Stress au travail: «Nos managers ne sont pas formés à l’humain», selon le psychiatre Patrick Légeron

JOURNEE MONDIALE DE LA SANTE AU TRAVAIL L'expert assure que le phénomène prend de l'ampleur et que la France tarde à réagir...

20 Minutes avec agences

— 

Illustration du stress au travail.
Illustration du stress au travail. — LEMAIRE/ZEPPELIN/SIPA

A la veille de la Journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail, il est bon de rappeler que le stress au travail en hausse constante en France et que l’Hexagone tarde à agir.

En 2001, le psychiatre Patrick Légeron analysait le stress au travail comme « premier péril pour la santé des salariés » et la performance des entreprises. Selon lui, quinze ans plus tard, « beaucoup de choses ont changé mais il a fallu le harcèlement moral, le suicide, le burn-out pour qu’on en parle ».

 

 

Inaction et « relative faiblesse des actions »

Selon l’expert, interrogé par l’AFP, si le stress au travail est bien mis en avant ces dernières années, l’inaction de l’Etat se poursuit. « Il y a des numéros verts, des questionnaires dans les entreprises, des formations de managers, mais pas un vrai travail de fond », précise le psychiatre qui regrette la « relative faiblesse des actions ».

 

>> A lire aussi : Le chômage à l'origine de 45.000 suicides par an dans plus de 60 pays

 

« On ne peut pas ignorer qu’il n’y a pas suffisamment d’actions valides mises en place. La dernière publication de l’agence européenne de sécurité et de santé au travail de 2015 nous place assez mal en matière de prévention », lâche Patrick Légeron.

Ainsi, entreprises, psychiatres et médecins du travail, dopés par des études internationales alarmantes, constatent qu’en France le degré de stress au travail augmente et s’accompagne de souffrance, au sens très large du terme (physique et psychologique).

« Ne vous plaignez pas, vous avez du travail »

Mais une souffrance qui rime le plus souvent du chômage. Dès lors, le stress au travail peine à être reconnu comme une grande préoccupation, assure le psychiatre. Pourquoi ? Parce qu’il est masqué par le problème du chômage, avec malheureusement cette arrière-pensée : « ne vous plaignez pas, vous avez du travail », répond l’expert.

Alors quels seraient les facteurs de stress ? La charge de travail, le manque de reconnaissance, la transformation du monde du travail qui aboutit au sentiment de perte de contrôle et à l’absence d’autonomie ou encore la confusion complète entre vie professionnelle et vie privée ainsi que le changement perpétuel auquel il faut s’adapter.

 

>> A lire aussi : Le stress au travail ferait baisser l'espérance de vie de 33 ans

 

« On arrive à des cocktails très dangereux »

« Les salariés sont de plus en plus dans des process, et pas seulement ceux qui travaillent à la chaîne, même dans les banques, les call center… La réalité c’est qu’il y a de moins en moins d’autonomie sous couvert d’un discours qui entend la valoriser », analyse Patrick Légeron qui précise que, quand ils s’additionnent, ces facteurs sont « extrêmement nombreux et on arrive à des cocktails très dangereux ».

Ce 28 avril, Journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail, associations et experts mettront donc l’accent sur la prévention. Et citeront en exemple le Québec ou les pays d’Europe du Nord qui mettent la gestion du stress « compétences du 21e » au programme des écoles, au même titre que l’anglais ou la maîtrise de l’informatique.

 

>> A lire aussi : Stress au travail: La gestion des mails pointée du doigt

 

Des techniques de relaxation et un sommeil de qualité

« Il devrait y avoir des campagnes d’information et de prévention interministérielles comme pour la sécurité routière ou la toxicomanie. Il faut savoir repérer quand on est soi-même en souffrance et mettre en place des actions. Certaines relèvent du monde du travail, des entreprises, d’autres de l’individu. De même qu’on peut augmenter sa résistance pulmonaire en faisant des exercices, on peut augmenter sa résistance au stress », explique le psychiatre qui prône des entreprises veillant « à l’environnement et au management ».

« Nous sommes un pays dans lequel les managers ne sont pas formés à l’humain. Individuellement, on doit se protéger à travers par exemple les techniques de relaxation, un sommeil de qualité, conclut Patrick Légeron. Et prendre soin de soi sur le plan psychologique, en ne surinvestissant pas le travail. »