Campagne VIH censurée: «Rien dans ces affiches n’est de nature à perturber les enfants»

INTERVIEW La pédopsychiatre Myriam Szejer répond aux arguments des éus qui ont décidé de censurer la campagne de prévention du VIH destinée aux gays lancée par le ministère de la Santé...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Affiche de la campagne de prévention contre le sida lancée par le ministère de la santé le 22 novembre 2016 à Rennes.
Affiche de la campagne de prévention contre le sida lancée par le ministère de la santé le 22 novembre 2016 à Rennes. — DAMIEN MEYER / AFP

Une campagne « contraire aux bonnes mœurs et à la moralité », « volontairement provocante » qui « n’a pas sa place à proximité des écoles », pour des images « risquant de heurter la sensibilité de l’enfance et de la jeunesse ». Voici ce qu’a inspiré à une poignée d’élus la dernière campagne de prévention du sida lancée par le ministère de la Santé.

En cause : quatre images différentes montrant deux hommes, soit en train de se prendre dans les bras, soit en train de s’enlacer, assortis de messages sur les différents modes de protection à la disposition des gays. De quoichoquer les associations catholiques ainsi qu’une dizaine de maires, qui ont décidé de retirer les affiches de leur municipalité. Et déclencher une avalanche de réactions d’anonymes, de politiques et de personnages publics, qui déplorent des «  réactions homophobes ». La ministre de la Santé Marisol Touraine, qui porte cette campagne, a saisi la justice à l’encontre des municipalités où les affiches ont été censurées et appelé les internautes à relayer cette campagne.

Mais que pensent les pédopsychiatres de l’argumentaire avancé par les maires réfractaires ? Myriam Szejer, pédopsychiatre et psychanalyste à la maternité de l’hôpital Foch de Suresnes et coauteure de L’aventure de la naissance avec la PMA(éd. Gallimard Jeunesse), répond aux questions de 20 Minutes.

Selon les maires qui ont censuré cette campagne de prévention dans leur ville, les affiches en question peuvent choquer, heurter les enfants. Qu’en pensez-vous ?

Il y a dans l’espace public des images, des publicités, autrement plus choquantes que ces affiches censurées. Sur un plan psychologique, a priori rien dans cette campagne n’est de nature à perturber les enfants : les images ne sont pas à caractère pornographique et les messages écrits au bas des affiches ne sont pas provocateurs. Et si un enfant qui voit ces affiches pose une question sur leur contenu à ses parents, c’est l’occasion pour eux de lui apporter des réponses, un éclairage adulte sur ce qui est représenté.

Mais que dire aux maires et parents qui sont, eux, choqués par ces affiches ?

S’ils sont choqués, c’est certainement parce que l’on voit dans cette campagne des couples homosexuels. Mais à partir du moment où la loi met sur un pied d’égalité tous les individus quelle que soit leur orientation sexuelle, autorise le mariage pour tous, c’est à tous de se soumettre à ce cadre légal. Malgré ce que peuvent penser certains élus ou parents, personne ne peut s’opposer à ce qui est légalement autorisé et reconnu. Censurer ces images au motif qu’elles montrent des couples de même sexe n’est pas recevable dans ce contexte légal.

La loi consacre l’égalité de tous, indépendamment de l’orientation sexuelle, c’est la réalité du monde dans lequel vivent les enfants aujourd’hui. Une réalité qu’il faut leur expliquer, et qui a des effets auxquels personne n’a le droit de s’opposer. J’ai déjà reçu des parents qui ne parvenaient pas aborder la question de l’homosexualité avec leurs enfants. C’est à chaque père et mère de décider ce qu’il veut dire à ses enfants. Pour certains parents, il faudra plus de temps qu’à d’autres, mais l’évolution des mentalités est inéluctable.

La campagne aurait-elle dû être menée différemment ?

Il aurait fallu mettre aussi en scène des couples hétérosexuels dans cette campagne, parce que le sida peut toucher tout le monde, et que tout le monde doit être sensibilisé à cette problématique. Mais le fait est que les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes constituent une population plus touchée par le VIH. On ne peut pas faire l’économie de cette prévention.