IVG médicamenteuse: «Il faut améliorer l'accompagnement des patientes»

SANTE FEMININE Une majorité de femmes recourant à l'interruption volontaire de grossesse médicamenteuse témoignent de douleurs physiques intenses et d'un manque d'information et d'accompagnement...

Anissa Boumediene

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En cas d'IVG médicamenteuse, de nombreuses patientes ont des douleurs intenses, insuffisamment priseS en charge.
En cas d'IVG médicamenteuse, de nombreuses patientes ont des douleurs intenses, insuffisamment priseS en charge. — Martin Lee / Rex Featur/REX/SIPA

Réputée plus simple, moins intrusive que les autres méthodes,l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par voie médicamenteuse s’est progressivement imposée. Elle n’est pourtant pas exempte d’effets secondaires et les douleurs physiques qui lui sont associées, largement répandues, sont souvent passées sous silence et pas suffisamment prises en charge, révèle une étude menée par l’Inserm et présentée vendredi par la Fondation de l’avenir.

L’IVG médicamenteuse majoritaire

Le recours à l’avortement reste stable en France, avec environ 220.000 IVG pratiquées en 2015, « soit une grossesse sur cinq qui est interrompue », précise le Dr Philippe David, gynécologue obstétricien et chef de service ducentre IVG de la clinique Jules-Verne de Nantes, qui a piloté l’étude. Depuis l’autorisation des IVG médicamenteuses en 1990, la part de cette technique n’a cessé d’augmenter pour représenter 57 % des IVG réalisées en 2015, selon les chiffres du ministère des Affaires sociales.

Possible jusqu’à sept semaines d’aménorrhée, cette méthode est pratiquée soit à l’hôpital, soit en cabinet de ville, par un médecin ou une sage-femme. Elle consiste à prendre deux comprimés. Le premier, qui bloque le développement de la grossesse, doit être pris en présence du médecin ou de la sage-femme durant la consultation. Le second, qui peut être pris en consultation ou à domicile 36 à 48 heures plus tard, déclenche l’expulsion de l’embryon. Le plus souvent, les femmes préfèrent passer cette deuxième étape à domicile, seules. « Là, la femme est dans le cadre familier de son domicile », reconnaît le Dr David. Comparée à la méthode par aspiration, réalisée à l’hôpital, la technique médicamenteuse est plus « simple » et ne requiert ni geste intrusif ni anesthésie. Mais il ne faut pas pour autant la « systématiser », « les femmes doivent avoir le choix et la situation de chacune doit être prise en compte ».

Douleurs intenses

Car toutes les patientes ne semblent pas être informées de ce qu’elles s’apprêtent à vivre. Selon les résultats de l’étude menée auprès de 453 femmes ayant recouru à une IVG médicamenteuse, 27 % des patientes ont indiqué avoir éprouvé « des douleurs très intenses » (notées 8 ou plus sur une échelle de 10), avec un pic douloureux constaté au troisième jour, lors de la prise du deuxième médicament, qui déclenche les contractions et l’expulsion. « C’est constamment le jour le plus douloureux, même si sur les 5 jours étudiés, les douleurs restent présentes », relève Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles, chercheure à l’Inserm et coauteure de l’étude. Ces chiffres contrastent avec « l’idée que l’IVG médicamenteuse est simple, facile d’accès, rapide. La douleur qui lui est associée a été passée sous silence et n’a, jusqu’à aujourd’hui, pas du tout étudiée, souligne Le Dr David. Or, l’accompagnement des patientes qui éprouvent des douleurs lors d’IVG est une question d’éthique ; »

Grâce à cette étude, les chercheurs ont mis au jour trois facteurs de risque douloureux, car toutes les patientes n’ont pas le même risque d’avoir mal. « Les femmes qui n’ont jamais eu d’enfant, ou qui ont des règles douloureuses sont plus sujettes aux intenses douleurs provoquées par l’IVG médicamenteuse ». Le troisième facteur, lui, concerne le dosage du médicament administré, le mifépristone, qui semble avoir lui aussi une incidence. « Cela nous pousse à réfléchir autrement à la question de la douleur et à sa gestion », estime Philippe David.

Améliorer le protocole de prise en charge

D’autant que les antalgiques délivrés dans ces circonstances n’ont que « moyennement » soulagé les patientes étudiées, qui ont 2T2 83 % à prendre des antidouleur. Très peu ont pris des antalgiques puissants, la plupart s’étant cantonnées « au paracétamol ou à l’ibuprofène », précise le Dr David. « Il fautrepenser les protocoles de prise en charge de la douleur, ils doivent être beaucoup plus puissants », a insisté Marie-Josèphe Saurel-Cubizolles. Autre aspect jusqu’alors peu abordé : un tiers des femmes interrogées ont déclaré avoir eu des saignements qui leur ont paru « inquiétants » voire « très inquiétants ». Nombre d’entre elles « auraient préféré être plus informées, notamment sur ces saignements », a noté la chercheure.

Pourtant, « le recours à l’IVG devrait être une coconstruction entre le professionnel de santé et la patiente, rappelle le Dr David. L’écoute des femmes est fondamentale. Lors de l’entretien préalable avec ma patiente, j’évoque le déroulé de la procédure, son parcours, ses antécédents, pour l’aider à opter pour la solution la plus adaptée pour elle ». La suite de l’intervention est également abordée. « La question d’un éventuel arrêt de travail est aussi posée, complète le Dr David. Mais est-ce le cas partout ? Je n’en suis pas sûr,certains médecins refusent d’en délivrer. Ce point aussi doit faire partie de la réflexion sur l’accompagnement des patientes. Pour l’heure, ce que j’observe le plus souvent, c’est que les femmes s’arrangent pour planifier l’IVG le week-end, ou sur leurs jours de repos, note le Dr David. Or, l’IVG n’est pas un acte anodin, et l’accompagnement des femmes ne doit plus être négligé. »