Vaccins: Les «discours alarmistes» du Pr Joyeux lui valent d'être radié de l'Ordre des médecins

JUSTICE Très décrié, le professeur de 70 ans a été radié de l'Ordre des médecins pour ses « discours alarmistes » contre la vaccination…

V.V.

— 

Le professeur Henri Joyeux le 17 août 2011.
Le professeur Henri Joyeux le 17 août 2011. — MEHDI FEDOUACH

Nous republions cet article initialement publié le 27 mai 2016 à l’occasion de la radiation du Pr Henri Joyeux de l’Ordre des médecins.

 

Ses pairs ont tranché, le professeur Henri Joyeux n’est plus l’un des leurs. A l’origine d’une pétition controversée sur les dangers de certaines vaccinations, il a été radié par la chambre disciplinaire de l’Ordre des Médecins du Languedoc-Roussillon. Une décision qui sera effective à compter du 1er décembre, indique apmnews.com, site d’information spécialisé dans la médecine et les politiques de santé. Dès lors, il lui sera interdit de faire état de son statut de docteur en médecine.

Le cancérologue montpelliérain avait fait l’objet d’une plainte du Conseil national de l’Ordre des médecins en juin 2015, pour la mise en ligne (toujours active) d’une pétition à l’attention de la ministre de la Santé Marisol Touraine mettant en garde sur la présence d'« aluminium et de formaldéhyde, deux substances dangereuses voire très dangereuses pour l’humain et en particulier le nourrisson », dans le vaccin hexavalent DTPolio-Hib-Coqueluche-Hépatite B, appelé Infanrix Hexa.

Lanceur d’alerte ou conservateur ?

Un lanceur d’alerte ? Ou un conservateur qui surfe sur une vague médiatique anti vaccins ? Fin mai, le professeur Henri Joyeux, 70 ans, comparaissait devant le conseil de l’Ordre des médecins du Languedoc-Roussillon pour avoir « déconsidéré la profession » et pour ses « discours alarmistes » en s’appuyant sur des « preuves scientifiques non établies ».

>> Les faits : Pour quelles raisons Henri Joyeux est-il jugé ?

« Les propos du Pr. Joyeux ne se fondent sur aucune preuve scientifique, voire alignent des contre-vérités, comme l’a rappelé l’Académie de médecine », relevait le 25 juin 2015 l’Ordre des médecins sur son compte Twitter, en rappelant que « la vaccination est un outil capital de santé publique ».

Ce « discours alarmiste » Henri Joyeux le diffuse depuis près de deux ans. Retraité de la profession depuis 2014, ce cancérologue de formation consacre désormais son temps à donner des conférences et à intervenir dans les médias pour dénoncer « l’arnaque des laboratoires sur les vaccins ». Selon lui, les grands laboratoires auraient organisé une véritable pénurie afin d’imposer un seul et unique vaccin pour les nourrissons : l’Infanrix hexa (GSK). Censé agir contre six maladies, ce produit contient, selon lui, « deux substances dangereuses, voire très dangereuses ». Surtout, il est, toujours selon lui, sept fois plus cher que le célèbre DT-Polio qui n’est plus commercialisé depuis 2008.

Sa pétition a recueilli plus d’un million de signatures

Ancien président de Familles de France, une association opposée au mariage homosexuel, le professeur Joyeux n’est pas le premier à tenir pareil discours. Mais il est sans doute le seul à disposer d’une telle audience. Son livre Changer d’alimentation (Ed. Le Rocher) s’est vendu à 150.000 exemplaires. Ses vidéos diffusées sur Youtube affichent plus de 50.000 visionnages en moyenne. Et selon Le Monde, ses conférences font salles combles trois à quatre fois par semaine.

Mais c’est surtout la pétition qu’il a lancée qui a inquiété les autorités. Signée par plus d’un million de personnes, elle a forcé Marisol Touraine à prendre position sur le sujet. La ministre de la Santé l’a fait de la manière la plus nette qui soit. « Ce médecin s’est déclaré contre la pilule, contre l’avortement et a pris des positions rétrogrades sur tout une série de sujets alors que sa responsabilité serait plutôt de rassurer et expliquer. »

« On doit argumenter de plus en plus longtemps avec les parents »

Car, très diffusées sur les réseaux sociaux, les prises de position du professeur Joyeux commencent à poser des problèmes dans les salles d’attente de tous les praticiens de France. « Il a instillé un doute sur la vaccination, explique ainsi au Monde, Patrick Rebillard, pédiatre dans un hôpital lyonnais. On doit désormais argumenter de plus en plus longtemps avec certains parents pour vacciner leurs enfants et expliquer qu’on n’a pas d’intérêt financier à le faire. »