Suicide: Une commotion cérébrale triplerait le risque chez les adultes

ETUDE Selon des chercheurs canadiens, c e risque est même quatre fois plus élevé si ce traumatisme se produit le week-end…

20 Minutes avec agences
Illustration d'un cerveau humain.
Illustration d'un cerveau humain. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

Des chercheurs canadiens souhaitaient en savoir plus sur les séquelles durables provoquées par une commotion cérébrale et ont finalement constaté que ce traumatisme était en lien avec le suicide chez les adultes.

Alors qu’il y a environ 400.000 cas de commotion cérébrale par an au Canada et quatre millions aux Etats-Unis, les experts de l’Institut des évaluations scientifiques cliniques à Toronto assurent aujourd’hui que ces dernières seraient ainsi liées aux nombreux suicides, principale cause de décès dans les deux pays (respectivement 3.951 et 38.364 décès en 2010).

Changements physiologiques durables, invisibles à un examen scanner

La commotion cérébrale triplerait le risque de suicide chez les adultes, comparativement au reste de la population. Ce risque serait même quatre fois plus grand si ce traumatisme se produit le week-end. Les hommes ayant été victimes d’une commotion seraient également deux fois plus touchés que les femmes.

Selon les scientifiques, qui ont publié leurs résultats cette semaine dans le Journal de l’association médicale canadienne (CMAJ), leur étude conforte de précédentes recherches. Toutes soulignaient que de tels traumatismes cérébraux pouvaient provoquer des changements physiologiques durables, invisibles à un examen scanner. Il s’agirait de perturbations de la sérotonine, une hormone du système nerveux central jouant un rôle clé notamment dans la dépression.

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Des commotions découlant d’activités sportives ou subies dans le cadre professionnel

Pour preuve, les chercheurs canadiens ont examiné les dossiers médicaux de 235.110 patients et patientes qui ont subi une commotion cérébrale ces 20 dernières années en Ontario. Ils ont également comparé les commotions survenues pendant la semaine et le week-end pour distinguer les blessures occasionnées par des activités sportives et celles subies dans le cadre professionnel ou résultant d’autres accidents.

Bilan : pendant une période de suivi de 9,3 ans, il y a eu 667 suicides, par surdose de somnifères ou par pendaison, principalement. La plupart des personnes n’avaient jamais tenté de se suicider avant. Les patients ayant eu leur commotion cérébrale durant la semaine ont compté pour 519 de ces suicides.

Par ailleurs, chez les patients ayant subi une commotion au cours du week-end, le risque de suicide était quatre fois plus élevé. «Les commotions cérébrales sont sans doute plus graves parce que les activités du week-end sont parfois plus 'à risque' (accident, sport…)»,  a expliqué le Dr Redelmeier, principal auteur de l’étude.

Les médecins sous-estiment les effets néfastes des commotions cérébrales 

Fort de leurs résultats, les scientifiques préconisent aujourd’hui « une plus grande attention aux effets durables d’une commotion, traumatisme cérébral le plus fréquent ».

Alors « qu’étant donné la disparition rapide des symptômes après le traumatisme (vertiges, maux de tête, etc.), les médecins ont tendance à sous-estimer les effets néfastes des commotions cérébrales », cette attention supplémentaire pourrait, selon ces experts, « sauver des vies ».