Sexualité: L'inquiétante augmentation des infections sexuellement transmissibles

SIDA Selon le dernier point épidémiologique de Santé Publique France, les comportements à risque sont courants et expliquent une hausse des infections sexuellement transmissibles...

Oihana Gabriel

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Illustration de préservatifs qui protègent à la fois contre le VIH et contre toutes les autres maladies sexuellement transmissibles, qui augmentent en France depuis 2000.
Illustration de préservatifs qui protègent à la fois contre le VIH et contre toutes les autres maladies sexuellement transmissibles, qui augmentent en France depuis 2000. — Pixabay

Quand on parle de syphilis, des images tirées de films et série d’époque comme Out of Africa ou The Knick viennent à l’esprit. Mais cette maladie vénérienne n’a pas disparu de la surface de la Terre au début du XXe siècle. En 2015, en France, un peu moins de 2.000 Français ont découvert qu’ils avaient attrapé cette maladie, selon le dernier point épidémiologique publié ce mardi par Santé Publique France.

Syphilis, gonocoque et chlamidia se diffusent

Et elle gagne du terrain en France. Si les chiffres restent tout de même faibles, le rapport pointe en 2015 une hausse de 59 % par rapport à 2013. Touchant aussi bien les hommes homosexuels (+56 %) que les hétérosexuels (+85 % chez les femmes et +75 % chez les hommes). Et ce n’est pas la seule infection sexuellement transmissible (IST) bactérienne qui s’étend.

Plus de 19.000 Français se sont vus diagnostiquer une infection à gonocoque (l’infection prend la forme de deux petits grains de café accolés et bombés) en 2015, dont 68 % concernaient des hommes homosexuels. Quant à la plus courante, l’infection à chlamydia, qui peut rendre stérile, le nombre de cas diagnostiqués en 2015 a été estimé à environ 81.000, soit 10 % de plus qu’en 2013.

Mais ce n’est pas nouveau. « Le nombre d’infections sexuellement transmissibles (IST) bactériennes augmente depuis le début des années 2000 », précise Florence Lot, médecin épidémiologiste à Santé Publique France.

Le nombre de VIH dépistés stagne

En revanche, après une augmentation inquiétante du nombre de patients qui se découvraient séropositifs, depuis 2011, le chiffre reste à peu près stable. Même si la baisse se fait toujours attendre...

Graphique tiré du Point épidémiologique de Santé Publique France sur le nombre de diagnostic du VIH entre 2003 et 2015.
Graphique tiré du Point épidémiologique de Santé Publique France sur le nombre de diagnostic du VIH entre 2003 et 2015. - Snaté Publique France

 

Il y a eu environ 6.000 diagnostics du VIH en 2015. Avec une différence selon les patients : on a du mal à enrayer l’épidémie chez les hommes homosexuels, où le taux reste stable.

En revanche, pour les hétérosexuels nés à l’étranger (dont les ¾ sont nés dans un pays d’Afrique subsaharienne), deuxième groupe concerné, le nombre baisse. Une légère diminution due aux nouveaux outils de prévention ? 

Le dépistage a en tout cas évolué, ce qui laisse espérer qu'il sera plus performant à l'avenir : depuis septembre 2015, 90.000 autotests ont été utilisés. Autre outil : les tests rapides d’orientation diagnostique (TROD) réalisés par les associations de santé communautaire et non des médecins. « Il est important que le dépistage se diversifie, aussi bien au niveau des outils que des lieux », souligne Florence Lot, la responsable de l’unité en charge de la surveillance du VIH/sida et des IST. Car un séropositif qui s’ignore risque davantage de contaminer ses partenaires.

Le public connaît mal les MST

Comment expliquer que le nombre de personnes qui découvrent leur séropositivité stagne alors que les autres IST continuent d’augmenter ? « D’abord, elles se transmettent plus facilement que le VIH : par exemple, vous avez bien plus de risque d’être contaminé par une IST lors d’une fellation que par le VIH, reprend l’épidémiologiste. Or, ce rapport oral n’est pas toujours considéré comme dangereux. De même, le risque de contracter une IST bactérienne lors d’un rapport anal ou vaginal est plus élevé que le risque d’être contaminé par le VIH.» 

Si le sida fait peur, «le public connaît mal ces autres infections sexuellement transmissibles. Or, un rapport non protégé expose au sida, mais également aux autres IST », martèle l’épidémiologiste.

Des maladies qui ne se voient pas

Autre explication : « Certaines infections sexuellement transmissibles sont asymptomatiques, on peut donc complètement ignorer qu’on est infecté et contaminer tous ses partenaires, souligne Florence Lot. Par exemple, la syphilis se manifeste par une lésion qui, selon son emplacement, n’est pas toujours visible (par exemple : intérieur de la bouche, anus). C’est pourquoi il faut se faire dépister tous les trois mois. »

L’utilisation du préservatif n’est donc pas automatique, notamment pour les hommes homosexuels, les plus touchés à la fois par les contaminations du VIH et des autres IST. « Il faut que les messages sur la santé sexuelle, VIH comme IST, soient relayés par les professionnels de santé, les parents, l’école, préconise l'épidémiologiste de Santé Publique France. Car changer les comportements à risque prend du temps. »