Transplantations: 2015, l’année «exceptionnelle» du don d’organes

GENEROSITE Le nombre de dons a largement progressé en un an en France…

Romain Scotto

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En 2014, 41,8% des personnes refusent un don d'organe après la mort d'un proche selon l'agence de biomédecine.
En 2014, 41,8% des personnes refusent un don d'organe après la mort d'un proche selon l'agence de biomédecine. — Sigga Heimis/REX/REX/SIPA

C’est une limite arithmétique. Tant qu’il y aura des receveurs potentiels sur liste d’attente, il n’y aura jamais assez de donneurs. Pourtant en matière de don d’organes, la France sort d’une année « exceptionnelle » selon les propres mots d’Anne Courrèges, directrice générale de l’Agence de la biomédecine. Avec 5.746 greffes réalisées en 2015, les chirurgiens ont sauvé 400 patients supplémentaires par rapport à 2014, ce qui place la France dans le peloton de tête des pays européens, « avec un an d’avance » sur les objectifs fixés, précise la directrice.

Pour le docteur Karim Laouabdia, directeur adjoint chargé de la politique médicale et scientifique à l’Agence, cette embellie est d’autant plus notable que le nombre de « greffons baisse en France ». Cela s’explique en partie par la diminution du nombre de morts sur les routes et une meilleure prise en charge des AVC. Depuis quelques années, il a donc fallu « instaurer des critères plus élargis pour les donneurs, mais aussi assurer une plus grande qualité et sécurité de greffons ».

Les bienfaits de la loi sur la fin de vie

Parrallèllement, la loi Leonetti sur la fin de vie a permis de reconsidérer la question du don. Désormais, le prélèvement d’organes s’effectue beaucoup plus sur les personnes en situation d’« anoxie », à savoir de mort encéphalique (+30 % ces 10 dernières années). Mais aussi sur des personnes en situation d’arrêt circulatoire, vulgairement appelé « arrêt cardiaque ».

Depuis 2005, lorsqu’une personne décédait après un arrêt circulatoire de façon accidentelle, des prélèvements inopinés pouvaient être réalisés. Puis en 2015 a été lancé un protocole dit « de Maastricht III », permettant aux médecins d’effectuer « des prélèvements à partir d’arrêts circulatoires dans le contexte d’un arrêt des thérapeutiques », détaille le professeur Olivier Bastien, directeur des prélèvements à l’Agence. Autrement dit, dans le cadre de la loi Leonetti.

La greffe cardiaque en forte hausse

Il a donc fallu dix ans pour qu’un effet significatif soit observé. « En 2005, il y avait la réflexion sur la fin de vie. La loi était demandée par les familles et nécessitait un accompagnement des réanimateurs qui n’étaient pas prêts dans leurs protocoles de sédation », poursuit le spécialiste. Désormais, les questions médico-techniques sont résolues. Après le feu vert de l’Assemblée nationale sur l’adoption de la loi, les réanimateurs ont travaillé sur des recommandations de bonnes pratiques concernant la limitation des thérapeutiques en fin de vie.

La phase de prélèvement est intervenue dans un second temps, avec des résultats encourageants puisque l’ensemble des organes transplantés sont concernés. La greffe cardiaque (+11,3 % en 2015) étant celle qui a le plus fortement augmenté cette année, à un niveau jamais atteint, devant la greffe de rein (+7,8) et de poumon (+5,5). « Pour la première fois, la mucoviscidose n’est plus la première cause de greffe pulmonaire », complète Olivier Bastien qui évoque également une stabilisation du nombre de nouveaux inscrits sur les listes d’attente.

« Dans certaines pathologies comme l’hépatite C, de nouveaux traitements sont mis en place. On limite donc l’accès à la greffe à des patients qui peuvent être traités autrement que par la transplantation. » Une alternative salvatrice quand, dans le même temps, 32,5 % des familles refusent un don d’organe après la mort d’un proche, selon l’agence de biomédecine.