Octobre rose: La maternité post-cancer du sein, c’est aujourd’hui possible

CANCER A l’occasion du lancement ce lundi d’Octobre rose, « 20 Minutes » s’est penché sur la question de la maternité post-cancer du sein, interdite auparavant et aujourd’hui mieux accompagnée…

Oihana Gabriel
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Un nouveau né dans une maternité (illustration).
Un nouveau né dans une maternité (illustration). — J. Saget / AFP

Ce soir à 20h20, la Tour Eiffel s’affichera en rose. C’est le symbole du lancement de la campagne Octobre rose, l’occasion de parler, de sensibiliser et de soutenir la recherche médicale sur le cancer du sein. La médecine concernant cette maladie a connu de grandes avancées, notamment sur les chances d’avoir un enfant après la maladie. « "Contentez-vous de rester en vie pour élever ceux que vous avez déjà", voilà ce qu’on m’a répondu quand j’ai demandé si je pourrais avoir un enfant après mon cancer du sein », raconte Céline, 41 ans. En 2002, à 27 ans, cette jeune mère de deux petites filles se découvre une tumeur de 3,5 cm. « Ça a été le parcours du combattant : tumorectomie, chimiothérapie, radiothérapie… Avec mon mari on avait évoqué l’idée d’avoir un troisième enfant. Dès le début, j’ai évoqué ce désir auprès des médecins. Mais il y a quatorze ans, personne ne parlait jamais de ma fécondité. »

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« A la maternité, j’ai été la première patiente dans ce cas »

Depuis, Céline a réussi à avoir un troisième enfant après bien des épreuves. « Cette mise en garde sur une future grossesse m’a vraiment poursuivi, mais je l’ai pris comme un défi. Je me suis dit que je ferai ce que je voulais de ma vie. Les médecins veulent nous sauver la vie, nous, on veut la vivre bien. J’ai repris des forces. On m’avait dit si vous êtes vraiment sûre et certaine d’avoir un enfant, il faudrait attendre cinq ans. J’ai attendu. » Et six ans après la fin de ses lourds traitements et sans aide médicale, Céline met au monde une troisième petite fille. Sans avoir été particulièrement guidée par le corps médical. A l’époque, la maternité post-cancer du sein n’était pas la priorité. « A la maternité, j’ai été la première patiente dans ce cas, j’étais un ovni, résume la jeune femme. Mon médecin ne savait même pas si je pouvais allaiter… »

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« Le mot d’ordre était après un cancer, plus jamais de grossesse »

Aujourd’hui, la médecine a fait bien des progrès sur le sujet. Si la moyenne d’âge des femmes atteintes de cancer tourne autour de 63 ans, environ 5 % de ces patientes ont moins de 40 ans. « Et sur ce pourcentage, 77 % des femmes sont favorables à une future grossesse, souligne Nasrine Callet, gynécologue à l’Institut Curie. Il y a quinze ans, le mot d’ordre était après un cancer, plus jamais de grossesse. »

D’où vient ce changement ? « Il n’y a pas davantage de femmes jeunes qui sont atteintes d’un cancer, mais elles se font dépister plus tôt », précise Nasrine Callet. Et les chances de survie ont bien augmenté : comme le rappelle la 23e campagne de lutte contre le cancer du sein, aujourd’hui si un cancer est pris assez tôt, les patientes ont neuf chances sur dix de guérir. « Mais surtout, dans la société plus globalement la maternité est retardée, reprend la gynécologue. Enfin, les progrès de la médecine ont prouvé qu’une grossesse n’augmentait pas le risque de rechute de cancer. »

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A quelles conditions ?

Les avancées rassurent, mais les chances d’avoir un enfant sont très difficiles à mesurer. Beaucoup de paramètres entrent dans l’équation. « Pour obtenir le feu vert, il faut que le cancer ne soit plus évolutif », précise le professeur Bernard Hédon, gynéco-obstétricien au CHU de Montpellier. Après l’arrêt des traitements, les patientes devront tout de même attendre avant de se lancer dans une grossesse : un an si le cancer n’est pas invasif, trois s’il l’est.

« Tous les traitements pour le cancer du sein sont toxiques pour les ovaires, souligne Dr Nasrine Callet. Mais les chances de pouvoir procréer dépendent de la nature du traitement, par exemple certaines chimiothérapies n’arrêtent pas les règles. Si les traitements sont combinés, ça sera plus difficile. Mais comme pour toutes les patientes, l’âge est fondamental. J’ai encore eu cette semaine une patiente de 33 ans qui m’a annoncé sa grossesse… et sans aide médicale ! »

Et plusieurs options se présentent aux patientes… ou aux couples. « Les cancérologues sont devenus plus libéraux sur la maternité post-cancer du sein depuis qu’on peut congeler des gamètes et embryons, il y a cinq ans environ », ajoute Pr Bernard Hédon.. En effet, les médecins en France sont tenus de préserver la fertilité des patients. Et Nasrine Callet de détailler : « Nous proposons donc trois techniques : prélever du tissu ovarien pour une greffe ultérieure, congeler les ovocytes ou garder des embryons fécondés congelés s’il y a un conjoint, cette fois, on préserve la fertilité du couple ! »

Et pour l’allaitement ?

Pour ces femmes, une grossesse rime à la fois avec soulagement et angoisse. « J’étais très stressée à l’idée que le bébé ait un problème après tous les médicaments, reprend Céline. La chimio, ce n’est pas du sirop ! » Et la gynécologue de rassurer : le cancer et les traitements n’auront pas d’impact sur le fœtus. Mais le suivi de grossesse sera très précautionneux. Car la surveillance des seins est plus compliquée pendant cette période : ils grossissent donc d’éventuels kystes sont moins repérables et on évite les radios pour ne pas irradier le fœtus.

Quant à l’allaitement, il n’y a pas de contre-indication. « Mais ces femmes éprouvent souvent des difficultés à allaiter à partir du sein qui a été traité car la montée laiteuse est insuffisante », précise Bernard Hédon, gynéco-obstétricien. Céline, elle, a pu allaiter son bébé avec son sein qui n’avait pas été traité. « Cette naissance, ça a été une victoire, un point final à l’aventure du cancer. »