«Avec un sage-femme, je me suis sentie plus en confiance qu'avec un gynécologue»

REPORTAGE Le gouvernement lance une campagne sur les compétences des sages-femmes. Au Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), Adrien Gantois, qui fait ce métier, assure le suivi gynécologique de nombreuses patientes...

Anissa Boumediene

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Sage-femme au Pré-Saint-Gervais, Adrien Gantois assure le suivi gynécologique de plusieurs de ses patientes, dont Olivia, qui le consulte depuis quelques mois.
Sage-femme au Pré-Saint-Gervais, Adrien Gantois assure le suivi gynécologique de plusieurs de ses patientes, dont Olivia, qui le consulte depuis quelques mois. — A.Boumediene / 20 Minutes

Cours de préparation à l’accouchement, suivi de la grossesse ou encore rééducation du périnée : oui, tout cela relève de la compétence des sages-femmes, mais pas seulement. Même si une partie du grand public l’ignore encore, elles peuvent aussi prescrire une contraception et, depuis le 5 juin, pratiquer des IVG médicamenteuses. Des compétences en matière de suivi gynécologique qu’entend bien faire connaître la ministre de la Santé, Marisol Touraine, qui lance ce mercredi une campagne nationale d’information sur la diversité des missions des sages-femmes, encore méconnues.

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Combler le manque de gynécologues

A domicile le matin, à son cabinet l’après-midi, l’agenda des consultations d’Adrien Gantois affiche complet pour la semaine. Les plus savants diront qu’il est un maïeuticien, lui préfère dire qu’il est « un sage-femme » (ça se dit). Après avoir fait ses classes à l’hôpital de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), c’est ici, dans les locaux flambant neufs de la Maison des médecins du Pré-Saint-Gervais, que le trentenaire exerce depuis deux ans, avec une autre sage-femme clinique, quatre médecins généralistes et deux sages-femmes échographistes. « Ici, tout est propre et nickel, souffle Nadège, une de ses patientes, dans la salle d’attente. Sans compter qu’ici, au Pré-Saint-Gervais, les médecins ne sont pas légion ».

Les missions élargies de sa profession, c’est une partie non négligeable du quotidien d’Adrien Gantois, puisqu’aujourd’hui, « 30 à 40 % de mes consultations sont d’ordre gynécologique : ici dans le 93, confirme-t-il, il y a un gros déficit de gynécologues, nous sages-femmes, sommes aussi là pour combler ce manque en assurant à nos patientes un suivi gynécologique de base, pour leur offrir une prise en charge rapide et efficace ».

Les femmes qui ont des pathologies « nécessitant un suivi spécifique, précise-t-il, on les adresse aux praticiens indiqués ». Réévaluer les moyens de contraceptions, assurer la prévention avec « frottis et examen des seins » réguliers : le sage-femme accompagne au quotidien les femmes en bonne santé. Un suivi gynécologique qui s’établit assez naturellement. « Généralement, les patientes viennent pour la préparation à la naissance, et découvrent alors qu’on peut les accompagner tout au long de leur grossesse, raconte Adrien Gantois. Puis on les revoit après la naissance lors de la consultation postnatale, 6 à 8 semaines après l’accouchement, et là on fait le point. »

«J’ai choisi délibérément de consulter un sage-femme»

Ce mardi après-midi, Olivia, 35 ans, vient consulter le sage-femme pour sa rééducation périnéale, deux mois tout juste après la naissance de son fils, Antoine. « Avez-vous repris une activité sexuelle ? Vos rapports sont-ils protégés ? », interroge le sage-femme, qui a prévu de lui poser un stérilet quelques jours plus tard. Le ton est doux et la parole libre et décomplexée.

« Depuis une dizaine d’années que je suis à Paris, j’ai essayé plusieurs gynécos et j’ai toujours été déçue, se souvient Olivia, qui n’avait pas de praticien attitré. Une fois enceinte, puisque ma grossesse se déroulait sans encombre, j’ai choisi délibérément de consulter un sage-femme plutôt qu’un gynécologue. Je me suis sentie plus en confiance et libre de parler de tout ». Le sage-femme, bébé dans les bras, se réjouit de cette « médecine de proximité qui accompagne les femmes ».

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« Je n’ai jamais trouvé de gynéco qui m’aille »

Nadège, elle, est là pour se faire retirer un implant contraceptif sous-cutané qu’elle porte depuis trois ans. A 42 ans, cette secrétaire administrative en maternité confie ne pas avoir eu de suivi gynécologique régulier pendant des années. « Les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés ! », plaisante-t-elle. D’ailleurs, avant son premier rendez-vous au début du mois avec Adrien Gantois, sa dernière consultation gynécologique remontait à 3 ans : « Je n’ai jamais trouvé de gynéco qui m’aille ».

C’est après avoir eu confirmation auprès de l’une des collègues généralistes du sage-femme qu’il était apte à retirer son implant qu’elle a décidé de sauter le pas. « Il est prévenant, doux et discret et m’a mise à l’aise tout de suite, indique Nadège. Du coup, dès le premier rendez-vous, j’ai fait la révision des 42.000, rit-elle. Questionnaire, frottis : j’ai fait la totale. »

Autant de compétences que certains gynécologues n’étaient pas prêts à partager. « La contraception et l’IVG, dans les faits, cela faisait longtemps que les sages-femmes s’en occupaient, mais on est resté invisibles, déplore Adrien Gantois. Les sages-femmes ont dû se battre pour être considérées comme une profession médicale à part entière ». Cette campagne d’information, c’est pour lui la reconnaissance d’un long travail de terrain, qui commence à porter ses fruits : « Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à savoir qu’on peut les suivre au quotidien ».