Des primes pour attirer les jeunes médecins vers les hôpitaux publics

SOCIETE Les hôpitaux publics sont délaissés, au profit des établissements privés, plus rémunérateurs...

20 Minutes avec AFP

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Illustration des services d'urgence dans un hôpital en France.
Illustration des services d'urgence dans un hôpital en France. — LCHAM/SIPA

Comment attirer les jeunes médecins à l’hôpital et les inciter à y rester ? Grâce à des primes.

Ce mardi, Marisol Touraine a concrétisé son plan d’attractivité, annoncé il y a un an, et ouvert les discussions sur la gestion du temps de travail, au coeur des revendications des syndicats.

Face à la désaffection des médecins à l’égard de l’hôpital public, au profit du privé, plus rémunérateur, la ministre avait annoncé en novembre 2015, la mise en place d’un « plan attractivité » de 250 millions d’euros d’ici à 2019, mais son déploiement se faisait attendre.

Des mesures instaurées d’ici à la fin de l’année

Une semaine après la grève lancée par le syndicat d’anesthésistes SNPHAR-E, soutenu par deux intersyndicales, Avenir hospitalier et la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH), la ministre a reçu les cinq intersyndicales représentant les praticiens, pour leur confirmer l’instauration des mesures d’ici à la fin de l’année.

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Le plan prévoit l’octroi d’une « prime d’engagement » comprise entre 10.000 et 30.000 euros pour certains jeunes diplômés qui s’engageront à passer le concours de praticien hospitalier et à rester, une fois titularisé, au moins trois ans en poste.

Les spécialités ayant un taux important de postes vacants au niveau national (anesthésistes et radiologues) se verront octroyer une prime de 10.000 euros, tandis que les jeunes médecins exerçant dans certains territoires en tension obtiendront une prime de 20.000 euros. Soit 30.000 euros s’ils cumulent les deux facteurs.

Ceux qui tentent le concours verront leurs droits améliorés

Par ailleurs, les jeunes contractuels qui n’ont pas encore passé le concours de praticien hospitalier mais s’engagent à le faire, verront leurs droits sociaux améliorés, avec notamment un maintien du salaire pendant la maternité. Pendant la période probatoire d’un an qui suit ce concours, les jeunes médecins pourront également exercer à mi-temps.

« C’est très important pour les femmes qui hésitaient à passer le concours et à s’engager durablement », a salué Yves Rebufat, président du SNPHAR-E.

Pour les praticiens exerçant déjà à l’hôpital, le ministère prévoit de porter « l’indemnité d’engagement de service public exclusif (IESPE) », sorte de prime de fidélité à l’hôpital, à 700 euros bruts par mois contre 490 euros auparavant. Cette prime, renouvelable, sera attribuée aux praticiens travaillant depuis au moins 15 ans exclusivement à l’hôpital et s’engageant à ne pas exercer en libéral dans les trois ans à venir.

Des engagements forts

« Une prime d’exercice territorial », pour valoriser le temps d’exercice médical partagé entre plusieurs établissements d’un Groupement hospitalier de territoire (GHT), sera également attribuée, avec un montant allant de 250 à 1.000 euros bruts par mois, selon le nombre de demi-journées consacrées à ces activités partagées.

Enfin, le temps consacré par les praticiens à des soins programmés débordant sur la première partie de soirée sera comptabilisé, ce qui n’était pas le cas auparavant.

Ainsi, si un praticien exerce de 08h00 à 17h00, le temps effectué au-delà, sur la base du volontariat, par exemple en salle d’opération, sera désormais pris en compte.

Outre ce plan, Marisol Touraine a ouvert une « séquence de travail centrée sur l’organisation et la gestion du temps de travail », au centre des revendications des grévistes du 26 septembre.

Organisation et festion du temps de travail

Un protocole de méthode devra être signé « dans les 15 prochains jours », a annoncé la ministre qui s’est engagée à trouver un accord avec les organisations syndicales avant fin février.

« Nous allons consulter notre base avant de nous prononcer sur la signature de ce protocole », a indiqué à l’AFP, le président d’Avenir hospitalier, Max-André Doppia, tout en reconnaissant que les « mesures allaient dans le bon sens ».

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« Il y a des engagements forts, c’est positif », a-t-il souligné, avant de se féliciter de l’objectif de la ministre « de garantir le respect de 48 heures » maximum de travail hebdomadaires, conformément aux exigences notamment de la Commission européenne.

« Les choses sont en train de bouger, les mesures présentées sont intéressantes », convient Jacques Trévidic, président de la CPH.

« On peut se féliciter de l’enveloppe mise sur la table », a de son côté réagi Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH), favorable à une levée de la grève prévue le 12 octobre.