Dépakine: Combien de victimes le médicament antiépileptique va-t-il vraiment faire en France?

SCANDALE SANITAIRE Entre 2007 et 2014, 10.000 femmes enceintes auraient pris ce médicament antiépileptique pouvant entraîner des malformations du fœtus et des troubles du comportement…

Vincent Vantighem

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Une femme enceinte (illustration).
Une femme enceinte (illustration). — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Histoire d’y voir clair, Charles Joseph-Oudin a fini par créer un petit tableau Excel. « Depuis 1967, je pense que la Dépakine a fait environ 35.000 victimes en France », assène, sur la base de projections, l’avocat chargé de défendre les patientes ayant pris ce médicament antiépileptique au cœur d’une polémique, depuis ce mercredi.

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Produite par le laboratoire Sanofi depuis 1967, la Dépakine est en médicament antiépileptique très efficace mais qui peut entraîner, s’il est prescrit à une femme enceinte, des risques de malformations sur le fœtus (dans 10 % des cas) et de troubles du comportement chez l’enfant (dans 40 % des cas).

Quand les victimes font des projections

Le Canard enchaîné a révélé, ce mercredi, que ce médicament avait fait l’objet d’un rapport de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et de la Caisse nationale d’assurance maladie (Cnam). Selon l’hebdomadaire satirique, ce rapport porte sur une étude qui estime à 10.000 le nombre de femmes enceintes ayant pris de la Dépakine entre 2007 et 2014.

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« Sur la base de ce chiffre, on peut calculer le nombre d’enfants victimes, assure Charles Joseph-Oudin. 10.000 femmes sur sept ans, cela correspond à 1.429 enfants nés par an. Si 10 % sont la cible de malformations et 40 % de troubles du comportement, cela fait 15.000 victimes depuis 1995 quand les premières alertes sont arrivées et même 35.000 depuis la mise sur le marché de ce médicament en 1967… »

Calcul du nombre de victimes de la Dépakine.
Calcul du nombre de victimes de la Dépakine. - V.VANTIGHEM

Un précédent rapport évoquait 450 victimes…

Contactée par 20 Minutes, l’Agence du médicament ne veut pas s’appesantir sur les chiffres pour l’heure. « Cette étude visait à déterminer le nombre de femmes enceintes ayant pris de la Dépakine entre 2007 et 2014, pas le nombre de victimes, assure l’un des porte-paroles. L’étude sera communiquée par le ministère de la Santé en septembre. Et un autre rapport est en cours pour déterminer précisément le nombre d’enfants touchés. »

Ce ne sera pas le premier. Déjà commandé par Marisol Touraine, la ministre de la Santé, un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) évaluait, lui, en février, « entre 425 et 450 le nombre de cas de naissances d’enfants vivants ou mort-nés exposés in utero au valproate (le composant de la Dépakine) entre 2006 et 2014 qui sont porteurs de malformations congénitales ».

Quoi qu’il en soit exactement, l’Apesac, l’association qui regroupe les victimes, n’a pas attendu pour réclamer la création d’un fonds d’indemnisation. « Nous travaillons depuis quelque temps avec le ministère de la Santé sur ce sujet, confie Charles Joseph-Oudin qui défend l’Apesac. Mais le dialogue avec le laboratoire Sanofi est très compliqué… »