Baisse des médecins généralistes: Paris, nouveau désert médical?

SANTE Selon l’Ordre des médecins, le nombre de généraliste a baissé de 25 % dans la capitale…

Caroline Politi

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Selon l'Ordre des médecins, le nombre de médecin généraliste a baissé de 8,4% en France.
Selon l'Ordre des médecins, le nombre de médecin généraliste a baissé de 8,4% en France. — Nicolas MESSYASZ/SIPA

Prendre rendez-vous chez un généraliste va-t-il devenir aussi compliqué qu’obtenir une consultation chez un ophtalmologiste ? Selon un rapport de l’Ordre national des médecins publié ce jeudi, le nombre de praticiens en médecine générale a baissé de 8,4 % depuis 2007.

Et le phénomène ne touche pas uniquement les zones reculées. Les plus fortes baisses sont enregistrées dans la Nièvre… et à Paris : en neuf ans, la capitale a perdu 25 % de ses généralistes. « Cela fait quelques années que nous observons ce phénomène mais avec l’accélération des départs à la retraite, la situation devient particulièrement tendue. Plus personne ne veut s’installer à Paris », explique Jean de Kervasdoué, économiste spécialisé dans la santé. Et la situation ne devrait pas s’améliorer avant… 2025 selon les projections de l’Ordre des médecins.

L’immobilier trop cher

Principale explication de ce désamour pour Paris : les prix de l’immobilier. « Les loyers sont particulièrement élevés alors que les tarifs pour une consultation sont les mêmes partout en France », note Yann Bourgueil, directeur de recherche et de documentation en économie de la santé (Irdes). Plutôt que d’ouvrir un cabinet médical, moins intéressant financièrement, beaucoup de jeunes médecins préfèrent rester dans le milieu hospitalier dans lequel ils ont fait toutes leurs études ou faire des remplacements. Pour tenter d’y remédier, la mairie de Paris a lancé en 2015 un plan d’aide pour l’installation des jeunes médecins : des loyers réduits et une prime d’installation pouvant aller jusqu’à 15 000 euros sont prévus.

Mais ces avantages seront-ils suffisants ? « L’Ile-de-France n’est plus une région qui fait rêver, assure Emilie Frelat, présidente du syndicat national des jeunes médecins généralistes. Aujourd’hui, beaucoup d’internes préfèrent partir vivre dans l’Ouest ou le Sud de la France. » Ainsi, les seuls départements à enregistrer un solde positif depuis 2007 sont la Loire-Atlantique et la Savoie. « Les médecins aspirent aujourd’hui à une qualité de vie sur laquelle leurs aînés étaient moins regardants, note Yann Bourgueil. L’image du généraliste travaillant sept jours sur sept jusqu’à 23h00 est complètement désuète : le confort de vie est devenu un facteur décisionnel primordial. »

Désert médical, vraiment ?

Conséquence directe de cette chute : trouver un médecin référent à Paris devient de plus en plus compliqué. « De nombreux généralistes déjà débordés ne peuvent pas accepter de nouveaux patients », assure Emilie Frelat. Les délais avant l’obtention d’un rendez-vous se sont également allongés.

Pour autant, peut-on classer Paris parmi les déserts médicaux ? Certes, le nombre de généraliste a fortement baissé mais il reste néanmoins parmi les plus élevés de France : 193,5 pour 100 000 habitants. Soit plus du double que dans l’Indre ou en Eure-et-Loir. « Même si ce taux est un peu biaisé par la proportion de généralistes dans le secteur hospitalier, la présence médicale reste malgré tout importante à Paris, notamment avec les urgences », explique Jean de Kervasdoué.