Grossesse: Et si enceinte, rien n'était impossible?

SANTE Dans «Enceinte, tout est possible», la journaliste Renée Greusard aborde sans tabou ce que les futurs parents, et en particulier les femmes, traversent durant la grossesse...

Anissa Boumediene

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Une femme enceinte.
Une femme enceinte. — Mood Board / Rex Featur/REX/SIPA

Faire un enfant. Une décision qui chamboule le quotidien des parents en devenir. Une aventure incroyable – donner la vie ! – riche en émotions, joies, angoisses, craintes et, on peut le dire, en névroses. « Quand vais-je tomber enceinte ? », « mon bébé sera-t-il en bonne santé ? », « que se passera-t-il si je bois un verre de vin ? ». Toutes ces questions, Renée Greusard se les est posées. Dans Enceinte, tout est possible * (éd. JC Lattès), la journaliste raconte sa propre grossesse et tous les doutes et interrogations qui ont pu l’entourer. Ici, pas de tabou, c’est drôle, émouvant, intelligent et instructif comme une discussion avec une copine très bien informée. Bref, ça fait du bien.

Une pluie d’injonctions

Aujourd’hui, Renée Greusard le reconnaît : avoir dû attendre cinq mois avant de tomber enceinte n’a pas été si long. Pourtant, sur le coup, elle s’est rapidement demandé si c’était normal et s’il n’y avait pas quelque chose qui clochait. « Cette impatience est le fait de la génération Y, de notre époque, nourrie par internet. On est habitué à avoir tout, tout de suite », analyse-t-elle. « Or la grossesse, c’est l’apprentissage du temps long, c’est un délai qui ne nous est pas familier ».

Une fois enceinte, la jeune femme a été confrontée à toutes les injonctions qui pleuvent sur les futures mères. Les ordres, pas vraiment à son goût, étaient clairs : adieu charcuterie et fromages au lait cru accompagnés d’un verre de vin et bye bye la petite clope de fin de soirée. « Dire simplement : c’est interdit et c’est comme ça ne me suffit pas. Pourtant les injonctions à l’égard des femmes enceintes sont multiples : parents, amis, médecins, tout le monde nous dit quoi faire, c’est intenable. On les traite comme si leur grossesse était une maladie et on leur met une pression incroyable à un moment exceptionnel où elles devraient être épanouies et heureuses », regrette la journaliste, qui s’est toutefois pliée à ces règles. Dans un premier temps.

Décortiquer les interdits

Puis, ces interdits catégoriques, Renée Greusard a décidé de les décortiquer : « J’ai voulu faire ce livre pour aller à la pêche à toutes les informations qui me manquaient ». Obstétricien, médecin, sage-femme ou encore gynécologue, la journaliste a mené sa petite enquête, et découvert que les lignes autour de toutes ces interdictions étaient en réalité bien plus floues. En vacances en Espagne et le ventre déjà bien rond, la future mère se voit proposer un verre de vin rouge par la serveuse, qui lui explique que là-bas, ce n’est pas du tout mal vu ni perçu comme dangereux si c’est occasionnel.

De retour en France, études scientifiques et praticiens lui confirment cette position plus nuancée. « Le discours officiel autour des femmes enceintes est très politique. Dans les milieux aisés on va dire aux futures mères qu’elles peuvent s’autoriser une coupe de champagne, comme si toutes les autres n’étaient pas capables de comprendre que c’est l’excès qui est dangereux pour la santé de tous », fulmine celle qui s’est autorisé un verre de vin hebdomadaire durant sa grossesse, « en conscience ».

Briser les tabous

« Il y a un peu de provocation dans ce que je dis parce que ce que je veux, c’est qu’on arrête de nous dire que tout est impossible quand on est enceinte », insiste Renée Greusard, qui a cherché pour son livre une information éclairée. « On présente le risque comme inéluctable aux femmes enceintes si elles boivent un verre oufume une cigarette, leur promettant un bébé Quasimodo. J’ai simplement voulu repositionner ce risque à sa juste place ». Evidemment, « il n’est pas question de dire qu’on peut fumer dix joints et se soûler quand on attend un bébé, mais simplement qu’on foute un peu la paix aux femmes, qu’on arrête de les infantiliser », précise la journaliste.

Alors quitte à casser les idées préconçues, la journaliste en profite pour briser les tabous au passage. Sexualité, désir, pudeur : tout est abordé avec beaucoup d’humour et de tendresse, du futur papa qui a peur de « bifler son bébé » à la baisse de libido, en passant par l’obligation d’être une « sexy mama » et les alternatives à l’accouchement à l’hôpital. « Je voulais que ça sonne comme une discussion entre copines, explique Renée Greusard, pour libérer les femmes de leurs complexes et les rassurer ».

Enceinte, tout est possible, éditions JC Lattès, en librairie le 13 avril.