconte cette femme de 32 ans. C’est sûr qu’un corset en résine qui va parfois du bassin au cou, ça fait un peu à l’ancienne ! Il a fait ce pari fou avec moi : tous les mercredis pendant un an, il m‘a prêté une salle où je discutais avec ces adolescentes. Avec comme objectif d’introduire la mode dans le milieu médical… et de les encourager à porter leur corset ! »

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Depuis deux ans, progressivement, cette Niçoise élargit son spectre. Car beaucoup de pathologies imposent des appareils médicaux. Comment apporter un peu de confort à des personnes en fauteuil roulant ? « Quand on est assis toute la journée, un pantalon dévoile les chevilles, serre trop la taille, les poches arrières peuvent provoquer des escarres », reprend la jeune femme. C’est pourquoi elle dessine des pantalons à la bonne taille, avec un ourlet plus long et dans un tissu très élastique.

Son espoir ? Apporter confort, coquetterie et confiance à ces patients. « Quand on se retrouve à vie avec un appareil médical, le risque c’est de ne plus suivre son traitement. Le vêtement devient thérapie. Je ne suis pas médecin, mais j’aide les patients à retrouver confiance en eux. »

« Aucun vêtement n’était adapté à l’appareillage lourd de ma fille »

Et la styliste doit non seulement se plonger dans les pathologies, mais aussi adapter les vêtements aux différents âges. « Une mère m’a demandé d’être la styliste à vie de sa fille. Son bébé, Agathe, souffre d’une maladie rare qui l’empêche de manger et de faire caca. » La styliste a donc confectionné un body avec une poche et une culotte à bretelles pour que l’appareil servant à recueillir les selles ne tombe pas. « J’espère l’aider à traverser les âges ».

Du côté de Marie, la mère d’Agathe, aucun doute là-dessus. « Anne-Cécile relève tous les challenges ! A un an, aucun vêtement n’était adapté à l’appareillage lourd de ma fille. J’avais des idées, mais je ne suis pas couturière ! Elle a tout de suite compris les besoins et a respecté mes critères : sécurité pour que l’appareil reste en place, confort mais que ça reste coquet. Aujourd’hui, Agathe a trois ans et malgré son handicap, personne ne devine son appareillage. Je sais qu’Anne-Cécile l’aide à se sentir bien dans son corps. »

Sur-mesure et série

La jeune femme se sert du sur-mesure « comme étude de marché » pour « découvrir des maladies »… et petit à petit faire des séries de certains vêtements. « Les deux prix de la Fondation Cognacq-Jay me donnent plus de crédibilité quand je me présente dans les services hospitaliers pour proposer mes modèles », confie la jeune femme.

Son prochain défi ? Anne-Cécile espère soulager les personnes hypersensibles de la peau, qui ne supportent même pas un drap. « J’ai une to do list énorme mais comme j’avance seule, ça prend du temps. »