Quels sont les effets des pics de pollution sur la santé?

POLLUTION Le nombre de consultations pour crise d’asthme a augmenté ces derniers jours à Paris, qui vit son épisode le plus long et le plus intense depuis dix ans…

Oihana Gabriel

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Asthme illustration
Asthme illustration — JAUBERT/SIPA

Vendredi, Paris vivra son quatrième jour de circulation alternée… qui a essaimé à Lyon et Villeurbanne. Les responsables ? Ces minuscules particules fines très nocives pour la santé. Alors que Paris traverse le plus long et le plus intense épisode de pollution depuis dix ans, beaucoup s’inquiètent des conséquences sur les poumons des plus jeunes comme des plus anciens.

La pollution chronique plus dangereuse que les pics

Les particules fines peuvent générer de l’asthme, des allergies, des maladies respiratoires ou cardio-vasculaires et des cancers. « Il serait prématuré de quantifier l’impact sur le nombre de consultations, tranche Jean-Philippe Santoni, pneumologue bénévole à la Fondation du Souffle. Car il y a aussi un effet anxiogène de la médiatisation. » Et surtout « les effets sur la santé de ce pic de pollution sont marginaux par rapport à la pollution quotidienne, nuance le médecin. En effet, une étude de juin 2016 de Santé publique France souligne que le risque sanitaire d’une exposition quotidienne est plus important que des pics de pollution : plus de 90 % des impacts sanitaires à court terme interviennent avant que le seuil d’alerte ne soit atteint.

« Mon généraliste voit une hausse des consultations pour l’asthme et la bronchiolite »

Le nez bouché, l’essoufflement et la toux, Mendrika connaît bien. Cette semaine, ses deux filles ont été directement touchées par le pic de pollution. « La semaine dernière, mes filles avaient une rhinite. Mais lundi ça a dégénéré, pour Louna, 8 ans, en crise d’asthme et pour Célia, 18 mois, en bronchiolite. Mon aînée n’avait pas fait de crise depuis deux ans et c’est clairement lié aux particules fines. »

Et Mendrika n’est pas la seule à devoir moucher ses enfants. Lors de la consultation mardi, son généraliste confirme : « Il m’a dit qu’il voyait une hausse des consultations pour l’asthme et la bronchiolite. »

Une augmentation claire des crises d’asthme 

Si nous n’avons pas encore des données chiffrées sur la hausse de toutes les pathologies respiratoires, les cas d’asthme se sont multipliés ces derniers jours. Une étude menée par des équipes de l’hôpital Trousseau et de Necker-Cochin et dévoilée ce jeudi prouve que le nombre de consultations pour asthme chez l’enfant a augmenté à l’AP-HP ces 7 derniers jours par rapport à la même période les autres années : 1 516 patients ont consulté aux urgences pédiatriques de l’AP-HP en 2015 contre 2 045 cette année.

Et, plus généralement, les pics de pollution ont un effet direct sur les cas d’asthme chez les enfants. L’étude Pollux, menée par l’AP-HP de mars 2010 à septembre 2015, montre une augmentation potentielle de 50 % des diagnostics d’asthme entre 0 et 25 microg/m3 de particules ultrafines PM2.5 dans l’air.

« Ce qui est le plus visible, c’est l’augmentation des crises d’asthmes en cas de pic de pollution, mais d’autres pathologies peuvent être amplifiées comme les allergies aux pollens, les problèmes cardio-vasculaires », souligne Jocelyne Just, chef de service en allergologie pédiatrique.

Et pour la bronchiolite ?

Côté bronchiolite, le lien entre pollution et augmentation de l’épidémie est moins évident. Selon le dernier bulletin de Santé publique France, du 28 novembre au 4 décembre, le nombre d’enfants de moins de deux ans hospitalisés pour des cas de bronchiolite a grimpé de 21 % par rapport à la semaine précédente et les visites de SOS Médecins pour cette maladie de 24 %. « Mais nous sommes en pleine période d’épidémie de cette maladie principalement liée au virus, nuance-t-on à l’ ORS-IDF. Il n’est donc pas évident de faire un lien direct entre pic de pollution et hausse du nombre de bronchiolites. »

En effet, le dernier bulletin montre que l’augmentation est semblable à celle de 2015. « Certes, les bronchiolites sont liées à un virus, mais certaines études montrent qu’en cas de pollution forte, les symptômes de la bronchiolite sont plus sévères, ajoute Jocelyne Just. Comme d’ailleurs pour d’autres pathologies. En réalité, la pollution entraîne l’aggravation de maladies causées par d’autres facteurs. »

Quels conseils ?

Les personnes les plus fragiles restent les patients souffrant de problèmes respiratoires, les femmes enceintes, les jeunes enfants et nourrissons. « Les enfants ont des poumons en construction, respirent plus vite et sont plus proches des gaz d’échappement en poussette », reprend Jocelyne Just. Mais ce n’est pas la peine de consulter pour le moindre nez bouché. « Pour une personne en bonne santé, il faut consulter dès que vous avez des gênes respiratoires ou des sifflements », conseille-t-elle.

Alors balade en famille au parc ce week-end ou jeux en intérieur pour éviter de cracher ses poumons ? « Réduisez et reportez les activités physiques et sportives intenses, en plein air ou en intérieur, jusqu’à la fin de l’épisode si des symptômes sont ressentis (fatigue inhabituelle, mal de gorge, nez bouché, toux, essoufflement, sifflements, palpitations) », indique la ministre dans un communiqué.

« Certes, il faut éviter les sports intensifs avec hyperventilation, c’est-à-dire respiration rapide et forte, nuance Jean-Philippe Santoni. Mais en revanche l’activité physique comme la marche, le vélo, la marche nordique sont bénéfiques. »

Autre conseil pas forcément intuitif du pneumologue : « Il faut continuer à aérer, entre vingt et trente minutes chaque jour, car la pollution intérieure est cinq à dix fois supérieure à la pollution extérieure. En revanche, mieux vaux choisir d’aérer tôt le matin ou à la tombée de la nuit. » Il vaut mieux respirer avec le nez, qui est un filtre naturel (et non la bouche).

Et le médecin de rappeler : « Le tabac est un polluant plus néfaste, avec 78 000 victimes par an, que la pollution atmosphérique, qui ferait selon une estimation haute de 48 000 décès par an ! »

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