Notre environnement nous rend-il malades?

SANTE Le cancérologue Dominique Belpomme publie un livre affirmant le lien entre environnement et santé…

Audrey Chauvet

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Lyon, le 17 mars 2014. Un episode de pollution aux particules fines, du au trafic, a l'activite industrielle et aux chauffages a bois deffectueux, a touche la region lyonnaise a la mi-mars.Un voile blanc enveloppant la ville etait visible depuis la colline de la Croix-Rousse.
Lyon, le 17 mars 2014. Un episode de pollution aux particules fines, du au trafic, a l'activite industrielle et aux chauffages a bois deffectueux, a touche la region lyonnaise a la mi-mars.Un voile blanc enveloppant la ville etait visible depuis la colline de la Croix-Rousse. — Jeremy Laugier / 20 Minutes

Allergies, asthme, cancers, électrosensibilité, et même autisme : dans son livre Comment naissent les maladies (éd. Les liens qui libèrent), le professeur Belpomme accuse notre environnement de nous rendre malades. Pour le cancérologue, engagé depuis longtemps dans la lutte contre les pesticides et les pollutions, il est aujourd’hui clair que la dégradation de l’environnement est la plus grande menace pour la santé publique.

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Interactions entre gènes et environnement

« Si dans les vingt ans à venir, on prévoit 22 millions de cas de cancers par an, c’est, de façon prédominante, dû à une dégradation de l’environnement », affirme le cancérologue dans un entretien à Télérama. Il accuse les pesticides et perturbateurs endocriniens, la pollution de l’air par les particules fines, les champs électromagnétiques d’être à l’origine « d’anomalies d’expression des gènes » qui seraient à l’origine de nombreuses maladies, y compris de troubles du comportement.

Pour de nombreux médecins, il n’y a aujourd’hui plus de doutes à avoir sur les liens entre environnement et santé. L’Institut national de veille sanitaire (InVS) et l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) planchent sur ces liens compliqués à établir mais désormais incontestables : « Nous avons aujourd’hui une approche exposomique, c’est-à-dire que nous prenons en compte l’ensemble des expositions auxquelles un individu est soumis au cours de sa vie et toutes les interactions qui peuvent en découler », explique Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm au département d’épidémiologie des maladies allergiques et respiratoires.

« Quatre consultations de médecine environnementale par semaine »

Qualité de l’air, de l’eau, radiations, bruit, alimentation… Le milieu dans lequel nous évoluons a des impacts sur la manière dont notre corps se développe, assure la chercheuse qui coordonne le projet européen Heals destiné à clarifier l’influence de l’environnement dans trois grands groupes de maladies (asthme et allergie, obésité et diabète, troubles et désordres du développement neurologique). « Nous savons qu’il faut un terrain génétique propice pour qu’une pathologie asthmatique, par exemple, se révèle. Mais aussi on sait que les enfants qui habitent à côté d’un axe routier avec beaucoup de trafic ont un risque accru de devenir asthmatiques. Ce sont ces interactions que nous voulons étudier », précise Isabella Annesi-Maesano.

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La « médecine environnementale » deviendra-t-elle un nouveau courant dans les prochaines années ? Le professeur Belpomme assure avoir « quatre consultations de médecine environnementale par semaine, avec un an de carnets de rendez-vous pleins ». Mais c’est peut-être la planète qui aurait besoin d’un bon médecin : « En fait, rien ou presque n’est fait concernant le rôle néfaste des pesticides et perturbateurs endocriniens, de la pollution de l’air par les particules fines émises par le diesel, ou encore de l’effet possiblement cancérigène des champs électromagnétiques », dénonce le cancérologue.