Un blog pour trouver un gynécologue bienveillant

INTERVIEW Des femmes ont lancé un blog participatif, gyn & co, pour se faire soigner sans jugement ou discrimination…

Propos recueillis par Oihana Gabriel

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Capture d'écran du blog gyn&co, qui propose une liste de soignants bienveillants.
Capture d'écran du blog gyn&co, qui propose une liste de soignants bienveillants. — gyn&co

Marre des jugements déplacés, des refus inexplicables, des médecins sourds aux demandes ? Un collectif de femmes a lancé il y a deux ans un blog participatif, gyn & co pour trouver un médecin ou une sage-femme respectueuse. Alors que la maltraitance des gynécologues fait beaucoup réagir sur le Toile, 20 Minutes a interrogé les femmes à l’origine de cette initiative.

Pourquoi les femmes ont tant besoin d'une relation de confiance avec leur gynécologue


Comment est né votre blog ?

C’est un projet d’entraide et de solidarité entre patientes en ce qui concerne les consultations gynécologiques. Chacune remplit un questionnaire en ligne afin de conseiller une soignante ayant des pratiques bienveillantes envers toutes, et plutôt « féministes ». Nous avons mis en ligne le blog collectif en juillet 2014, en rencontrant immédiatement un grand succès tant les femmes et les minorités de genre avaient des difficultés à trouver des soignantes pouvant les prendre en charge sans jugement, mépris, paternalisme ou maltraitance. Aujourd’hui, nous avons quelque 484 fiches de médecins en ligne, dans la France métropolitaine et d’outre-mer. 6 000 usagères en moyenne utilisent la liste chaque mois.

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Est-ce que vous, vous avez eu des expériences malheureuses avec des
gynécologues ?

Nous sommes nombreuses à avoir été confrontées à des expériences malheureuses lors de consultations : jugements, manque de respect de l’intégrité de nos corps, refus de tenir compte de nos choix, voire discrimination ou violence. Par exemple, en tant que femme jeune, nullipare ou ayant des partenaires multiples, c’est souvent un parcours de la combattante pour trouver un soignant acceptant de poser le DIU (Dispositif Intra Utérin). Or c’est une faute professionnelle puisque les recommandations scientifiques internationales stipulent que ce moyen de contraception peut être proposé à des femmes de tous âges, qu’elles aient des enfants ou pas ! Et certains gynécologues refusent carrément de faire des frottis à des lesbiennes !

Est-ce que vous avez l’impression que les gynécologues se mettent à l’examen sur le côté ?

Pas vraiment, seules 39 soignantes (sur 484) le proposent dans la liste Gyn & co… Cela demeure très minoritaire, et ce sont les sages-femmes qui montrent une plus grande volonté de remettre en cause la position traditionnelle.

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Est-ce que vous avez l’impression qu’il y a une amélioration ?

Malheureusement les pratiques changent très lentement : la position gynécologique imposée aux femmes c’est jambes écartées dans les étriers, et beaucoup se permettent encore de demander à leurs patientes de se déshabiller entièrement pour un toucher vaginal, toucher souvent imposé de manière automatique, alors que celui-ci doit être effectué pour des raisons médicales spécifiques. Plus grave encore, on ne demande souvent même pas l’avis de la patiente et son consentement éclairé ! Aujourd’hui la colère gronde, les femmes sont de plus en plus nombreuses à dénoncer les maltraitances gynécologiques sur les réseaux sociaux (avec le hashtag #PayeTonUtérus par exemple).

Comment améliorer la prise en charge des femmes sans tabous ni stéréotypes ?

L’urgence, c’est d’améliorer la formation des médecins et des sages-femmes, les sensibiliser aux différentes formes de discriminations, leur apprendre à respecter les corps et les choix de leurs patientes. Et puis il faut contrôler davantage les médecins, les sanctionner en cas de refus de soin en raison de la précarité, de l’orientation sexuelle, la religion, le poids, le handicap, etc. Une femme bénéficiant de la CMU ou de l’AME (Aide médical d’état) à qui on refuse le soin peut faire appel au Défenseur des droits. En fait, il faut mieux informer les femmes sur leurs droits afin qu’elles soient plus nombreuses à dénoncer les pratiques abusives.