Sida: «Le traitement de l'infection à VIH n'éradique pas le virus»

INTERVIEW Avant le Sidaction qui débute ce vendredi, le directeur général délégué d’Aides revient sur le résultat alarmant d’un sondage sur la perception qu’ont les jeunes du VIH et du sida…

Propos recueillis par Romain Scotto

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Deux jeunes observant les portraits des candidats à la Présidentielle de 2012 accompagnés d'un message de sensibilisation aux risques du VIH
Deux jeunes observant les portraits des candidats à la Présidentielle de 2012 accompagnés d'un message de sensibilisation aux risques du VIH — DAMIEN MEYER

C’est un mélange de confusions, manque de connaissance et sentiment d’invincibilité. Face aux risques que représente le VIH en 2016, les jeunes semblent encore très mal informés. A la veille du Sidaction, un  sondage Ifop* sur le sujet  témoigne du décalage qui existe entre la perception des 15-24 ans et la réalité. 22 % des jeunes estiment ainsi qu’il existe un traitement pour guérir du virus. 17 % déclarent que la prise d’une pilule contraceptive d’urgence est un moyen d’empêcher la transmission du virus. Les chiffres sont d’autant plus alarmants que le sentiment d’information global sur le VIH se détériore depuis 2014. Marc Dixneuf, directeur général délégué de l’association Aides, regrette le manque d’éducation des jeunes sur leur santé globale, avant d’aborder les questions plus spécifiques au virus.

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24 % des jeunes déclarent ne pas avoir peur du sida. En tant que responsable d’association, comment l’interprétez-vous ?

C’est un sentiment balancé. La peur n’est jamais bonne conseillère. Ne pas avoir peur peut aussi dire savoir, avoir les connaissances nécessaires. Ne pas avoir peur, ce n’est pas forcément une mauvaise chose. Mais si c’est ignorer les risques, là, c’est plus ennuyeux.

C’est visiblement le cas. 17 % déclarent que la prise d’une pilule contraceptive d’urgence empêche la transmission du virus…

Là, on est sur la méconnaissance des modes de transmission. C’est un défaut d’information, de connaissance sur la santé sexuelle de manière générale pour les jeunes. On voit que ce défaut d’information va avoir des effets négatifs sur une stratégie de prévention pour certaines pathologies, dont la transmission du VIH. En tant qu'association, nous appellons à un effort de fond pour la promotion de la santé sous tous ses aspects. Si c’est bien fait, il n’y aura pas de méconnaissance sur la façon dont tel outil (préservatif, pilule) protège de quoi.

22 % des jeunes estiment qu’il existe un traitement pour guérir du virus, c’est une méconnaissance ou une incompréhension des messages de prévention ?

Il y a peut-être une incompréhension de certains messages. Comme quand vous ne maîtrisez pas la différence entre le VIH et le sida, par exemple. La difficulté est de comprendre qu’ avoir une charge virale indétectable réduit fortement le risque de transmettre le virus à son partenaire sexuel. Mais ce n'est pas une forme de guérison. Le traitement de l’infection à VIH n’éradique pas le virus. Dire qu’une personne séropositive sous traitement ne risque plus de transmettre le VIH, c’est juste. Si les jeunes comprennent que cela est synonyme d’éradication complète, c’est erroné. C’est toute la difficulté d’interprétation.

Un effort doit-il être fait à l’école en matière de prévention ?

Je pense que suivant les niveaux scolaires, on doit avoir une éducation à la santé, la sexualité. Au lycée ou au collège, on ne parle pas de la même chose. L’enjeu, c’est bien la maîtrise de sa santé. A l’école primaire, on ne peut pas enseigner la différence entre VIH et sida. Dans les années qui suivent, il faut faire plus attention à la promotion de la santé pour ne pas qu’on ait cette incompréhension sur le rôle de la pilule (17 % déclarent que la prise d’une pilule contraceptive d’urgence est un moyen d’empêcher la transmission du virus). Et de mieux expliquer ce qu’est un traitement, l’infection. Pas forcément spécifiquement sur le VIH. Ça fait 15 ans que l’Education nationale s’est dotée de circulaires très précises sur ce qu’il faut faire, selon les âges, mais elles ne sont pas mises en œuvre.

Un relâchement a eu lieu ces dernières années ?

Je pense que l’enjeu de la lutte contre le VIH, c’est la question du ciblage des interventions. L’épidémie d’infection à VIH concerne certains groupes plus que d’autres. On ne peut pas dire qu’il y ait eu un relâchement auprès des populations les plus exposées : les homes gays, les populations originaires d’Afrique subsahariennes font l’objet de campagnes très ciblées. Là où il y a peut-être eu un relâchement c’est sur une population générale, auprès des groupes de lycées où l’approche globale sur la santé est insuffisante. Il faut un socle de prévention bien installé sur lequel on construise des messages ciblés en fonction des groupes et des comportements des personnes.

Quel est l’impact de la communication faite sur la recherche d’un vaccin, les thérapies. Ce discours rassurant n’explique-t-il pas ces résultats alarmants ?

La vision morbide du VIH d’il y a quelques années a pu changer le rapport à la prise de risque. Mais encore une fois, ce n’est pas la peur qui permet de construire une bonne stratégie de prévention individuelle. Le fait qu’on donne des informations justes, dire qu’être sous traitement réduit le risque de transmission, n’est pas contradictoire avec le développement de la prévention. Je ne suis pas sûr que le VIH ne fasse plus peur. Les peurs irrationnelles sont extrêmement présentes encore aujourd’hui. Sinon les personnes vivant avec le VIH ne feraient pas l’objet de discriminations. Je ne pense pas qu’on puisse établir une corrélation entre le niveau de crainte et le taux de recours au préservatif. C’est malheureusement un petit peu plus compliqué que ça.

* L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 001 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans à 24 ans.