VIDEO. AVC, choc crânien... Peut-on vraiment sortir du coma en parlant une langue étrangère?

MYSTERE Plusieurs patients se sont réveillés du coma en parlant une langue étrangère et plus leur langue maternelle...

Oihana Gabriel
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Le service d'imagerie mŽédicale de l'h™ôpital de la Timone à Marseille (illustration).
Le service d'imagerie mŽédicale de l'h™ôpital de la Timone à Marseille (illustration). — Patrice Magnien/20 Minutes

Qui n’a jamais rêvé de se réveiller bilingue sans aucun effort ?, rapportait CNN lundi dernier. C’est un choc à la tête qui a plongé Reuben Nsemoh, 16 ans, dans le coma le mois dernier.


Un nouvel exemple de ce phénomène particulièrement surprenant. Car le cas n’est pas isolé. En 2010, la presse avait relayé l’histoire d’une Croate de 13 ans, tombée dans le coma pendant vingt-quatre heures, qui s’est réveillé en parlant allemand, alors qu’elle avait oublié sa langue maternelle. En 2014, le dévoilait l’histoire d’un Australien qui s’était réveillé du coma en parlant… mandarin.

Oublier sa langue maternelle

L’AVC ou un choc au cerveau permettrait-il aux patients d’avoir la science infuse ? Les scientifiques restent très prudents devant ce phénomène aussi mystérieux que rare. Pour Michel Poncet, , il est « inconcevable » qu’une personne arrive à pratiquer une langue jamais apprise. « Si cela n’a pas été intégré par le cerveau, il n’y a ni esprit, ni langage. »

D’ailleurs, dans tous ces cas, les patients avaient étudié les langues qu’ils parlaient à leur réveil. Impossible d’autre part de vérifier qu’ils parlaient couramment. Dans cette vidéo, Reuben Nsemoh, le jeune Américain soi-disant «fluent» en espagnol explique : « Si, hablo mucho espagnol » (oui, je parle beaucoup l’espagnol)… ce qui n’est pas correct !

 

Les langues dans des parties différentes du cerveau

 neurologue spécialiste de la mémoire, assure n’avoir jamais rencontré un patient qui parlerait couramment une langue qu’il n’a jamais apprise. Mais il explique : « La langue maternelle est située dans l’hémisphère gauche, alors qu’une langue apprise plus tard sera située dans l’hémisphère droit. Si les lésions ont touché la partie gauche, cela expliquerait que ces patients aient oublié leur langue maternelle. Or, 96 % des droitiers et 70 % des gauchers ont les commandes du langage dans le cerveau gauche. » En cas de traumatisme crânien, d’AVC ou de maladies neuro-dégénératives, certains patients peuvent donc souffrir de cette forme spéciale  , c’est-à-dire des difficultés pour parler, comprendre, lire ou écrire.

« Mais j’ai observé une fois dans ma carrière le cas d’un traumatisme psychologique qui a eu un effet semblable. Une personne maghrébine, qui parlait couramment français et arabe, a subi une lourde pression familiale, à tel point qu’elle a oublié l’arabe », raconte Bernard Croisile.

« Scientifiquement, on a du mal à expliquer ce « syndrome de la langue étrangère », renchérit Michel Dib, neurologue à l’hôpital de La Pitié Salpêtrière. Mais il arrive qu’un patient retrouve une langue qu’il a apprise jeune. La mémoire fonctionne par couches. Comme pour la maladie d’Alzheimer, le choc peut effacer la mémoire récente au profit de l’ancienne. »

Syndrome de l’accent étranger

Ce qui est plus reconnu par la profession et proche de ce phénomène, c’est le . Qui reste également très rare : selon le site  , depuis 1940, 50 cas ont été rapportés dans la littérature médicale. En clair, après une attaque cérébrale, un traumatisme crânien ou une opération chirurgicale, le patient se réveille en parlant sa langue… mais avec un accent étranger. « Il arrive qu’un patient français se réveille en parlant avec un pseudo-accent anglais ou allemand, nuance Bernard Croisile, neurologue. Mais si vous demandez son avis à un Britannique, il ne trouve pas que c’est un accent anglais… »

En effet, le médecin précise qu’il s’agirait en réalité d’un problème de prononciation. « Si le choc ou l’AVC a touché des régions qui contrôlent le programme de la prononciation, cela entraîne des troubles phonétiques qui donnent l’impression d’un accent étranger. » Autre explication : « l’accident ou le choc cérébral peut modifier la prosodie, qui est la mélodie du langage », complète le neurologue. Mais peut également provoquer une dysphonie, c’est-à-dire une altération de la voix, sa hauteur, son intensité, son timbre…

« Je disais systématiquement "chaussettes" pour parler des recettes »

Mais ce qui est plus courant, après un AVC, un traumatisme crânien ou une maladie neurodégénérative, c’est un mutisme total ou une difficulté à trouver le bon mot (paraphasie). » Ainsi, dans , Bernard Auchère, victime d’un AVC, raconte qu’il s’exprimait dans un jargon incompréhensible : « Dans ma tête, ce que je disais avait un sens. Mais les mots que ma voix transmettait ne correspondaient pas. Par exemple, je disais systématiquement « chaussettes » pour parler des recettes de mon entreprise. » Dans tous ces cas d’aphasie, de syndrome de l’accent étranger et de paraphasie, les patients vont devoir réapprendre à bien parler.

« Soit il y a des récupérations spontanées, soit la rééducation permet de réamorcer le programme du langage, soit d’autres régions du cerveau se mettent à compenser les troubles de l’expression », résume Bernard Croisile. , comme pour les autres patients qui avaient oublié leur langue maternelle suite au choc, il a déjà retrouvé sa langue. Et son accent américain…