Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer: « Aujourd’hui, on peut retarder l’apparition de la maladie »

SANTE Adopter un certain mode de vie permet de retarder de 5 à 10 ans l’apparition des premiers symptômes d’Alzheimer…

Anissa Boumediene
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Aujourd'hui, 900.000 personnes vivent avec la maladie d'Alzheimer en France, mais adopter un certain mode de vie permet de retarder de 5 à 10 ans l'apparition des premiers symptômes.
Aujourd'hui, 900.000 personnes vivent avec la maladie d'Alzheimer en France, mais adopter un certain mode de vie permet de retarder de 5 à 10 ans l'apparition des premiers symptômes. — GILE MICHEL/SIPA

C’est l’une des maladies qui effraient le plus. Son diagnostic tombe comme un couperet, point de départ d’une mémoire qui s’échappe et d’une qualité de vie irrémédiablement impactée. Aujourd’hui, 47,5 millions de personnes à travers le monde vivent avec, dont 900.000 en France et un nouveau cas est diagnostiqué toutes les 4 secondes. Mais, loin du discours fataliste qui a longtemps prévalu, de nombreuses études démontrent qu’il est possible de repousser la maladie, de retarder l’apparition des premiers symptômes. A l’occasion ce mercredi de la Journée mondiale de la maladie d’Alzheimer, 20 Minutes fait le point sur les dernières découvertes.

Retarder de 5 à 10 ans l’apparition des symptômes

« Depuis le début des années 2000, le discours a beaucoup évolué. Auparavant on ne parlait pas de prévention, il n’avait pas de réflexion pour lutter contre l’apparition des symptômes de la maladie », se souvient le Pr Francis Eustache, neuropsychologue, directeur de recherche à l’Inserm et auteur de Alzheimer : Fatalité ou espoir (éd. Le Muscadier).

Un fatalisme qui a perduré jusqu’à l’émergence du concept de « réserve cognitive ». « On peut s’en constituer une tout au long de sa vie afin de retarder les effets délétères de l’âge sur la perte de mémoire », explique le chercheur. C’est quelque chose de bénéfique pour tout le monde, mais qui permet également dedes maladies dégénératives, au premier rang desquelles figure Alzheimer. « Cette réserve cognitive permet non seulement de retarder de 5 à 10 ans l’apparition des symptômes d’Alzheimer mais aussi de réduire l’incidence (le taux de nouveaux cas chaque année) de cette maladie », souligne-t-il.

Le rôle de l’hygiène de vie

Mais comment se constituer cette fameuse réserve cognitive ? En adoptant un certain mode de vie, comme le fait de « pratiquer une activité sportive régulière, d’avoir une alimentation équilibrée, d’éviter les graisses animales, l’alcool et le tabac », détaille le Pr Eustache. L’amélioration du niveau de vie et la réduction des risques cardiovasculaires, grace notamment à une meilleure prise en charge de l’hypertension et du cholestérol, participent ainsi à cette réserve. Mais ces facteurs d’hygiène de vie s’entendent au sens large, et ne suffisent pas à eux seuls pour retarder l’apparition de la maladie, qui reste.

« La réserve cognitive se constitue également par l’éducation et en maintenant un certain niveau de relations sociales, complète le chercheur. Mais par éducation, il ne s’agit pas seulement du fait d’avoir été à l’école et d’avoir fait des études, c’est tout ce qui en découle : une envie d’apprendre développée, une vie professionnelle plus riche, un accès plus développé à la culture et davantage de socialisation, bref, une vie plus stimulante pour le cerveau ». De quoi expliquer la baisse de l’incidence d’Alzheimer chez les femmes de 75 à 85 ans, « les premières à tirer les bénéfices de l’école obligatoire », rappelle-t-il.

Mots croisés et lien social

Comme le confirme une large littérature scientifique, tout ce qui fait travailler le cerveau contribue ainsi à réduire le risque de démence. En pratique, faire des mots croisés ou du sudoku, s’adonner à la lecture ou au jardinage constitue une bonne gymnastique pour le cerveau, tout comme ou de voir ses amis. « Ne pas rester isolé est un facteur primordial, insiste le Pr Eustache, de nombreuses études ont démontré l’importance du lien social pour repousser la maladie ».

Autant de conseils qui sonnent comme des mesures de bon sens, mais, « même s’il s’agit là de données statistiques et pas systématiques, on sait aujourd’hui avec certitude que la façon dont on vit sa vie a une réelle influence sur la survenue de la maladie, se réjouit le chercheur. En agissant, on peut repousser Alzheimer, c’est un discours nouveau et porteur d’espoirs ».