Traitement du cancer: «Il faut impérativement trouver une solution pour que le prix des médicaments baisse»

ECONOMIE Le professeur de cancérologie Patrice Viens fait partie du collectif de 110 médecins signataires ce mardi d’un appel dénonçant le prix injustifié des traitements anticancéreux…

Propos recueillis par Romain Scotto

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Pour de nombreux cancérologues français, le prix des médicaments va très vite devenir prohibitif pour la Sécurité sociale et les patients.
Pour de nombreux cancérologues français, le prix des médicaments va très vite devenir prohibitif pour la Sécurité sociale et les patients. — FRANCK FIFE

Soigner tous les patients sur la durée en payant un prix justifié pour les traitements anticancéreux. Ce vœu est formulé ce mardi par 110 cancérologues, signataires dans Le Figaro, d’un appel contre le coût exorbitant de ces médicaments. Patrice Viens, professeur de cancérologie et directeur du centre Cancer de Marseille, détaille les enjeux de cette pétition aux allures de « dernière chance » pour sauver le système de santé français.

Le professeur Patrice Viens, président d'Unicancer, groupe hospitalier exclusivement dédié à la lutte contre le cancer.
Le professeur Patrice Viens, président d'Unicancer, groupe hospitalier exclusivement dédié à la lutte contre le cancer. - Unicancer

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Pourquoi dénoncer aujourd’hui le prix des médicaments ?

C’est une question de maturité.La réflexion est en cours depuis plusieurs mois chez les cancérologues. Une première alerte a été faite par la Ligue contre le cancer il y a quelques mois. Tout le monde commence à prendre conscience de ce problème émergent en cancérologie. Jusqu’à maintenant on n’avait que 2, 3 médicaments qui coûtaient très cher. Mais on va se retrouver dans les années qui viennent avec quasiment que des médicaments très chers. On alerte avant qu’il ne soit trop tard.

Parce que rien n’est fait pour que la situation change ?

Pour l’instant, non. La prise de conscience du prix du médicament existe. Mais, rien n’est fait pour que ce coût ne devienne pas un handicap au traitement des patients.

Est-ce déjà le cas ?

Non, en France, notre système de santé nous permet encore de soigner l’ensemble des patients. Mais ça l’est dans les pays où il reste un gros reste à charge pour les patients, en particulier les Etats-Unis (jusqu’à plus de 30 %). Ça pose un vrai problème. Des gens ne peuvent pas payer. Ils ne reçoivent plus le médicament. Tant que notre système de santé tient le choc, on arrive à soigner. Mais les coûts ne descendant pas, voire augmentant, le risque est que notre système de santé ne puisse plus tenir le choc dans quelque temps. Il faut impérativement trouver une solution pour qui le prix baisse. Nous sommes très attachés au système de prise en charge. Il garantit l’accès aux soins à tous et on ne voudrait pas que ce soit remis en cause.

On ne soignerait que les patients les plus gravement atteints ?

Cette solution-là, je ne peux pas l’imaginer. Je ne veux imaginer que des solutions qui permettent à tous, d’accéder au médicament auquel ils ont besoin.

Pourquoi les prix sont-ils si élevés ? Les labos avancent souvent les coûts de recherche et développement des molécules…

On ne comprend pas très bien pourquoi les prix sont si élevés. Ces nouveaux médicaments sont basés sur des mécanismes biologiques mis en évidence, pour la plupart, par des recherches académiques qui ne coûtent rien à l’industrie pharmaceutique. Elle produit ces molécules. Le prix de développement du médicament paraît totalement déconnecté du prix de vente. On va arriver à des traitements qui vont coûter plusieurs centaines de milliers d’euros par an et par patient. Ce sera de plus en plus fréquent.

Vous dénoncez aussi des variations de prix pour un même médicament d’une année sur l’autre…

Oui. Prenez l’exemple du Glivec (aux Etats-Unis). Plus le médicament était prescrit, plus le prix augmentait. Son prix a été multiplié par 3 en un an. C’est l’inverse de la relation habituelle prix/volume.

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Quelles pistes proposez-vous donc pour améliorer cette situation intenable ?

Les médecins ont la responsabilité de prescrire la juste prescription. Le bon médicament au bon moment. Et il faut impérativement qu’il y ait un dialogue entre les autorités et l’industrie pharmaceutique pour qu’on arrive à des prix plus raisonnables et supportables.

Faut-il fixer un plafond de marges pour les labos ?

Bien sûr. Mais seulement si on dispose d’une construction du prix claire et transparente. Or ce n’est pas le cas. Dans ces conditions, mettre un plafond de marges ne suffira pas.

Au fond, est-il vraiment possible de reprocher à une industrie de gagner de l’argent ?

Bien sûr… Ils ne sont pas philanthropes mais il faut bien qu’ils comprennent qu’à un moment donné ils ne vendront plus leurs médicaments.

Vous dénoncez aussi l’écart de prix d’un pays à l’autre. C’est le cas dans d’autres secteurs que le médicament…

C’est difficilement justifiable en dehors des taxes douanières appliquées par certains pays. Certains écarts de prix sont incompréhensibles. On a peu d’exemples mais on sait que dans certains pays en voie de développement certains médicaments sont vendus 30 fois moins cher que dans les pays occidentaux.