Chutes, charge de travail... Pourquoi les lombalgies font mal aux entreprises

SOCIAL Depuis 2005, la part des lombalgies dans les accidents du travail a augmenté de 13 % à près de 20 %…  

Delphine Bancaud

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Un homme souffrant d'une lombalgie.
Un homme souffrant d'une lombalgie. — CLOSON/ISOPIX/SIPA

« J’ai mal au dos ». Une plainte qui est devenue on ne peut plus courante ces dernières années dans les entreprises, d’après les chiffres dévoilés ce mardi par la branche risques professionnels de l’assurance maladie.

Les lombalgies (douleur située au niveau des vertèbres lombaires, partie basse du dos) ont représenté 19 % des accidents du travail en 2015, contre 13 % en 2005. « Et ce alors que les accidents du travail ont baissé, ce qui prouve qu’on arrive à agir sur certaines causes, mais pas celle-là », explique à 20 Minutes Marine Jeantet, directrice des risques professionnels à la Cnamts. Mais ce n’est pas tout : les lombalgies ont aussi représenté 15 % des accidents de trajet en 2015 et 7 % des maladies professionnelles (ce sont souvent des hernies discales dans ce cas-là).

La conséquence « d’un cumul de contraintes »

Reste à savoir pourquoi ce mal de dos est devenu si courant. « Dans les cas d’accident du travail, la lombalgie est le plus souvent provoquée par un faux mouvement lors du port d’une charge lourde ou par une chute. Dans les cas d’un accident de trajet, la lombalgie est consécutive d’une glissade dans la rue (généralement en hiver) ou d’un accident de voiture », indique Marine Jeantet.

Mais ce mal au dos est souvent aussi la conséquence « d’un cumul de contraintes », souligne Evelyne Escriva, chargée de mission à l’Anact (Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail). « Il peut s’agir d’une charge travail trop lourde due à une réduction d’effectifs dans l’entreprise, d’un temps réduit pour effectuer certaines missions, de la non-utilisation de certaines machines alors qu’elles pourraient soulager le salarié », poursuit-elle.

Et force est de constater que certains secteurs sont plus touchés par la déferlante de lombalgies que d’autres. « C’est le cas des services à la personne, puisque les salariés manipulent souvent des corps. Mais aussi dans la logistique, qui implique le port de charges lourdes, le BTP et l’agroalimentaire », constate Marine Jeantet.

Des efforts de sensibilisation à faire

Une situation qui a des répercussions sur les finances de l’Assurance-maladie puisque cette pathologie lui coûte près d’un milliard d’euros par an, en raison des arrêts maladifs généralement courts, mais répétitifs qu’elle entraîne et de la prise en charge de soins pour les patients. Et qui pénalise bien évidemment l’activité des entreprises. D’où leur volonté commune à agir sur le sujet.

« Une culture de prévention est en train de se mettre en place dans certains secteurs. Pour ce faire, nous analysons quels sont les déterminants pouvant expliquer la recrudescence des lombalgies dans une entreprise, avant de mettre en place des mesures (travail avec les salariés sur les bonnes postures à adopter, ports de certaines charges par des machines…) », explique Evelyne Escriva.

La branche risque professionnels de la Cnamts souhaite quant à elle sensibiliser en priorité les entreprises œuvrant dans les services à la personne. « On va commencer par les maisons de retraite. On va notamment inciter les salariés à utiliser des lève-personnes au lieu de soulever eux-mêmes les personnes âgées », informe Marine Jeantet.

En parallèle, l’Assurance-maladie a déjà commencé à sensibiliser les médecins généralistes pour améliorer la prise en charge des patients et éviter les lombalgies chroniques. Une expérimentation a aussi été lancée pour faciliter le retour au travail de 70 salariés atteints de lombalgie, qui travailleront au début à temps partiel et dont la situation sera évaluée par un médecin du travail une fois par mois. Un travail de fourmis mais qui devrait payer à moyen terme…