Mal des montagnes, paludisme, myopathie: Les grands détournements du Viagra

TRAITEMENT A l’usage, les médecins ne prescrivent pas seulement la petite pilule bleue pour soigner les troubles sexuels…

R.S.

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Des pilules de Viagra.
Des pilules de Viagra. — PERENOM/SIPA

Sans un doctorat de médecine, ouvrir le Vidal à la page du «Viagra» peut être source d’intenses migraines. La bible des médocs fait bien sûr état d’un « agent pour la dysfonction érectile », mais aussi d’un « antihypertenseur, vasodilatateur périphérique et inhibiteur de la phosphodiestérase de type 5 ». En clair, la petite pilule de l’amour ne sert pas seulement à sauver vos nuits. Les médecins prescrivent aussi le citrate de sildénafil – le nom de la molécule commercialisée par les labos – pour d’autres usages.

La dernière étude en date fait état d’une utilisation du Viagra pour traiter les triathlètes victimes d’œdèmes pulmonaires. Contactée, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) précise que les usages ne concernant pas les troubles de l’érection sont « hors AMM » (Autorisation de mise sur le marché). Cela signifie que le prescripteur juge l’usage détourné « indispensable au regard des données acquises de la science ». Voici quelques exemples.

Sauver la vie des plongeurs

Normalement, votre prof de plongée aux Maldives vous l’a bien expliqué lors de votre baptême l’été dernier : sous l’eau, personne n’est à l’abri d’un œdème pulmonaire, caractérisé par l’accumulation de liquide dans les alvéoles des poumons qui sont en détresse respiratoire. Le plongeur ne parvient plus à respirer, peut parfois cracher du sang et voir son taux d’oxygène dans le sang s’effondrer. Les symptômes s’effacent généralement quelques heures après l’œdème, mais cette pathologie est potentiellement mortelle. Selon le Dr Richard Moon une pilule de Viagra permettrait d’éviter ce type d’accident. Ce médecin du sport américain a récemment travaillé sur un panel de 10 triathlètes, chez qui l’immersion dans l’eau froide provoquait une redistribution exagérée du sang des extrémités du corps vers la poitrine, créant les conditions d’un œdème.

Or, une dose de sildénafil leur a permis d’éviter les symptômes. Le médicament a ainsi fait descendre la pression sanguine dans leurs poumons. Ces conclusions ont été publiées dans la revue américaine «Circulation» en janvier dernier. Par ailleurs, le sildénafil est envisagé dans le traitement de l’hypertension artérielle pulmonaire, une cause majeure de morbidité après chirurgie cardiaque.

Lutter contre le mal des montagnes

Le procédé est connu depuis une quinzaine d’années. A l’époque, des scientifiques britanniques avaient observé l’effet du Viagra sur les membres d’une expédition au Kirghizstan, sujets au mal aigu des montagnes (MAM). Dans un univers appauvri en oxygène, les effets vasodilatateurs du médicament réduisent les troubles physiologiques liés à la haute altitude. Certains sportifs l’ont bien compris. Il y a quelques mois, le staff de River Plate a prescrit du citrate de sildénafil à ses joueurs avant un match à 3.700m en Bolivie. « Le Viagra stimulera la circulation de l’oxygène dans le sang et aidera les joueurs à mieux respirer » a expliqué un médecin au journal Clarin.

Une piste dans le traitement du paludisme

En augmentant la rigidité des globules rouges infectés par le parasite responsable du paludisme («Plasmodium falciparum», pour les puristes), la petite pilule bleue favoriserait leur élimination de la circulation sanguine. Il pourrait donc réduire la transmission du parasite de l’homme au moustique, comme l’ont montré les chercheurs du CNRS, de l’Inserm et de l’Institut Pasteur, en mai dernier.

Une aide dans le traitement de la myopathie

Et si le Viagra faisait aussi bander… les muscles ? Y compris le premier d’entre eux, le cœur. C’est la piste explorée par les chercheurs du Montréal heart institut au Canada. L’idée est de rétablir le débit sanguin du cœur vers les muscles privés de sang chez des patients touchés par un type de myopathie. Des études ont déjà été menées sur les souris atteintes de dystrophie musculaire. Leur cœur malade aurait été protégé par des injections quotidiennes de Viagra. La pilule préviendrait non seulement la détérioration des contractions cardiaques. Mais elle préserverait aussi la santé des mitochondries, ces micros « haricots » nécessaires à la « respiration » de la cellule.

Précision : La prise de Sildénafil peut s’accompagner d’effets indésirables. Parmi eux, des maux de tête, rougeurs au visage, troubles digestifs, troubles de la vision à type de sensibilité à la lumière, trouble de la perception des couleurs, diminution de l’acuité visuelle, sensations vertigineuses, nez bouché, mais aussi des allergies. Et plus rarement : hypertension ou une hypotension avec évanouissement, AVC, perte de l’audition et arythmies cardiaque.