Journée mondiale de la qualité de l'air: «La pollution aux nanoparticules sera un sujet de société majeur dans l’avenir»

INTERVIEW A l’occasion de la journée mondiale de la qualité de l’air, Thomas Grenon, président du laboratoire national dédié à ce sujet, revient sur les dernières avancées scientifiques en la matière…

Propos recueillis par Olivier Philippe-Viela

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Jeudi 12 mars 2015. Vue de Lyon durant un episode de pollution au particules fines. Credit:KONRAD K./SIPA
Jeudi 12 mars 2015. Vue de Lyon durant un episode de pollution au particules fines. Credit:KONRAD K./SIPA — SIPA

Au moins 48.000 décès par an, soit douze fois le nombre de morts sur les routes. C’est la quantité de personnes victimes chaque année en France de la pollution de l’air aux particules fines, selon une étude publiée en juin par Santé Publique France. Parmi ces presque 50.000 décès annuels, 34.000 seraient évitables.

A l’occasion de la journée mondiale de la qualité de l’air ce mercredi 21 septembre, le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA) a présenté sa méthodologie pour essayer de limiter au maximum les incertitudes sur les causes de cette pollution, et tenter ainsi de les prévenir. Son président Thomas Grenon a répondu aux questions de 20 Minutes.

Thomas Grenon, président du Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air, le 21 septembre 2016 à Paris.
Thomas Grenon, président du Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air, le 21 septembre 2016 à Paris. - 20Minutes/O. Philippe-Viela

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Comment atteindre un niveau de fiabilité optimal dans la mesure de la qualité de l’air, en face à la multiplication des capteurs privés qui émergent depuis quelques années ?

La précision de la mesure, c’est-à-dire réduire son incertitude, est essentielle car on peut être amené à prendre des décisions lourdes soit en termes d’exposition de la population à des produits toxiques soit des mesures très contraignantes, type circulation alternée. Il faut donc absolument que la mesure soit la plus juste possible. Mais on ne mesure jamais de façon absolue, il faut garder un degré d’incertitude par précaution. Un épisode de pollution est toujours multifactoriel, vous ne pouvez pas isoler telle ou telle cause. On utilise donc un étalonnage national certifié, adapté aux normes internationales.

Quels types d’épisodes de pollution le laboratoire peut-il identifier avec le plus de précision ?

On voit très clairement l’hiver par exemple des épisodes de pollution dus à des combustions (les feux de cheminées, les poêles à bois, tous les appareils de chauffage à mazout). On sait également caractériser des épisodes de pollution au printemps et qui sont dus au moment des épandages à des produits phytosanitaires. Pour mettre en place des politiques de prévention, pour les cibler sans tout interdire, c’est essentiel de savoir les mesurer et les identifier. Si on explique à un agriculteur qu’il ne doit plus utiliser tel produit, il faut être capable de le justifier dans une démocratie. D’où l’intérêt de notre travail sur la fiabilité des mesures.

Certaines des particules fines issues de la pollution atmosphérique auraient un impact cérébral, en plus des risques respiratoires et cardio-vasculaires ?

Une récente étude de PNAS, une revue américaine de très bonne qualité, fait état de nanoparticules, des polluants émergents, retrouvées dans le cerveau en passant par le nerf olfactif. Elles sont considérées comme des nouveaux polluants car elles sont toutes petites, de l’ordre de cent nanomètres (0,0001 millimètre), et passeraient les barrières biologiques d’une façon tout à fait différente des particules fines « habituelles », qui sont plus lourdes, plus épaisses. Ces nanoparticules seraient responsables ou du moins contribueraient à l’apparition de maladies neuro-dégénératives de type maladie d’Alzheimer. C’est une question de société très lourde, nous développons donc des nouveaux systèmes de mesures pour les caractériser, afin de savoir jusqu’à quel niveau c’est bénin, et à partir duquel cela commence à poser des problèmes graves. Je pense que les nanoparticules seront un sujet de société majeur dans l’avenir. Mais on commence tout juste à avoir des éléments sur l’influence qu’elles ont sur la santé. Il va encore falloir quelques années.

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On les retrouve également dans l’alimentation et les produits sanitaires ?

Bien sûr, ça peut être les mêmes particules dans les aliments que vous ingérez. Ces nanoparticules, vous en avez dans les crèmes solaires que vous mettez sur la peau : elles vous protègent du soleil certes, mais de l’autre côté, quels sont les effets secondaires ? On n’en sait encore rien. La combustion de ces produits renvoie également ces particules dans l’air. Une problématique se pose aussi pour les produits auxquels est exposé le salarié sur son lieu de travail. Par exemple, une nanoparticule désormais souvent utilisée, le dioxyde de titane, un agent de blanchiment que l’on retrouve aussi bien dans des camemberts que dans des peintures blanches, pose des questions sur les effets qu’il peut avoir en fin de vie.

Avez-vous déjà fait des recommandations auprès des pouvoirs publics ?

Nous travaillons avec les autorités sanitaires en France, avec les CHU, ainsi qu’à l’international car ces nanoparticules sont évidemment une préoccupation mondiale. Nous intervenons aussi au niveau prénormatif, c’est-à-dire à titre préventif tant que l’on ne connaît pas bien notre objet d’étude. En l’occurrence, ces nanoparticules ne sont pas encore réglementées car elles sont pour la plupart « nouvelles », on ne connaît pas bien leurs effets, on ne sait pas bien les mesurer, on ne sait pas encore quoi regarder précisément. Mais tout cela participe à l’amélioration des connaissances et permettra de dire in fine « telle particule doit être utilisé seulement dans telle ou telle situation, on ne doit pas en trouver plus que tel niveau dans l’atmosphère, etc. ». Donc nous nous devons clairement d’être en lien avec les pouvoirs publics.

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