Thomas Pesquet: Comment le voyage spatial du Français va aider la médecine

ESPACE L'astronaute français, qui part ce jeudi pour six mois dans la Station spatiale internationale, mènera des expériences fondamentales dans la prévention des infarctus et de l'ostéoporose...

Oihana Gabriel

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Les astronautes Thomas Pesquet, Oleg Novitsky et Peggy Whitson pendant leur entraînement à Moscou le 25 octobre 2016 avant le décolage prévu pour le 17 novembre.
Les astronautes Thomas Pesquet, Oleg Novitsky et Peggy Whitson pendant leur entraînement à Moscou le 25 octobre 2016 avant le décolage prévu pour le 17 novembre. — AFP

Il se dit « relax ». Le 17 novembre à 21h20 heure de Paris, Thomas Pesquet, 36 ans, va quitter notre planète à bord d'un vaisseau Soyouz pour rejoindre la Station spatiale internationale. Pendant les six mois de sa mission dans l’espace, l’astronaute français devrait participer à 200 expériences. Dont certaines pour faire avancer la médecine… sur Terre.

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Equipé d’une veste intelligente, qui pourra transmettre via des capteurs quantité de données sur sa santé, l’astronaute va aider les scientifiques à avancer dans la recherche notamment sur le sommeil, la perte osseuse et le vieillissement des artères. Et l’étude du mal de l’espace aidera à comprendre le mal des transports sur Terre…

Les trois astronautes embarqués pour cette mission ont dans leur planning chargé deux heures de sport obligatoires par jour ! Afin qu’ils ne rentrent pas avec le corps d’un octogénaire, car l’espace n’est pas vraiment garant d’une bonne santé…

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Prévenir l’ostéoporose

« Comme il n’y a pas la gravité, chaque mouvement ne leur demande pas d’effort ce qui fait qu’ils vont perdre du muscle, des os, explique Pierre Boutouyrie, chercheur à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM).

Ce qui pourrait aider dans la prévention de l’ostéoporose, cette maladie du squelette qui augmente les fractures et touche 39 % des femmes autour de 65 ans. « La seule différence c’est que chez les astronautes la perte osseuse se limite aux os porteurs (colonne et jambes), alors que chez les personnes souffrant d’ostéoporose, c’est sur tout le squelette, précise Laurence Vico, chercheuse à l’Inserm et collaboratrice dans cette expérience.

L’objectif, c’est de tester différents types d’exercices physiques qui pourront servir dans la prévention de l’ostéoporose. « Et de voir comment les astronautes pourront récupérer de la masse osseuse avec des compléments en vitamine D, des conseils en nutrition. » D’autant que « les astronautes, si on ne les guide pas, perdent le goût des aliments et ne mangent pas suffisamment… comme les personnes âgées », insiste Laurence Vico.

Vieillissement des artères

Et Thomas Pesquet va tester pour vous le vieillissement accéléré des artères également ! « Six mois dans l’espace équivaut à un vieillissement des artères de 10 ans sur Terre, résume Pierre Boutouyrie. En gros, Thomas Pesquet, 36 ans, va revenir avec des artères d’un homme de 46 ans. »

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Comment l’expliquer ? « Même en parfaite santé, un jeune homme dans l’espace est soumis à des contraintes physiques d’une part, notamment les accélérations violentes lors du vol, des radiations solaires, reprend le chercheur. Mais aussi un stress psychique énorme, ils sont quand même dans une boîte de sardines avec un bâton de dynamite ! »

Et Thomas Pesquet embarque avec lui un capteur, déjà à bord du vaisseau Soyouz. « Place sur sa carotide, il va enregistrer sa pression, explique Pierre Boutouyrie. A partir des tracés, on estimera son âge artériel. » Et les mesures ne seront pas prises en continu mais au début de la mission, à mi-parcours, juste avant de revenir et une fois sur Terre.

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Voir les effets de la sédentarité extrême

Car l’intérêt c’est aussi de savoir s’il pourra récupérer des artères saines. « Ce qu’on connaît mal, c’est la réversibilité, avoue le chercheur. Sur Terre, si on corrige les facteurs de risque les hommes ont entre 60 et 70 % de chances de récupérer des artères saines. »

En quoi cela intéresse les humains ? « On aimerait que tout le monde atteigne 80 ans en bonne santé !, sourit le chercheur. L’objectif c’est de proposer des contre-mesures pour ralentir le vieillissement des artères. » Ce qui peut avoir une application concrète pour la prévention de toutes lesmaladies cardio-vasculaires (AVC, les infarctus), qui sont la première cause de mortalité dans le monde.

Plus globalement, « cette mission spatiale est un modèle extrême et pur de sédentarité », résume Pierre Boutuyrie. Qui est un facteur aggravant pour bien des maladies : notamment les infarctus, mais aussi les cancers. « Cela nous aide également à comprendre ce qui se passe quand on est immobilisé pendant des semaines ou des mois, par exemple lors d’une hospitalisation », reprend le chercheur.

Des outils innovants

L’avantage avec les missions spatiales, c’est aussi d’inventer des outils adaptés à l’espace qui serviront aux Terriens. Ainsi on va mesurer grâce à un scanner miniature au sol l’évolution des os de Thomas Pesquet. « On va pouvoir suivre la perte de l’os et sa récupération puisqu’on continuera à prendre des mesures jusqu’à un an après son retour », souligne Laurence Vico. « Ce scanner a fait son apparition dans tous les grands centres de recherche sur l’ostéoporose. Et cet outil a fait faire un bond technologique car il permet de voir en 3D avec une très bonne résolution la structure de l’os sans que l’examen soit invasif. »

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