Résistance aux antibiotiques: Un antibactérien puissant serait caché dans notre nez

ETUDE La lugdunine serait capable d’agir contre de nombreuses bactéries pathogènes parmi lesquelles le fameux et ultrarésistant staphylocoque doré...

20 Minutes avec agence

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Illustration: une femme regarde dans un microscope.
Illustration: une femme regarde dans un microscope. — Guy Bell/REX/REX/SIPA

Un antibiotique naturel niché dans nos fosses nasales ? L’hypothèse semble incongrue, elle vient pourtant d’être confirmée par les chercheurs de l’université de Tübingen, en Allemagne, qui souhaitaient en savoir un peu plus sur notre organe olfactif qui contient 50 espèces bactériennes différentes.

Des échantillons nasaux prélevés sur 187 patients hospitalisés

Dans leurs travaux publiés jeudi dans la revue Nature, les scientifiques expliquent avoir découvert qu’une de ces multiples bactéries, la Staphylococcus lugdunensis, produirait la lugdunine, un antibiotique naturel capable d’agir contre de nombreuses bactéries pathogènes. Parmi elles, le fameux et ultrarésistant staphylocoque doré (également appelé Staphylococcus aureus), responsable d’intoxications alimentaires, d’infections localisées suppurées et, dans certains cas extrêmes, d’infections nosocomiales mortelles.

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Pour valider cette hypothèse, les experts ont prélevé des échantillons nasaux sur 187 patients hospitalisés. Ils ont constaté que, parmi les personnes recelant dans leur nez du Staphylococcus lugdunensis, seulement 5,9 % d’entre elles abritaient également le staphylocoque doré. Or, 34,5 % des volontaires ne possédant pas le Staphylococcus lugdunensis étaient, eux, porteurs de la dangereuse bactérie résistante aux antibiotiques tels que la méticilline (SARM).

Le recours à « l’écosystème humain »

« Cette étude nous a menés à des résultats vraiment inattendus et enthousiasmants, qui pourraient être très utiles afin de définir de nouveaux concepts dans le développement des antibiotiques. Car, si en temps normal, les antibiotiques ne sont formés que par des bactéries et des champignons du sol, l’idée que la microflore humaine puisse aussi être une source d’agents antimicrobiens est une nouvelle découverte », s’est réjoui Andreas Peschel, l’un des auteurs de l’étude contacté par Reuters.

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La piste du recours à « l’écosystème humain » se révèle, en effet, être un espoir pour la médecine du futur et la lutte contre l’antibiorésistance qui pourrait faire jusqu’à 10 millions de morts par an. « Le corps peut donc être le bon endroit pour chercher des nouveaux antibiotiques humains », a précisé Andreas Peschel. Et de conclure : « La lugdunine n’est un exemple de ces bactéries présentes dans l’organisme. Nous sommes sûrs qu’il y en a d’autres à découvrir. »

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