Journées de la vision: Comment détecter les troubles de la vue chez les tout-petits?

SANTE A l’occasion des Journées de la vision, « 20 Minutes » vous donne les clés pour détecter au plus tôt les problèmes de vue des tout-petits…

Anissa Boumediene

— 

Plusieurs signes permettent aux parents de détecter un éventuel trouble visuel chez les enfants en bas-âge.
Plusieurs signes permettent aux parents de détecter un éventuel trouble visuel chez les enfants en bas-âge. — M.DANIAU / AFP

Ils passent parfois inaperçus, faute d’avoir été verbalisés. Contours flous, vision brouillée de loin : les tout-petits ne sont pas épargnés par les troubles visuels. Mais pour les parents, comment savoir si son enfant n’y voit pas clair quand il ne parle pas et ne lit pas encore ? A l’occasion des Journées de la vision, qui se déroulent du 13 au 22 octobre, 20 Minutes vous donne les clés pour détecter au plus tôt les problèmes de vue des tout-petits.

Les signes qui doivent alerter

Les lunettes, c’est parfois une histoire de famille. « En général, s’il y a des antécédents de troubles visuels dans la famille, les parents sont, à raison, plus vigilants sur le suivi de leurs enfants », note le Pr Gilles Renard, directeur scientifique de la Société française d’ophtalmologie et ancien chef de service d’ophtalmologie à l’Hôtel-Dieu à Paris. Le cas échéant, plusieurs signes doivent alerter les parents et l’entourage de l’enfant. Le plus fréquent, c’est le strabisme, qui n’est pas une maladie en soi mais qui témoigne d’ un trouble visuel (myopie, hypermétropie, astigmatisme, etc.).

« Quand ma fille a eu 14/15 mois, elle s’est mise à loucher subitement, se souvient Sahra, professeure de français et maman de Nour, aujourd’hui âgée de 7 ans. J’ai pensé que c’était peut-être un réflexe d’enfant, mais lorsqu’au bout de 48 heures, j’ai vu que ça ne passait pas, je me suis inquiétée et je l’ai conduite aux urgences ophtalmiques. Là-bas, on m’a rassurée et on m’a dit que ma fille porterait sans doute des lunettes ». Assez visible, « le strabisme est le symptôme le plus facile à remarquer, confirme le Pr Renard. Si l’enfant louche anormalement et que son strabisme persiste, il faut consulter un ophtalmologue. Idem s’il plisse les yeux en permanence, penche fréquemment la tête, grimace ou ferme un œil au soleil, ce n’est pas normal », poursuit le spécialiste.

La réaction d’un enfant à l’espace qui l’entoure peut aussi être un facteur d’alerte. « Si un très jeune enfant ne réagit pas aux stimuli visuels, qu’il se colle à 30 cm de la télévision, se cogne souvent ou qu’il semble avoir besoin de se rapprocher de très près d’un objet pour pouvoir l’analyser, là encore, il faut consulter », insiste l’ophtalmologue. Enfin, cas beaucoup plus rare, « si la pupille de l’enfant est blanche, cela peut-être le signe d’une cataracte congénitale ou d’un rétinoblastome, souligne le Pr Renard. Il faut alors consulter en urgence ».

Passer des tests de dépistage

Pour poser un diagnostic sur un éventuel trouble visuel chez les tout-petits, il faut passer des tests de dépistage auprès d’un ophtalmologue, pédiatrique si possible. « Quelques jours après notre passage aux urgences, nous avons consulté un ophtalmologue, raconte Sahra. Il a fait un fond d’œil à ma fille et lui a diagnostiqué une hypermétropie et un astigmatisme congénitaux ». Dès lors, la petite Nour a porté ses lunettes sans rechigner. « Elle a senti la différence tout de suite et n’a jamais eu de mal à les mettre », confie la mère de famille. « Si l’enfant retrouve un vrai confort visuel, il n’aura pas de mal à garder ses lunettes, confirme le Pr Renard. En revanche, s’il n’a besoin que d’une petite correction, il n’est pas rare que l’enfant s’en débarrasse ».

Normalement, plusieurs tests visuels sont prévus dans le parcours de santé de l’enfant. « Trois tests visuels sont effectués par le pédiatre : à la naissance, à l’âge de neuf mois et à l’entrée en maternelle, énumère l’ophtalmologue. Mais à 3 ans, il est parfois trop tard pour corriger un trouble de la vue, comme l’amblyopie ». D’ailleurs pour Sahra, dont la fille Nour porte des lunettes depuis l’âge de 15 mois, «  le dépistage des troubles visuels à l’entrée en maternelle intervient trop tard ».

« En France, on a abandonné la prévention en matière de santé publique infantile, surtout pour ce qui concerne les troubles de la vue, faute de professionnels et de lieux de santé suffisants », déplore le Pr Renard. « Pour le suivi de ma fille, c’est la galère, abonde Sahra. Les délais pour obtenir un rendez-vous sont vraiment longs, de 4 à 6 mois ». Toutefois, l’ophtalmologue le reconnaît, « obtenir en moins d’une semaine un rendez-vous d’urgence pour son enfant lorsqu’on suspecte un trouble de la vue n’est pas un problème. Dès lors qu’un signe inquiétant est brusquement apparu, il ne faut pas hésiter à solliciter l’avis d’un professionnel ».

Mots-clés :