L'assurance au comportement: Bientôt des tarifs indexés sur votre hygiène de vie en France?

SANTE Depuis le 1er juillet, l'assureur Generali propose à ses clients allemands de payer leur contrat moins cher s'ils acceptent que leur hygiène de vie soit surveillée...

Anissa Boumediene

— 

Chaque année, se mettre à faire du sport fait partie des bonnes résolutions.
Chaque année, se mettre à faire du sport fait partie des bonnes résolutions. — Ben Cawthra/REX/REX/SIPA

Faire du sport et manger bio pour faire des économies. Non, il ne s’agit pas (que) de nos bonnes résolutions de l’été, mais de l’objet du dernier contrat d’assurance proposé par la compagnie Generali à ses assurés allemands. Depuis le 1er juillet, l’assureur italien propose à ses clients d’Outre-Rhin de payer leur contrat moins cher s’ils adoptent une meilleure hygiène de vie, surveillance à l’appui. Une « assurance au comportement » que l’assureur compte lancer dès l’année prochaine en France.

Récompenser les bons comportements

En pratique, ceux qui adopteront ce nouveau contrat de prévoyance et feront attention à leur santé, en faisant du sport, en mangeant bio ou encore en arrêtant de fumer, seront récompensés avec des réductions de prime allant de 11 à 16 %, ou avec des bons de réduction chez les partenaires de l’assureur (grands magasins, agences de voyages, etc.). Il leur faudra pour cela passer un bilan de santé dans une pharmacie agréée et renseigner sur un site Internet dédié l’évolution de sa forme physique : aliments consommés, nombre de pas marchés chaque jour, etc.

Les questionnaires de santé, ce n’est pas vraiment une nouveauté dans le monde des assurances. Quiconque a déjà contracté un emprunt immobilier a déjà dû se plier à cet exercice. « C’est déjà la pratique du marché, explique Cyrille Chartier-Kastler, fondateur du cabinet de conseil en assurance Facts & Figures. Si vous empruntez, vous ne bénéficierez pas du même taux selon que vous fumez ou non, que vous avez ou non des soucis cardiaques, de cholestérol ou de surpoids. »

Du gagnant-gagnant ?

Qu’un assureur « encourage l’amélioration de l’hygiène de vie de ses clients est plutôt une bonne chose, estime l’expert en assurances. L’assureur diminue les facteurs de risques de ses clients, donc améliore ses résultats techniques, tandis que le particulier se porte mieux et fait des économies, à condition toutefois de prouver ses efforts. C’est un schéma de prévention gagnant-gagnant pour tout le monde. » Un contrat qui n’intéressera pas ceux qui ont déjà une hygiène de vie irréprochable, puisqu’ils bénéficient déjà des meilleurs tarifs.

Pour autant, « est-ce aux assureurs privés de définir ce qu’est un bon comportement ? », s’interroge Mathieu Escot, responsable des études au sein de l’UFC Que Choisir, pour qui « une telle définition doit plutôt passer par des recommandations des autorités de santé ». « Evidemment, manger sainement et faire du sport, c’est mieux pour tout le monde, mais le fait que ce soit le ministère qui le dise ou bien un assureur qui vous explique que c’est le moyen de payer moins cher votre assurance, cela ne signifie pas la même chose ». Pour autres les clients, rien ne devrait changer, promet l’assureur italien. Mais « s’il y a des gagnants, il y aura forcément des perdants, redoute Mathieu Escot. Si ces contrats venaient à se répandre, cela engendrerait forcément une augmentation des tarifs pour ceux qui n’y souscriraient pas. »

Contrôler l’utilisation de la data

L’autre question épineuse soulevée par ce type de contrats porte sur l’utilisation des données personnelles recueillies par la compagnie d’assurances. « L’Open data en santé impose des règles précises et j’ai fait le choix […] dans la loi de ne pas permettre aux assureurs d’accéder de manière simple, sans filtre à ces données de santé, parce qu’il n’y a pas là des enjeux d’intérêt public », a rappelé lundi Marisol Touraine, qui s’est ditedéfavorable à des prises en charge conditionnées par le comportement des assurés.

Sauf qu’il s’agit ici de données fournies directement par les clients, et que Generali assure qu’elles transiteront par une société tierce. « Les données sont très cloisonnées, il n’y a a priori rien à craindre », considère Cyrille Chartier-Kastler. « Les consommateurs qui opteraient pour ce type de contrats doivent comprendre ce que ce dispositif de tarification en fonction des comportements implique, avertit quant à lui Mathieu Escot. Tout le monde n’a pas la pleine conscience de ce que regroupent toutes les données personnelles ainsi recueillies, poursuit-il. Prises individuellement, elles peuvent sembler insignifiantes, mais la somme de toutes ces informations en dit beaucoup sur quelqu’un. Tout ça pour une baisse de la prime pas forcément importante. »