Comment l’asthme est devenu la première maladie chronique chez l’enfant

PATHOLOGIE Notre mode de vie dans un environnement de plus en plus «toxique» serait à l’origine de l’explosion de la maladie dont la journée mondiale a lieu mardi 4 avril…

Romain Scotto

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Un enfant asthmatique. Illustration
Un enfant asthmatique. Illustration — JAUBERT/SIPA

Dans les cas les moins graves, ce sont juste des sifflements et des quintes de toux. Mais quand il prend la forme de crises, l’asthme devient particulièrement handicapant, nécessitant parfois une hospitalisation chez l’enfant. En une vingtaine d’années, le nombre d’asthmatiques a augmenté de plus de 40 % chez les adolescents. Selon les chiffres de l’OMS, il naît toutes les dix minutes un futur asthmatique dans un pays comme la France. 300.000 décès seraient aussi imputables à la maladie chaque année dans le monde.

Pour Isabella Annesi Maesano, directrice de recherche à l’Inserm, cette explosion s’explique par de multiples facteurs. D’un côté, elle pointe l’influence de nos gènes et notre plus grande « susceptibilité », selon le terme consacré, face aux éléments déclencheurs de la maladie. En d’autres termes, nous sommes plus sensibles, moins résistants. « Pour que la maladie se développe, il faut la rencontre entre un terrain génétique et certains facteurs comme les acariens », indique la chercheuse. Nous avons donc un potentiel génétique qui nous expose à contracter de l’asthme. Au fil des ans, celui-ci aurait tendance à s’accroître.

L’influence des phtalates

Notre « susceptibilité », ou sensibilité, dépendrait aussi d’un environnement de plus en plus hygiéniste. « Le système immunitaire du nouveau-né ne se bâtit plus comme avant, prêt à lutter contre des infections, indique lsabella Annesi Maesano. Il s’oriente contre des substances qui ne sont a priori pas nuisibles. Par exemple, la majorité de la population n’est pas allergique au chat. Il n’est pas nuisible, mais pour certaines personnes, il le devient. »

Parallèlement, elle dénonce ensuite l’influence d’un environnement de plus en plus « toxique », notamment en raison de la pollution et de notre exposition aux phtalates, ces produits présents dans les plastiques. « On a des données qui montrent que si, pendant la grossesse, la maman est en contact avec une grande quantité de phtalates, l’enfant a un risque accru d’être asthmatique. » Une étude a ainsi mis en évidence le lien entre la maladie chez l’enfant et une crème anti vergetures étalée sur le ventre des femmes enceintes. « On a détecté dans les urines de ces mamans plus de phtalates et on a retrouvé ça dans le liquide amniotique. »

Tabac et alimentation en question

Autre « polluant » à l’origine d’un rétrécissement des voies aériennes, et donc de l’asthme, de l’enfant : le tabac. Les mères ayant fumé pendant leur grossesse ont statistiquement plus d’enfants asthmatiques que les autres. Le régime alimentaire peut aussi être un facteur déclenchant. « On observe que quand il y a un microbiome (la flore intestinale) qui n’est pas équilibré, il y a un excès de pathologies comme l’asthme. » Par ailleurs, les médecins alertent depuis quelque temps sur les risques engendrés par une alimentation de la mère appauvrie en poissons gras (saumon, anchois, hareng, maquereau, sardine, truite). Voilà pourquoi les Esquimaux sont épargnés par l’asthme.