Pourquoi les femmes ont tant besoin d'une relation de confiance avec leur gynécologue

SANTE Une femme qui se sent en confiance avec son gynécologue a plus de chances d’être en meilleure santé…

Anissa Boumediene

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Illustration d'un gynécologue avec sa patiente, le 22 juillet 2013.
Illustration d'un gynécologue avec sa patiente, le 22 juillet 2013. — AFP PHOTO / FRED DUFOUR

Certaines mettent des années à trouver le bon. Celui avec qui elles se sentiront en confiance et libres de poser toutes leurs questions. Car le gynécologue, c’est celui à qui elles confient leur santé mais aussi une part d’intime. Contraception, frottis, sexualité, cancer : autant de questions qu’il n’est pas toujours facile d’aborder avec son praticien. Avec Docteur, j’ai encore une question…* (éd. Larousse), le Dr Philippe Descamps, gynécologue obstétricien et chef du pôle femme-mère-enfant au CHU d’Angers, dresse un inventaire de toutes les questions que peuvent se poser les femmes en matière de gynécologie, pour mieux briser les tabous.

« Un retard de diagnostic entraîne un risque de mort »

« Si la consultation dure dix minutes ou si le praticien a des gestes un peu brutaux, il faut changer de gynécologue. Le fait que ce soit un homme ou une femme ne compte pas, ce qui importe, c’est que la patiente se sente en confiance avec lui, dans l’intérêt de sa santé », explique d’emblée Philippe Descamps.

Et pour cause, 40 % des femmes négligent le frottis régulier. C’est pourtant, avec le vaccin contre le papillomavirus (HPV), le meilleur barrage contre le cancer du col de l’utérus. « Beaucoup de femmes ont peur du frottis, parfois suite à un examen qui a pu être douloureux et stressant. En tant que gynécologues, on touche à l’intime, donc une relation médecin-patiente basée sur la confiance est primordiale », poursuit le gynécologue. D’où « l’importance d’expliquer ce que l’on fait et pourquoi on le fait. Le cancer du col de l’utérus est l’un des seuls que l’on puisse aussi bien prévenir, il ne faut pas se priver des outils qui permettent de l’éviter et de le dépister », insiste le praticien, qui a vacciné ses propres fils contre le HPV. « La majorité des hommes et des femmes sont confrontés à ce virus au cours de leur vie sexuelle, il faut le savoir ».

« Il faut avoir d’autant plus d’égards que l’on aborde une sphère intime », préconise Clara De Bort, directrice d’hôpital et cheffe du pôle de réserve sanitaire à l’EPRUS. « Il ne faut pas oublier l’impact qu’un geste ou d’une parole indélicate sur la personne. La gynécologie est une spécialité de dépistage, donc si une femme arrête d’aller chez le gynécologue, c’est pour elle une vraie perte de chances en termes de santé. Un retard de diagnostic entraîne un risque de mort », souligne l’auteure de la pétition sur le respect du consentement des patients, lancée lors du scandale des touchers vaginaux pratiqués sur des patientes endormies.

Briser les tabous

Ainsi, ce n’est parfois qu’à la fin de la consultation, lorsqu’elle a la main sur la porte, qu’une patiente finit par dire le véritable objet de sa visite. « Il y a des sujets, comme les IST (infections sexuellement transmissibles), qui provoquent honte et culpabilité », précise le Dr Descamps. « La gynécologie est teintée de morale, or une femme n’a pas envie de se sentir jugée à chaque consultation », renchérit Clara De Bort.

D’autres sujets peuvent aussi être trop douloureux et intimes pour les patientes. Parmi les questions difficiles, la sexualité après un accouchement ou un cancer. « Le gynécologue est là pour accompagner la patiente, l’aider à briser les tabous. Il y a des conseils que l’on peut donner et le praticien est aussi là, au besoin, pour aiguiller sa patiente vers d’autres spécialistes, comme des sexologues ou des thérapeutes », précise Philippe Descamps.

Autre tabou : l’incontinence urinaire. « C’est un problème très handicapant qui touche une femme sur trois, mais il est important de savoir que des solutions existent », insiste le spécialiste.

Sortir des schémas

Autre matière : la contraception, qui suit en France une voie toute tracée. « D’abord le préservatif, puis la pilule et enfin le stérilet lorsqu’on a eu des enfants, regrette Clara De Bort. Une jeune femme sans enfant qui souhaite la pose d’un stérilet s’engage dans un parcours du combattant ».

« Il y a un échec dans l’information autour de la contraception qui, couplé à la crise de la pilule en 2013, fait que le nombre d’IVG ne baisse pas et que des femmes ont un mode de contraception qui ne leur convient pas », déplore le Dr Descamps. D’où la nécessité de sortir des schémas. « C’est aux gynécologues d’œuvrer pour une meilleure information des femmes en matière de contraception », recommande-t-il.

La recherche pourrait aussi être un outil. « Ce n’est pas inutile de se demander ce qu’il se passe dans la tête d’une patiente », estime Clara De Bort. « Il y a beaucoup de choses à faire, abonde le Dr Descamps. Sur le terrain de l’information et de la prévention ».

* Docteur, j’ai encore une question… Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la gynécologie sans jamais oser le demander !, éditions Larousse, en librairies le 17 février.

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