Payer les femmes enceintes pour ne plus fumer? «C'est efficace», selon les experts

ETUDE La méthode, qui a déjà fait ses preuves à l'étranger, serait plus efficace que la culpabilisation...

20 Minutes avec agences

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Illustration d'une femme enceinte avec une cigarette.
Illustration d'une femme enceinte avec une cigarette. — CLOSON/ISOPIX/SIPA

Rémunérer des femmes enceintes pour les inciter à s’arrêter de fumer ? Testée pour la première fois dans 16 maternités, cette méthode est une approche positive plus efficace que la culpabilisation, estiment des spécialistes.

Depuis le 7 avril, 400 femmes enceintes, majeures et fumant un minimum de cinq cigarettes quotidiennes, se voient offrir des bons d’achat contre toute cigarette non fumée. Elles recevront en moyenne 300 euros. Et les médecins s’assureront de leur abstinence via des tests de contrôle biologiques.

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Une emprise physiologique et psychologique

L’expérimentation, qui durera les deux prochaines années, peut surprendre mais elle est défendue par les addictologues. « Imaginer qu’être enceinte est une motivation suffisante pour arrêter un comportement toxique revient à ne pas mesurer le potentiel d’emprise physiologique et psychologique que représentent les substances psychoactives », explique ainsi le professeur Michel Lejoyeux, responsable du département de psychiatrie et d’addictologie Bichat-Beaujon.

« Dans un nombre considérable de cas, l’addiction se poursuit dans la honte et la culpabilité », constate alors le professeur. Et répéter à une femme enceinte que le tabac est mauvais pour son bébé n’est d’aucune efficacité.

Récompense et processus de plaisir

« L’addiction, c’est le détournement des circuits de la récompense vers une récompense unique qui est le produit. Le sujet a un besoin compulsif de la consommation de son produit. Quand il ne l’a pas, il est mal et c’est ce produit qui l’apaise », décrit le professeur Michel Reynaud, du département de Psychiatrie et d’addictologie de l’Hôpital Paul-Brousse (Villejuif).

Offrir des bons d’achats peut ainsi agir positivement en activant un processus de plaisir. « Le sujet saisit une autre récompense possible qui vise à faire contrepoids à ce besoin massif du produit ».

Moins de bébés prématurés ou de faibles poids

Et on sait, explique l’expert, « que dans les dépendances graves, cette stratégie est efficace. Il faut encourager les sujets dépendants plutôt que de les punir ou leur faire honte ». Ainsi aux Etats-Unis, elle est testée depuis au moins dix ans sur les sujets dépendants à la cocaïne avec de bons résultats, meilleurs que ceux obtenus par les thérapies. En Ecosse, 23 % des femmes ayant reçu une incitation financière étaient parvenues à arrêter la cigarette, contre 9 % parmi celles qui n’avaient reçu aucune rétribution.

Et face aux potentielles critiques sur le principe d’une rémunération des fumeurs ou sur le coût d’une telle méthode, le Pr Ivan Berlin, médecin à l’Hôpital Pitié-Salpêtrière (il dirige l’étude financée par l’Institut national du cancer), met en avant les économies qu’elle génère. Car, par exemple, les coûts associés à la prise en charge de bébés prématurés ou de faibles poids devraient diminuer.

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Des résultats prometteurs alors qu’en France et malgré de nombreuses études scientifiques attestant de la nocivité du tabac, 20 % des femmes enceintes continuent à fumer tout au long de leur grossesse. Un record européen.