Sida aux Etats-Unis: Des spécialistes balaient le mythe du «patient zéro»

ETUDE Le virus originaire d’Afrique était déjà installé à New York bien avant l’identification de la maladie en 1981…

20 Minutes avec agences

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Illustration: sida, recherche et médecine.
Illustration: sida, recherche et médecine. — FAROOQ NAEEM / AFP

En 1987, le journaliste Randy Shilts l’avait identifié dans un livre comme l’un des tout premiers malades du sida ayant eu des rapports avec des Américains. Or, Gaëtan Dugas, un steward canadien décédé en 1984, n’est pas le « patient zéro » de l’épidémie de sida aux Etats-Unis.

Ces conclusions, dévoilées en mars, ont été détaillées dans une étude publiée ce mercredi dans la revue Nature. Elle indique notamment que le virus originaire d’Afrique était déjà installé à New York bien avant l’identification de la maladie en 1981.

Un « saut » des Caraïbes vers New York en 1970

Responsable d’un total de quelque 650.000 morts aux Etats-Unis, le VIH a fait un « saut » des Caraïbes à New York vers 1970, devenue la plaque tournante à partir de laquelle il s’est ensuite répandu.

Pour parvenir à ces résultats, des chercheurs de l’université de l’Arizona, à Tuscon, menés par Michael Worobey, et des scientifiques de l’université de Cambridge (Royaume-Uni), ont reconstitué les origines de l’épidémie.

Aucune preuve biologique ou historique

Comment ? En récupérant du matériel génétique (ARN) dégradé du virus (VIH) de huit échantillons sanguins vieux de près de 40 ans (1978-1979), en plus de celui du steward. Ils ont ensuite mis au point des techniques moléculaires leur permettant de reconstituer le génome du virus.

Bilan : les spécialistes n’ont trouvé « ni preuve biologique, ni historique que le [Patient zéro] ait été le premier cas aux Etats-Unis ». À bien des égards, les preuves historiques ont permis de pointer « depuis des décennies » cette erreur, affirme Richard McKay (Cambridge), historien de la santé publique et l’un des deux principaux auteurs de l’étude.

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Mais « nous avons maintenant des preuves phylogénétiques » (en l’occurrence, un arbre génétique dressant les liens de parenté entre les virus) permettant de consolider cette position, assure le spécialiste.