Où en est le virus Zika en France ?

SANTE Alors que l'OMS a déclaré vendredi que l'état d'urgence sanitaire se poursuit, la France ne devrait pas faire face à une épidémie d'ampleur...

Oihana Gabriel

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Le virus Zika est arrivé dans le Bas-Rhin, où 11 cas  de contamination ont été signalés. (Illustration)
Le virus Zika est arrivé dans le Bas-Rhin, où 11 cas de contamination ont été signalés. (Illustration) — Jim Damaske/AP/SIPA

Les images des bébés atteints de microcéphalie font froid dans le dos. Le virus Zika, transmis par le moustique tigre ou par relations sexuelles est responsable de cette grave malformation de la tête dont sont atteints de plus en plus de nouveau-nés, notamment au Brésil. L’OMS a annoncé ce vendredi qu’elle maintenait l’état d’urgence sanitaire lancé en février, en raison notamment de l’étendue de l’épidémie à travers le monde. En effet, près de 70 pays et territoires ont fait état de la présence de ce virus surtout dangereux pour les femmes enceintes. Alors que le virus Zika a été détecté chez des moustiques à Miami pour la première fois et que les moustiques tigres sont présents dans le sud de la France, 20 Minutes fait le point sur la situation en France.

Quels sont les risques réels en France métropolitaine ?

« Les risques ne sont pas nuls, souligne Frédéric Jourdain, ingénieur au Centre National d’Expertise sur les Vecteurs à Montpellier. D’abord parce que le moustique Aedes, également appelé moustique tigre, est présent dans plusieurs départements essentiellement dans le sud de la France. » Et sa présence s’étend. « Auparavant il y était cantonné mais maintenant on a recensé des moustiques tigre à Créteil (Val-de-Marne), mais aussi en Alsace. » C’est d’ailleurs grâce au grand public que les chercheurs peuvent voir où se situe le moustique tigre. Le site www.signalement-moustique.fr répertorie les sites où le moustique a fait son apparition en métropole. Mais pour le moment, aucun moustique tigre n’a transmis le virus en France.

Retrouvez la carte de l’implantation du moustique-tigre.

Faut-il s’inquiéter ?

Pas de gros risque pour autant. « On n’attend pas une épidémie de grande ampleur comme c’est le cas au Brésil, mais peut-être quelques cas sporadiques voire un foyer de cas (à partir de deux) », nuance l’ingénieur. D’autant que le climat, les zones urbaines, la qualité de l’habitat peuvent freiner cette propagation. Pour autant, il y a déjà eu des virus transmis par le moustique tigre : une dizaine de cas de chikungunya ont été repérés à Montpellier en 2014 etde dengue en 2015 à Nîmes. « Cela illustre le fait que la population de moustiques peut fonctionner dans une zone urbaine », précise Frédéric Jourdain.

Est-ce qu’il y a des personnes infectées vivant en France ?

Oui mais uniquement des personnes ayant contracté le virus ailleurs. « Aucune personne n’a été contaminée par un moustique sur le territoire européen, résume Frédéric Jourdain. On observe en revanche de nombreux cas importés, c‘est ça qui constitue le risque. » Selon les derniers chiffres de l’Agence nationale de Santé Publique (INVS), entre 1er janvier et 1er septembre 2016, 879 voyageurs dont 27 femmes enceintes ont contracté le virus, dont 5 cas avec complications neurologiques. Et on relève 8 cas d’infection par transmission sexuelle en métropole.

Qu’en est-il aux Antilles ?

Selon un point ce vendredi du CNEV, l’épidémie est freinée en Guadeloupe et en Guyane. En revanche, en Martinique, la circulation virale se poursuit et à Saint-Martin la tendance est même à la hausse. « Dans les Antilles, on est sur un autre ordre de grandeur qu’en métropole, résume Frédéric Jourdain. Ainsi, en Martinique on recense plus de 35.000 cas depuis le début de l’épidémie soit 1 personne sur 10 a contracté le virus. »

Est-ce que la fin de l’été sonne la fin du risque ?

Oui et non. On se rapproche de la fin de la période d’activité des moustiques. En effet, à partir de la mi-septembre la moitié des œufs pondus n’écloront que l’année suivante, quelles que soient les conditions climatiques. D’ailleurs la surveillance globale mise en place est saisonnière de mai à novembre. Pour autant, les épidémies de dengue et de chikungunya en France se sont déclenchées fin août…

Quel conseil donner aux femmes enceintes ?

« Pour celles qui vivent en métropole, éviter de se rendre dans les zones à risque. Et plus globalement, limiter toutes les eaux stagnantes qui favorisent la prolifération des moustiques dans les seaux, arrosoirs, récupérateurs d’eau de pluie… », assure Frédéric Jourdain. Et à ne jamais oublier bien sûr, le préservatif pour les personnes exposées au virus Zika. Dès février, la ministre de la Santé Marisol Touraine avait alerté : « J’appelle les femmes enceintes à être très attentives, il faut que leur compagnon n’ait pas de rapports sexuels sans protection, je recommande l’usage du préservatif »