VIDEO. Pollution de l'air: Sommes-nous condamnés à respirer un air pollué?

ENVIRONNEMENT Plus de neuf personnes sur dix dans le monde respirent un air surchargé en particules fines…

Anissa Boumediene

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L'Asie est particulièrement touchée par la pollution de l'air, une problématique qui touche 92% de la population mondiale, selon l'OMS.
L'Asie est particulièrement touchée par la pollution de l'air, une problématique qui touche 92% de la population mondiale, selon l'OMS. — Ahn Young-joon/AP/SIPA

Moins d’une personne sur dix dans le monde respire un air sain sur la planète. Les 92 % restants, eux, vivent dans des lieux où les niveaux de qualité de l’air extérieur ne respectent pas les limites fixées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), selon un rapport publié ce mardi. Est-il trop tard pour rectifier le tir ? Sommes-nous condamnés à respirer un air pollué ?

L’Afrique et le désert pas épargnés

Pour rendre ce verdict, le rapport s’appuie sur des données provenant de 3.000 lieux à travers le monde, essentiellement des villes. Il conclut que 92 % de la population mondiale vit dans des endroits où ne sont pas respectés les seuils fixés par l’OMS sur la qualité de l’air ambiant pour les particules fines dont le diamètre est inférieur à 2,5 microns (PM2.5). Ces fameuses particules « pénètrent au plus profond des poumons et sont nocives pour la santé », avertit Isabella Annesi-Maesano, épidémiologiste spécialiste des maladies allergiques et respiratoires à l’Inserm.

Les niveaux de pollution de l’air ambiant sont « particulièrement élevés » en Méditerranée orientale, dans l’Asie du Sud-Est et dans le Pacifique occidental, indique le rapport. Mais la carte interactive présentée ce mardi par l’OMS démontre que des régions moins urbanisées du globe ont un air extrêmement pollué. A l’instar du cœur de l’Afrique. « Il y a une très forte pollution aux particules fines en Afrique, en raison de la biomasse, qui est la principale source d’énergie dont les femmes se servent notamment pour la cuisine, explique la chercheuse. Les femmes s’en servent comme combustible de cuisine : faute d’avoir du gaz, elles font brûler des excréments d’animaux, ce qui dégage une importante fumée ». Sans compter que « nos anciennes voitures, très polluantes et dénuées de filtres à particules, ont une deuxième vie en Afrique, où il y a de grandes mégapoles », précise-t-elle.

Fait plus surprenant : même les zones désertiques comme le Sahara ne sont pas épargnées. « Les tempêtes de sable, en particulier dans les régions situées à proximité d’un désert, peuvent avoir une influence sur la qualité de l’air », souligne ainsi l’OMS.

Une feuille de route pour mieux respirer

Les chanceux qui respirent le mieux se trouvent en Australie, sur le continent américain ou encore dans les pays scandinaves, où la qualité de l’air est meilleure. Mais les autres ne sont pas nécessairement condamnés à respirer un air pollué. « Une action rapide pour faire face à la pollution atmosphérique est nécessaire d’urgence », a déclaré le Dr Maria Neira, directrice du département Santé publique à l’OMS.

Parmi les principales sources de pollution de l’air, L’OMS recense « les modes de transport inefficaces, les combustibles ménagers, la combustion des déchets, les centrales électriques alimentées au charbon et les activités industrielles ».

« Il existe des solutions, notamment des systèmes de transports plus viables, la gestion des déchets solides, l’utilisation de poêles et de combustibles propres pour les ménages ainsi que les énergies renouvelables et la réduction des émissions industrielles », a-t-elle précisé. Pour Isabella Annesi-Maesano, la réduction de la pollution de l’air commence avec « la baisse du trafic routier, ce qui implique que les pouvoirs publics proposent des transports en commun de qualité qui soient efficaces et propres ».

Et comme l’effort à fournir est l’affaire de tous, « il faut aussi apprendre à consommer moins et favoriser davantage le covoiturage par exemple, poursuit l’épidémiologiste, et cela passe par une éducation du grand public aux problématiques environnementales ».

Dans les zones polluées du globe où la situation économique est moins favorable, d’autres mesures sont préconisées. « L’énergie biomasse est très utilisée par les femmes en Afrique, en Inde aussi, où la pollution de l’air est très élevée, relève Isabella Annesi-Maesano. Ces femmes ne fument pas mais sont, en raison de ce combustible, très exposées aux maladies respiratoires dues à la pollution de l’air ». Pour y remédier, des projets visant à recourir à des solutions alternatives commencent à voir le jour. L’utilisation de «briquettes de biomasse », ou encore « l’installation de hottes à fumée, financée par la Banque Mondiale, ont montré de très bons résultats dans l’amélioration de la qualité de l’air », cite la chercheuse.

Chaque année dans le monde, trois millions de décès sontliés à l’exposition à la pollution de l’air extérieur, selon l’OMS.

Près de 90 % de ces décès surviennent dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et près de deux décès sur trois surviennent dans les régions de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental.