Comment les animaux aident au diagnostic de certaines maladies chez les humains

RECHERCHE Plusieurs expériences scientifiques sont menées actuellement pour faciliter le diagnostic de cancer avec l'odorat des chiens et de la maladie d'Alzheimer grâce aux anticorps de lamas...

Oihana Gabriel

— 

Deux chiens sont actuellement entraînés à reconnaître l'odeur de tumeurs du sein, un projet mené par l'Institut Curie et un expert cynophile.
Deux chiens sont actuellement entraînés à reconnaître l'odeur de tumeurs du sein, un projet mené par l'Institut Curie et un expert cynophile. — Institut Curie

Et si on confiait notre santé à des chiens et des lamas ? Quelques recherches en cours testent le potentiel de certains animaux à aider au diagnostic de cancers et maladie d’Alzheimer.

Les chiens renifleurs de cancer

L’Institut Curie mène depuis septembre un test surprenant :  confier la détection de cancers du sein à deux chiens. Ce soir, les chercheurs présentent au public ce projet, baptisé KDOG à Paris*. Comment cette idée saugrenue est-elle née ? D’une rencontre fortuite entre deux mondes. « Une infirmière pendant sa thèse de science a analysé les odeurs propres aux tumeurs, raconte Aurélie Thuleau, biologiste à l’institut Curie et chef de ce projet. Un expert cynophile qui entraînait ses chiens à retrouver des explosifs avait envie de mettre ses animaux au service de l’Homme. Les chiens ont un odorat mille fois plus puissant que le nez humain. »

D’où une équipe pluridisciplinaire mêlant experts cynophiles, chercheurs de l’Institut Curie, patientes volontaires… et deux bergers malinois. Alors comment se déroule cette première phase de test ? « Depuis septembre et jusqu’à février, nous envoyons des échantillons aux chiens dressés. Comme pour un frottis sauf que le laboratoire, ce sont des chiens. » En clair, des « lingettes sueur » avec laquelle une patiente malade a dormi et d’autres lingettes saines sont disposées dans des cônes. Les chiens y mettent le nez et quand ils repèrent quelque chose, ils s’arrêtent. « Je l’ai vu et c’est bluffant !, assure la biologiste. Ce n’est que le début mais les retours sont déjà très positifs. C’est un projet à la fois original et fédérateur. D’abord parce qu’il touche les amoureux des animaux mais aussi tous ceux qui ont autour d’eux une personne souffrant d’un cancer », assure la biologiste.

Haute-Vienne: Des chiens s'entraînent à dépister le cancer du sein

Et si cette hypothèse est vérifiée par l’étude clinique à plus grande échelle, elle pourrait être une vraie révolution. Car diagnostiquer des cancers du sein grâce aux chiens est à la fois moins coûteux, plus rapide, moins douloureux. Mais au-delà, ils pourraient aider bien des malades.

« On connaît les capacités olfactives des chiens : aux Etats-Unis, certains chiens arrivent à repérer à 98 % un cancer de la prostate en reniflant l’urine d’un patient, d’autres des cancers du poumon avec l’haleine.

Mais la grande avancée si l’expérience est couronnée de succès, c’est que l’on pourra dépister de façon précoce une tumeur avant même de pouvoir la palper. La prochaine étape concernera le cancer des ovaires, souvent détecté trop tardivement car les signes précurseurs (saignements, douleurs au ventre), sont difficiles à repérer. »

Et les autres animaux ?

Si cette expérience porte ses fruits, elle pose la question du potentiel pour d’autres animaux à aider au diagnostic. « Il est possible que les chats aient également cette capacité à flairer une tumeur, mais ils sont bien plus difficiles à dresser », reprend Aurélie Thuleau.

De même, les rats et les truies, pourraient éventuellement mettre leur nez au service de la recherche médicale. « Mais c’est moins glamour que les chiens », s’amuse la chercheuse. Et moins facile à faire accepter au grand public…

Autre piste intéressante : les abeilles qui pourraient détecter par leur odorat cancers, tuberculose et diabète selon une étude de la société américaine de chimie.

Mais qui reste à explorer en France. « Aujourd’hui, on utilise des abeilles pour détecter des mines », souligne Yves Le Conte, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) à Avignon. Lui a participé à une expérience intéressante : en dressant des abeilles, elles servaient de démineuses

« Si un corps émet des substances chimiques détectables par l’antenne de l’abeille, il est possible en tout cas sur le papier d’imaginer qu’elle puisse repérer une maladie. Mais cette hypothèse, pas idiote, n’a pas encore été vérifiée de façon scientifique à ma connaissance. »

Lama versus Alzheimer

Encore plus étonnant : une étude publiée le mois dernier dans la revue Journal of controlled release dévoile que des chercheurs s’intéressent aux lamas qui pourraient aider à diagnostiquer la maladie d’Alzheimer. Pierre Lafaye mène des expériences depuis des années pour voir si chameaux, dromadaires, lamas et alpagas peuvent aider à franchir ce grand pas dans la recherche. Grâce à eux, dans le futur, on pourra peut-être voir si une personne commence à avoir des lésions dans le cerveau.

« Ces camélidés possèdent dans leur sang des anticorps très particuliers qui peuvent pénétrer dans le cerveau, explique le chercheur à l’Institut Pasteur. Ce qui est très rare. » A quoi cela peut servir ? Repérer si oui ou non, des plaques séniles, ces protéines qui détruisent les neurones, marqueurs de cette maladie, sont présents dans le cerveau. « Aujourd’hui, on ne peut observer ces plaques que sur des patients décédés. Or, nous n’avons pas les moyens de voir, ni avec une radio, ni avec une IRM, ces signes que la maladie est là. »

Diagnostic plus précoce

Comment se déroulent ces tests ? « L’idée, c’est d’injecter à des souris ces anticorps de lama. Qui viennent se fixer sur les plaques séniles et les rendent visibles par fluorescence. » Confirmant ou infirmant ainsi que la souris est atteinte par la maladie d’Alzheimer. On pourrait ainsi diagnostiquer la maladie de façon plus précoce.

« Aujourd’hui, le diagnostic intervient dix ans après le début de la maladie, regrette le chercheur. C’est une des raisons pour lesquelles les médicaments sont assez inefficaces. Comme pour un cancer, plus on prend tôt la maladie, mieux on peut la guérir. » Même si le chercheur estime qu’avant que des tests soient faits sur des humains, il faudra sans doute attendre des années…