Comment la médecine d'urgence s'adapte à la menace terroriste

MEDECINE Ce lundi, la faculté de médecine Paris Descartes et la Harvard Medical School organisent pour la première fois une journée sur le thème de la médecine d'urgence face aux attaques terroristes...

Anissa Boumediene

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Les urgences d'un hôpital parisien.
Les urgences d'un hôpital parisien. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Etre prêt à faire face au pire. Orlando il y a une semaine, Bruxelles en mars, Paris en 2015: les attaques terroristes confrontent les services d’urgence à des blessures de guerre d’une rare gravité. Dans ce contexte de menace terroriste qui ne faiblit pas, se pose la question de la réponse médicale à apporter en cas d’attaque terroriste. Pour tenter d’y répondre, la faculté de médecine Paris Descartes et la Harvard Medical School organisent ce lundi à Paris une journée de conférences sur le thème de la médecine d’urgence face aux attaques terroristes.

Soigner des blessures de guerre

Durant ce colloque, la question de la prise en charge des blessures de guerre dans des hôpitaux civils sera abordée. Dès le 13 novembre dernier, le Pr Emmanuel Masmejean, chirurgien orthopédiste à l’hôpital européen Georges-Pompidou à Paris, opérait des patients blessés par balle au fusil d’assaut dans l’attaque du Bataclan. «Les blessures par armes de guerre sont très lourdes, entraînant des lésions délabrantes, qui touchent tous les tissus, indique-t-il. Mon équipe et moi savons soigner les blessures par balle, mais nous ne sommes pas des militaires, nous sommes des chirurgiens universitaires : les blessures de guerre ne sont pas notre quotidien ».

Si en novembre, « tous les blessés ont été soignés dans les meilleures conditions », insiste le Pr Emmanuel Masmejean, tous les chirurgiens et hôpitaux du territoire ne sont pas nécessairement prêts à faire face à une attaque terroriste. « Nous devons réfléchir à la formation et à la préparation du personnel face à la menace terroriste, explique-t-il. Si une attaque terroriste avait lieu en province, certaines villes ne pourraient sans doute pas gérer un afflux massif de patients et les blessures spécifiques qui vont avec ».

Améliorer la stratégie de prise en charge des patients

Car l’objectif de cet échange universitaire entre la faculté de médecine Paris Descartes et la Harvard Medical School, « c’est de trouver les solutions à mettre en place pour améliorer la stratégie de prise en charge des patients », poursuit le Pr Masmejean. Une stratégie qui varie d’un pays à l’autre. « En France, en cas d’accident ou d’attaque, les services d’aide médicale d’urgence, SAMU, pompiers, vont intervenir sur place aussi longtemps que nécessaire pour réanimer la personne à secourir, avant de la transporter à l’hôpital, détaille le chirurgien. Aux Etats-Unis, c’est l’inverse, ils pratiquent le "scoop and run", qui consiste à transporter le patient le plus rapidement à l’hôpital ».

Ce lundi, médecins français et américains vont donc échanger conseils et bonnes pratiques. « Nos cultures du soin sont différentes, du transport des patients au protocole de triage, constate le Pr Emmanuel Masmejean. C’est pour cela que nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres ».