Pollution: Où peut-on respirer (moins mal) en France ?

PARTICULES En ville comme à la campagne, la pollution est partout. Mais certains endroits sont moins affectés que d’autres…

Olivier Philippe-Viela

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Pollution  à Lille en mars 2014
Pollution à Lille en mars 2014 — P. HUGUEN / AFP

La pollution atmosphérique cause 48.000 décès par an, selon une étude de Santé Publique France (SPF) diffusée ce mardi. C’est la troisième cause de mortalité en France. Autre mauvaise nouvelle, il est quasiment impossible d’échapper à cette pollution.

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D’autant qu’il n’y a pas de niveau « acceptable » d’exposition, explique l’épidémiologiste Mathilde Pascal de Santé Publique France : « L’impact de la pollution est sans seuil, chaque microgramme par mètre cube de pollution est susceptible d’avoir une conséquence sanitaire, à moins d’aller sur une autre planète où il n’y a pas de pollution. » D’accord, mais si l’on veut éviter autant que possible de respirer des particules fines, où faut-il aller ?

  • En ville, surtout pas

C’est une évidence, les zones urbaines présentent les niveaux de qualité de l’air les plus faibles. « La pollution se concentre le plus près des sites industriels et des lieux de circulation automobile, là où il y a du trafic », détaille le cardiologue Pierre Souvet, installé à Marignane (Bouches-du-Rhône) et président de l’Association Santé Environnement. Dans les agglomérations de plus de 100.000 habitants l’étude de SPF montre une perte moyenne de quinze mois d’espérance de vie pour un individu de 30 ans à cause des particules fines. « Ce qui importe, c’est la densité de population et de circulation. La pollution en ville est par exemple causée à 50 % par les rejets de diesel. Avec des rues un peu engoncées, comme à Marseille, la ville la plus polluée de France, le résultat est terrible. Je pense aussi à Lyon, où l’autoroute A7 va être supprimée en ville, ce qui est une bonne mesure », ajoute le docteur Souvet.

Jeudi 12 mars 2015. Vue de Lyon durant un épisode de pollution au particules fines.
Jeudi 12 mars 2015. Vue de Lyon durant un épisode de pollution au particules fines. - SIPA

Quitte à être en zone urbaine, autant privilégier les lieux proches des espaces verts, comme un parc, plutôt qu’une vue sur le périphérique. « Habiter à proximité du trafic routier est un facteur majorant le développement de pathologies chroniques. Dans dix villes européennes, le fait d’habiter à proximité du trafic routier pourrait être responsable d’environ 15 % à 30 % de nouveaux cas d’asthme chez l’enfant », détaillait le bilan 2014 de la qualité de l’air en France, réalisé par le ministère de l’Environnement.

Un peu mieux en milieu rural (mais pas top quand même)

L’étude de Santé Publique France relève que la qualité de l’air est meilleure en dehors des grandes agglomérations (jusque-là, rien de neuf), mais elle n’est pas pour autant idéale ailleurs : « Dans les zones entre 2000 et 100 000 habitants, la perte d’espérance de vie est de 10 mois en moyenne [et] dans les zones rurales, ce sont en moyenne 9 mois d’espérance vie qui sont estimés perdus. » La campagne, fausse bonne idée donc ? Pierre Souvet relativise : « On est plus protégés à la campagne car il y a moins de circulation, mais il peut y avoir les particules liées à l’agriculture, ou venues d’autres pays. »

Être à la mer ou à la montagne ne limite pas forcément les risques d’ailleurs. « A Aix-en-Provence par exemple, vous êtes près de la mer et il n’y a pas d’industrie, mais on est dans une zone cuvette. Vous avez un taux de pollution à l’ozone très important car à trente kilomètres de là, vous avez l’étang de Berre qui produit des oxydes d’azote qui créent l’ozone l’été. A l’inverse, prenez la vallée de Chamonix par exemple, c’est la montagne. Mais c’est une vallée engoncée, et avec le trafic du tunnel du Mont-Blanc, il y a une grosse pollution aux particules », décrit le docteur Souvet.

Une meilleure qualité de l’air dans l’ouest

« Mis à part les sommets montagneux, il y a de la pollution partout sur tout le territoire », insiste Mathilde Pascal. Alors où va-t-on en France, puisqu’on ne peut pas s’installer en haut du mont Blanc ? Selon la carte de la concentration moyenne en particules fines en France métropolitaine en 2007-2008, fournie dans son étude par Santé Publique France, le sud de l’Auvergne, ainsi que les zones montagneuses comme les Pyrénées et les Alpes, sont les trois endroits où la pollution est la moins importante. Bon, c’est aussi car la densité de population y est au plus bas.

Si vous souhaitez quand même avoir des voisins, mieux vaut aller dans l’ouest de la France. Selon l’indice ATMO, en 2013, Vannes avait la meilleure qualité d’air du pays, devant Limoges, Brest, Pau et Perpignan. Et là où la perte d’espérance de vie à cause de la pollution a été estimée à 5,8 mois à Paris et 7,5 mois à Marseille, elle n’est « que » de 5 mois à Bordeaux, selon le rapport 2014 du ministère de l’Environnement.